Libraire à l'heure du numérique

Focus sur le groupe Robert Laffont avec Antoine Caro

Nous vous proposons aujourd’hui un focus sur le groupe Robert Laffont avec en prime une interview d’Antoine Caro, son directeur Général adjoint.

Nous avons ajouté tous les liens nécessaires pour découvrir au mieux les catalogues des éditions Robert Laffont, Julliard et Nil.

 

 

LES AUTEURS EN VUE SUR LA BLOGOSPHÈRE LITTÉRAIRE CETTE ANNÉE

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INTERVIEW D’ANTOINE CARO

Robert Laffont est un groupe d’édition, filiale du groupe Editis qui est le deuxième acteur le plus important en France. Qui définit les politiques éditoriales de Robert Laffont, Julliard et Nil ? Quel est le périmètre d’action de l’humain-éditeur ?

Il faut distinguer entre les différentes marques. Robert Laffont est un éditeur généraliste, dont la production couvre un très grand spectre. Plus qu’une politique éditoriale, je parlerais d’un esprit Robert Laffont, insufflé bien sûr par le fondateur de la maison et bien vivant aujourd’hui encore, qu’on pourrait définir par les mots curiosité et diversité. Voilà ce qui continue, quelque soit l’évolution du marché et des structures, à définir la ligne éditoriale de la maison. « Etonner, informer, émouvoir, amuser, provoquer » : telles sont les intentions qui président aux choix défendus par les différentes directions qui se sont succédées à la tête de Laffont, et par ses éditeurs – car la politique éditoriale commence notamment dans le choix de ses collaborateurs. Dans tous les cas, il s’agira, si l’on décide de publier, de ressentir de l’enthousiasme, de l’envie. Rien de plus humain donc ! Aujourd’hui, Editis soutient et accompagne ce travail. Cet esprit Laffont est incarné par de nombreuses collections, de « Pavillons » (littérature étrangère) à « Bouquins » (« la bibliothèque de l’honnête homme », de « Réponses » (psychologie, santé, éducation) à la benjamine des collections : « R » (destinée aux jeunes adultes) ; à travers la fiction et la non-fiction donc, et les livres illustrés aussi. Il est incarné enfin par l’oeuvre d’auteurs forcément divers avec lesquels la maison a sû bâtir un lien fort. Si les mêmes équipes au sein de la maison peuvent travailler pour Robert Laffont, Nil, et Seghers, Nil et Seghers affichent des personnalités bien distinctes. NiL à travers des romans (dont la couleur est humoristique, sensible, contemporaine, qu’ils soient étrangers ou français) et des essais originaux. Seghers étant porté sur les domaines de la poésie, de la chanson, de la jeunesse. Julliard, avec une direction autonome, s’illustre dans le domaine de la littérature française contemporaine.

A la création de la maison dans les années 40, Robert Laffont a introduit en France des techniques de marketing inspirées des États-Unis. A l’heure du numérique, du piratage et de la toute puissance d’Amazon, sont-elles encore viables ?

Bien sûr ! plus que jamais ! Robert Laffont a fait école dans ce registre. De nouveaux acteurs, de nouveaux partenaires sont apparus. De nouveaux medias aussi. Et le livre numérique. Mais il s’agit bien toujours de penser et de produire une communication adaptée à chaque ouvrage, en utilisant désormais les moyens proposés par internet, et de fournir des arguments et du matériel aux libraires, qu’ils soient physiques ou en ligne, pour animer leurs ventes.

Les éditions Julliard ne publient aujourd’hui que des auteurs français avec chaque année des premiers romans. La littérature francophone se porte t-elle bien ?

Oui, Julliard possède en effet un joli « catalogue » d’auteurs découverts, suivis et soutenus et par la maison. Certains ont mis du temps à connaître le succès. D’autres ont eu ou auront la chance de percer rapidement (voir le succès du premier roman de Sophie Brocas, Le Cercle des femmes, publié lors de cette rentrée littéraire 2014). Le lien de confiance solide noué entre la maison et l’auteur, et la persévérance portent souvent leurs fruits !

Chaque auteur a sa personnalité qui évolue au fil du temps. Un auteur comme Yasmina Khadra écrivait à ses débuts des romans noirs voire amers. Depuis Cousine K, j’ai l’impression qu’il y a un tournant dans son oeuvre. Romain Slocombe, auteur de roman noir, s’oriente à présent vers le roman historique. Comment accompagnez-vous ces évolutions ?

L’éditeur, lorsqu’il leur accorde sa confiance et son soutien, accompagne nécessairement l’évolution de ses auteurs. Car il s’agit bien de soutenir un auteur et une oeuvre. Cela dit, je vais contredire votre propos, car je vois plus de permanence que vous dans le travail des écrivains que vous citez. L’aspect « noir » est souvent présent dans les romans récents de Yasmina Khadra, et plus que jamais dans le dernier « Qu’attendent les singes » (enquête sur l’assassinat d’une jeune étudiante en Algérie). De même chez Romain Slocombe : il y a une forte dimension « noire » dans « Avis à mon éxécuteur (qui commence par la découverte dans une chambre d’hôtel du cadavre d’un homme « suicidé »). On a beau évoluer, on ne se change pas comme ça !

Question toute personnelle. J’ai adoré Absolution de Patrick Flanery. Proposerez-vous prochainement son second roman ?

Oui! La publication de son deuxième roman est prévue dans la collection « Pavillons » pour la rentrée littéraire de l’automne 2016. Le roman est situé cette fois aux Etats-Unis (et non en Afrique du Sud). On y retrouve les thèmes de la famille et de la race, et le goût (et l’art subtil) de Flanery pour les constructions complexes.

 

NOS INTERVIEWS

Interview de David Sanson

David Sanson : « Je voulais que ce livre, dont l’ambition est à la fois rétrospective et prospective, porte la marque de la curiosité . »

Interview de Margaret Atwood

Margaret Atwood : « Il n’est pas possible d’écrire un roman qui ne soit pas ancré dans le présent. »

Interview de Jennifer DuBois

Jennifer DuBois :  » Je trouve que la réalité politique en Russie est incroyablement intéressante. »

Interview de Jennifer Murzeau

Jennifer Murzeau : « Il est question de l’agitation que cause un rapport anxieux et trop peu distancé au travail, une consommation à laquelle on s’adonne de façon vengeresse, il est question de l’aveuglement que cette vie conditionnée peut finir par induire.  »

Interview de Romain Slocombe

Romain Slocombe : « Je voulais bâtir une sorte de panorama de l’histoire secrète des années 1930, vue sur le plan à la fois de la morale et de la politique. »

Boianjiu

Shani Boianjiu : « Je dirais que l’armée est en fin de compte une situation qui est naturellement comique, d’une certaine façon : on prend des gens très jeunes et on leur donne un uniforme et des positions et on s’attend à ce qu’ils se comportent d’une certaine façon, comme s’ils jouaient dans une pièce de théâtre. »

Interview de Diane Wei Liang

Diane Wei Liang : « Les événements de 1989 à Tian’anmen sont toujours un sujet interdit. »

Interview de Jennifer Schwarz

Jennifer Schwarz : « Les rôles que l’on attribue respectivement aux mères et aux pères continuent d’être lestées de stéréotypes. »

Interview de Yasmina Khadra

Yasmina Khadra : « C’est l’histoire que je raconte qui façonne mes personnages et structure mon imaginaire. »

Interview de Jacques Baudouin

Jacques Baudouin : « Il y eut pour moi le plaisir d’aborder certaines questions d’ordre spirituel ou philosophique à travers un personnage peu banal. »

Interview de Patrick Flanery

Patrick Flanery : « Il est dangereux et difficile de généraliser sur des groupes de population lorsqu’on parle de l’apartheid. »

Interview de Alice LaPlante

Alice LaPlante : « Je voulais explorer les effets que l’ Alzheimer a sur les proches, les relations, les familles. »

Interview de Robert Williams

Robert Williams :  « Il faut apprendre à distinguer les vraies découvertes des fausses épiphanies. »

Interview de Jean-Guy Soumy

Jean-Guy Soumy  : « J’essaie d’avancer en me défiant de mes croyances. »

Lionel Duroy

Lionel Duroy : « En ce qui me concerne, par rapport à mon propre héritage familial, j’ai décidé très tôt de ne pas l’assumer, de le « déserter ».  »

Interview de Pit Agarmen

Pit Agarmen : « Ce que peuvent nous enseigner les zombies c’est le désir qui ne s’arrête pas. »

Interview de Yves Michaud

Yves Michaud : « Une bulle de plaisir, c’est un continuum lisse de plaisirs. »

Interview de Alexandra Julhiet

Alexandra Julhiet : « J’aime les gens ordinaires à qui il arrive des aventures extraordinaires. »

Un point sur le roman francophone par les libraires de Feedbooks

Il est difficile de savoir où va le roman français par le temps qui court. Ce qui est certain, c’est qu’il ne va guère. On lit toujours des romans et on en fait encore. C’est par cent mille, dit-on, que les libraires livrent à un public qui, évidemment, se soucie très peu de littérature, les écrits de MM. Victor Hugo, George Sand et Balzac. Certes, je ne conteste ni l’esprit ni le talent de MM. Flaubert, Dumas fils et Taine. Il me semble seulement que leur art est de second ordre, et que si les jeunes générations ne devaient pas avoir d’autres chefs de file, elles ne seraient guères favorisées du ciel. Nous méritons mieux aujourd’hui qu’une telle littérature, et nous l’aurons.

Eh oui, déjà au XIX siècle, la presse enterrait les auteurs français. Mais ce discours n’a pas sa place sur Feedbooks. Les libraires continuent de  lire des romans francophones et de les apprécier. Ci-dessous un nouveau billet qui réunit l’essentiel des accès au catalogue et à la médiation. Bon surf !

 

 NOS LIENS ESSENTIELS

 

LES AUTEURS EN VUE SUR LA BLOGOSPHÈRE LITTÉRAIRE DEPUIS CETTE RENTRÉE

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NOS INTERVIEWS

Interview de Frédérique Martin

Frédérique Martin : Ecrire c’est pouvoir s’exprimer au rythme qui est le sien, c’est aller au bout de ce qu’on est à un moment précis de sa vie.

Interview de Franck Pavloff

Franck Pavloff : Il y a entre la résistance républicaine catalane et l’engagement des jeunes indignés, un pont, un relais, une espérance.

Interview de Sophie Divry

Sophie Divry : Je ne crois pas à l’originalité dans l’art. Chaque artiste continue des traditions, ajoute sa touche à des mythes précédents, développe des schémas, s’inspire des questions passées.

Interview de Jennifer Murzeau

Jennifer Murzeau : Il est question de l’agitation que cause un rapport anxieux et trop peu distancé au travail, une consommation à laquelle on s’adonne de façon vengeresse, il est question de l’aveuglement que cette vie conditionnée peut finir par induire.

Interview de Romain Slocombe

Romain Slocombe : Je voulais bâtir une sorte de panorama de l’histoire secrète des années 1930, vue sur le plan à la fois de la morale et de la politique.

Interview de Serge Joncour

Serge Joncour : Il y a beaucoup plus de vrai qu’il n’y parait dans ce roman. Un auto-roman ! Ou autobio-fiction !

lafon_joseph

Marie-Hélène Lafon : Joseph est surtout un silencieux, un homme sans mots ; et les miens tentent de parler sans son silence, sans trahir.

Interview de Thierry Crouzet

Thierry Crouzet : Les régressions sont toujours possibles. Mon roman est une sorte de mise en garde.

Interview de Elisabeth Filhol

Elisabeth Filhol : Mangin joue son taux de rentabilité au compte de résultat. Tandis que pour les salariés, l’enjeu est énorme.olences faites aux femmes et la violence des armes aux États-Unis.

Irina Teodorescu

Irina Teodorescu : J’ai toujours entendu parler de diverses malédictions du côté de ma mère comme du côté de mon père.

Interview de Jean Paul Didierlaurent

Jean Paul Didierlaurent : Ecrire, c’est en quelque sorte usurper pour un temps l’identité de Dieu.

Interview de Antoine Bello

Antoine Bello : Pour moi, rien n’est vrai, tout n’est que discours, construction intellectuelle à partir des mots.

Interview de Marie Le Gall

Marie Le Gall : J’écris toujours sur des émotions vécues et qui ne peuvent être exprimées autrement que par l’écriture romanesque.

Interview de Frédérique Deghelt

Frédérique Deghelt : C’est la première fois que j’écris un livre qui me fout la trouille !

Interview de Lola Lafon

Lola Lafon : C’est un roman qui tente de proposer plusieurs versions et de ne pas asséner de jugement sur Nadia, sur la Roumanie, sur le communisme.

Interview de Wilfried N'Sondé

Wilfried N’Sondé : J’écris le monde tel que je ne saurai jamais le dire.

Interview de Céline Lapertot

Céline Lapertot : J’ai eu la vision d’une adolescente enfermée, j’ai travaillé cette vision pour en faire un roman.

Interview de Chantal Pelletier

Chantal Pelletier : Raconter chaque fois une vie de plusieurs décennies en une trentaine de feuillets…

Interview de Scholastique Mukasonga

Scholastique Mukasonga : Je veux croire que mon talent d’écrivaine, si talent il y a, me vient de Stéfania ma mère.

Interview de Larry Tremblay à propos de L'orangeraie

Larry Tremblay : Il y a une logique qui cristallise la haine.

Interview de Cécile Coulon

Cécile Coulon : Un objet n’est ni pire, ni meilleur que l’homme qui s’en sert .

Interview de François Vallejo

François Vallejo  : Je ne me mets pas au centre de ce que j’écris, je trouve plus important de mettre le monde au centre de ce que je suis, je le scrute, par curiosité.

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Pierre Lemaitre : J’ai toujours espéré avoir un jour la possibilité d’écrire sur cette guerre.

Interview de Andrée Ammirati

Andrée Ammirati : Va où la peur te mène parle de mémoire et de transmission avec, à l’origine du départ, une note plus tragique, celle de l’exil.

Interview de Yasmina Khadra

Yasmina Khadra : C’est l’histoire que je raconte qui façonne mes personnages et structure mon imaginaire.

 

et encore les interviews de Guillaume SiaudeauClément CaliariBernard GilbertJean-Guy SoumyJean-Philippe BlondelÉric PlamondonCatherine CussetPia PetersenFrançois GuérinJocelyne SaucierPatrick NicolLibar M. FofanaLionel DuroyPatrick DevillePit AgarmenLucile BordesDidier BlondeFrançois GardeEmmanuel ArnaudAriel KenigAntoine LaurainNathalie KupermanThierry LagetTitiou LecoqLiliana LazarJean-Claude LalumièreAlain MabanckouFranz BarteltLucien SuelAlain BlottièreFrédéric Ciriez

 

L’#op1000K entre dans une phase ultra active et détache une #op300K

Ban-1000K-Promo

 

Les éditions Bragelonne, Milady et Castelmore récidivent et proposent durant 3 jours 300 livres à 0,99€.

Du vendredi 21 au dimanche 23 novembre 2014, chaque jour une liste de 100 titres à 0,99€ pour 24 h.

Feedbooks dévoile dès à présent la première liste de 100 titres qui seront disponibles vendredi de 00h05 à 23h59 sur Feedbooks.

#promos Bragelonne du vendredi 21 novembre 2014 (les prix seront mis à jour à minuit ce soir). Vous pouvez dès à présent créer des listes sur Feedbooks qui vous faciliteront la vie vendredi.

 

 

Découvrir de nouveaux auteurs de roman policier, c’est essentiel

Amateur de polar, médiateur du livre sur le web, libraire, j’ai souvent consacré une grande partie de mon temps de lecture à des premiers romans : pour le plaisir de la découverte, mais aussi parce que ces auteurs sont accessibles et ont plus le temps et l’envie ensuite d’échanger. Par ailleurs, le discours n’est pas encore rodé.  Quand avec le temps, ces auteurs rencontrent un succès d’estime ou même public, c’est comme un deuxième plaisir.

Pour illustrer ce propos, j’ai choisi 5 auteurs de premier roman (publié ou traduit) qui m’ont marqué à des titres très divers : sujet, humour, style, renouvellement du genre. Et j’ai commencé par Nic Pizzolatto qui en septembre 2011 n’était pas le créateur  mondialement connu de la série True detective.

 

Interview de Nic Pizzolatto

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce roman ?

Avant d’écrire Galveston, j’ai passé deux années à travailler sur un premier roman effroyable qui devait être publié en 2009. Lorsque je l’ai eu terminé, j’ai décidé d’en interdire la publication afin qu’il ne voie surtout jamais la lumière du jour. J’en ai gardé la désespérante sensation d’avoir perdu un temps précieux.

Au même moment, ma femme tomba enceinte et l’économie s’effondra, pendant qu’un funeste diagnostic était annoncé au monde de l’édition. Ainsi, les perspectives réservées à ma nouvelle vocation restaient bien sombres et j’avais le dos au mur. Et c’est tant mieux, puisque cela m’a permis de me questionner et de déterminer ce que je voulais vraiment faire de mon écriture.

À l’époque, j’étais professeur de littérature et méprisais l’université. J’ai vraiment adoré enseigner, mais la vie d’un professeur d’université américaine dans les matières culturelles est un marché de dupes, et je n’ai jamais pu supporter le manque d’éthique et la pédanterie de mes collègues.

Quand un auteur intervient également à l’université, une bulle peut se former autour d’eux et séparer l’écrivain du monde réel et du lectorat qu’il aimerait conquérir. J’ai trouvé la vie à l’université désagréablement hermétique, sans conséquence ou enjeux et je dois admettre qu’à un certain moment, il m’a semblé que mes ambitions n’étaient plus jamais les miennes mais celles qu’un auteur devait avoir (être un “professeur”, enseigner les techniques d’écriture en ateliers…). Ainsi, lorsque j’ai détruit le premier roman et entrepris une nouvelle tentative, au lieu de me plier aux désirs et références des autres, j’ai cherché en moi le type d’histoire que je désirais raconter, le type de personnages dont je voulais parler et les obsessions dont je souhaitais parler… L’ambiance apocalyptique du monde de la littérature à cette époque m’autorisait à n’écouter aucune voix ou opinion sinon les miennes. Six mois plus tard, la première ébauche de Galveston était écrite.

Qu’avez-vous vécu pour décrire si efficacement violence et détresse ?

J’ai grandi dans une région rurale très isolée et très pauvre du sud de la Louisiane, au bord du Golfe. C’est une région d’une incroyable ignorance où la violence ordinaire sert de langage commun. Je suis de Lake Charles, qu’un de mes amis a décrit comme « le meilleur endroit de la côte pour recevoir des coups de pieds au cul ». Beaucoup de pauvres, de gens stupides, beaucoup d’alcool, de bagarres et de tricheries. Un tas de fanatiques religieux et d’illettrés aussi. Un endroit très dur, où l’on grandit en se battant.

Au-delà de ça, j’ai vécu un certain nombre d’expériences dont je n’ai pas très envie de parler, et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles j’écris. J’ai quitté la maison à 17 ans et me suis toujours débrouillé seul depuis. Je ne parle pas à mes parents, ni ne retourne à Lake Charles et il y a un certain nombre de traumas liés à cela, essentiellement des traumatismes physiques.

Notre maison était très isolée, loin de la ville, nous n’avions pas de livres ni un quelconque autre matériel culturel, et le plus souvent je passais mon temps libre dans les bois, à me balader dans la nature, où un peu d’attention suffit pour voir que le “goût du sang” nous concerne tous. Ce que j’essaie peut-être de dire, c’est qu’à l’opposé de régions plus libérales et intellectuelles de mon pays, cette région vous présentait la violence comme une rhétorique légitime et comme un élément de la vie de tous les jours, ainsi que le disaient les Cajuns (Creoles français).

D’où je viens, la plupart des gens considéraient la violence comme un moyen de communication efficace.

Quant à la détresse, c’est probablement un effet de la pauvreté. En Amérique, la pauvreté amplifie l’habituelle crainte existentielle que l’on ressent tous. Ici, si vous êtes pauvre, vous mourez. Ou vous tombez dans la criminalité. La plupart des crimes en Amérique me semblent être une sorte de lutte des classes, de la même manière que la Première guerre Mondiale fut, pour moi, une lutte des classes, les classes supérieures envoyant les inférieures au massacre. Une fois que vous avez compris cela, il est clair que tout le monde ne va pas obéir aux ordres.

suite de l’interview

 

Interview de S.G. Browne

Il y a de nombreuses références littéraires et cinématographique dans ce roman qui peut aussi être lu comme une parodie du genre policier. Pourriez-vous revenir en quelques mots sur l’écriture de ce roman ?

Lorsque j’ai commencé à écrire Heureux Veinard, je ne savais pas que le personnage principal allait être un détective privé et que le roman allait inclure des éléments classiques du polar. Je découvre l’histoire au fur et à mesure que je l’écris, et tous les personnages et rebondissements apparaissent car c’est là où l’histoire me mène – pas parce que je l’avais prévu. Alors que l’histoire se dévoilait, je me suis beaucoup amusé à jouer avec les éléments de l’intrigue tels que la femme fatale et le gros bonnet de la mafia, et à aborder le genre sous un angle personnel. Par ailleurs j’aime écrire des satires sociales, donc cela joue toujours un rôle dans mes romans.

J’ai vraiment passé un très bon moment de lecture. Mais je suis vexé car je ne possède pas votre haut degré d’humour. Pourriez-vous m’en vendre une fiole ?

Même si j’ai cherché à commercialiser mon sens de l’humour sous forme de parfum ou de boisson énergétique, jusque-là je n’ai pas été chanceux, donc pour l’instant cela devra être consommé dans mes romans. Mais je m’assurerai de vous mettre sur la liste pour la première fournée une fois que j’aurai trouvé un bon chimiste.

suite de l’interview

 

Interview de Shannon Burke à propos de 911

Le ton sec sans pathos, est-ce votre style intrinsèque d’écriture ?

Je dirais plutôt que c’est devenu mon style d’écriture pour ce roman. Les situations étaient tellement incroyables que j’avais l’impression qu’elles parlaient d’elles-mêmes. Par ailleurs, ce style minimal reflétait le stoïcisme des ambulanciers. Je voulais que les descriptions soient cliniques dans leur précision et leur concision. Ce style correspond à l’environnement et aux circonstances.

Vous remerciez de nombreuses personnes à la fin du roman. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur le travail de réécriture entre la remise du premier manuscrit et la publication du roman ?

J’avais un brouillon du roman en 1997 et il s’est passé à peu près onze ans entre le moment où j’ai fini le premier brouillon et la publication du roman. Lorsque j’ai commencé à écrire ce roman, j’avais connu un certain nombre d’expériences qui ont fini par figurer dans le roman, mais je n’avais aucun recul ou aucune compréhension globale de la signification de ces expériences. Dans les premiers brouillons, alors que j’essayais de donner aux événements une forme cohérente pour l’histoire, j’ai commencé à faire la morale et à expliquer que cela aspirait toute l’énergie du livre. Cela me mettait personnellement mal à l’aise de travailler dessus, comme j’avais l’impression que je n’arrivais pas à atteindre la vérité de ces événements. Je n’étais pas sur le bon chemin. J’ai fini par mettre le livre de côté. Cinq ans ont passé. Puis, un jour, je parlais à ma mère au téléphone. J’étais en train de travailler sur un autre livre, et elle m’a dit :
– Qu’est-ce qui est arrivé à ce livre, 911 ?
– Je l’ai jeté. Ça ne fonctionnait pas.
– J’ai toujours aimé ce livre. Tes frères l’aimaient bien aussi. Tu devrais y jeter un coup d’œil, encore une fois.

Je lui ai dit que c’était sans espoir, que j’avais travaillé dessus une éternité, que je n’arrivais pas à en tirer quelque chose, mais elle a persisté, et cet après-midi-là je suis allé chercher le livre. J’en avais gardé un seul exemplaire. Il se trouvait derrière la maison, dans un abri de jardin. L’abri avait été inondé et il y avait des champignons qui poussaient sur la couverture du livre. J’ai nettoyé la couverture et j’ai commencé à lire. Cinq ans après, l’histoire me paraissait bien plus claire. Cette période m’avait permis de digérer les événements. Mon travail consistait simplement à essayer de garder la nature un peu surréaliste et déchiquetée des événements, mais d’en faire un récit cohérent. Une fois le livre réarrangé, je l’ai fait lire à de nombreux amis, dont des ambulanciers, afin de m’assurer que j’avais été honnête et exact dans les faits.

suite de l’interview

 

Interview de Malcolm Mackay

Est-ce l’histoire d’un tueur ou est-ce celle de l’employé lambda ?

Dans un sens, c’est l’histoire d’un tueur qui se comporte comme un travailleur lambda. Calum ainsi que Frank ont pu se défaire de la moralité de leur activité. Pour eux c’est un emploi, et ils considèrent les conséquences de ce boulot de la même façon qu’un employé avec un job « normal ». Ils sont conscients des questions morales de leur activité, ils sont trop futés pour ne pas en être conscients, mais ils ont la capacité de prendre du recul, d’en faire quelque chose de totalement impersonnel. C’est de l’argent, du confort, et de la sécurité, ce qui importe pour la plupart des gens.

Le lecteur ne peut s’identifier à aucun des protagonistes lesquels ne sont pas plus salauds que sympathiques. Est-ce voulu ?

Je ne voulais pas que mes personnages soient des salauds, et j’espère qu’il y en a quelques-uns avec qui les lecteurs pourront compatir. Mais la plupart d’entre eux font des mauvaises choses. Ils font des choses que les gens normaux et honnêtes ne penseraient jamais faire. D’autant plus qu’ils le font à dessein, délibérément. Calum ne tue pas des gens par accident, ou parce qu’on l’y oblige. Il a choisi ce chemin-là, et il est satisfait de son choix. Il sera toujours difficile, mais pas impossible, de s’attacher à un personnage qui fait de tels choix.

suite de l’interview

 

Interview de Nicolas Mathieu à propos de  Aux animaux la guerre

Les politiques ont abandonné le peuple. Le peuple en veut donc aux arabes. Mais quel rapport entre ces deux propositions ? Pourquoi avoir commencé votre roman en Algérie ?

C’est une question un peu emmerdante, parce qu’elle me force à expliciter des choses que j’essaie de laisser en filigrane.

L’abandon supposé des élites, la haine du voisin qui n’est pas né là, ou alors pas suffisamment, il ne faut pas chercher de relation de cause à effet là-dedans : on est dans le ressenti. Des gens perdent leur boulot, le monde change, les petits blancs dévissent. Désormais, ils rêvent peut-être moins d’un monde meilleur que d’une machine à remonter le temps. Revenir aux Trente Glorieuses. Les sixties. De Gaulle et ce côté franchouillard assez uniforme. Je n’ai pas tellement envie d’aller plus loin dans l’analyse politique. Je raconte une histoire; je restitue des discours, libres à chacun de produire l’interprétation qui lui convient ensuite.

Pour la guerre d’Algérie, c’est un peu comme l’Occupation, ou la crise. On a sa vie à la con, famille boulot JT dodo. On fait son chemin tranquille, les congés, RTT, un match de temps en temps, merde il faut faire la vidange de la Mégane, qu’est-ce qu’on va faire des gosses pendant les vacances, t’as pensé à prendre du pain ? Et puis tout à coup, l’Histoire débarque, avec un grand H. C’est comme une rafle. On est pris là-dedans avant même d’avoir pu dire quoi que ce soit. L’actu qu’on suivait dans les journaux devient votre vie même. Les Allemands fusillent le voisin, le FLN vous laisse deux semaines pour foutre ce camp, vous perdez votre CDIparce-que des petits cons gominés se sont crus tout permis quelque part au sud de Manhattan. A ces moments-là, c’est intéressant, parce que des braves gens peuvent devenir de parfaits salauds; et inversement. On voit bien que la ligne de partage morale, entre les gentils et les méchants, ne délimite pas des camps, mais qu’elle passe à travers nous. Comme une cicatrice.

Et puis je pense qu’une bonne partie de cette détestation des classes populaires vis-à-vis des immigrés s’enracine quelque part dans ces événements d’Algérie. On n’en a pas fini avec ce truc-là.

Finalement, quand les vieux s’entre-tuent, les jeunes finissent par faire l’amour. Y Aurait-il encore un peu d’espoir ?

Bien sûr! J’avoue que c’est un truc qui me gonfle un peu dans les commentaires que suscite le bouquin. On a l’impression que la noirceur est absolue. Or il me semble qu’il y a également des moments de pure légèreté, des vannes, des échappées belles. C’est comme nos vies. OK, la France n’est plus ce qu’elle était, la dette, le chômage, François Hollande et la blessure de Ribéry, c’est moche. Mais ça n’empêche pas les gens de prendre le soleil aux Buttes Chaumont, ça n’empêche pas les collégiens de se rouler des pelles derrière leur bahut, ça n’empêche pas mes voisins de faire l’amour comme des dingues au beau milieu de la nuit. Sous le cours assez sinistre des choses, l’instinct de vie est intact.

 


Vous aimez le polar ? Vous lisez en numérique ? Essayez le guide dédié au genre sur ce blog.

Feedbooks s’empare des logos des éditeurs

Feedbooks s’empare des logos des éditeurs pour démultiplier les accès à leur catalogue en partant du principe que

  • c’est tellement triste un catalogue avec des accès limités aux seuls critères nouveautés et meilleures ventes
  • c’est tellement mieux de connaître l’histoire d’une maison d’édition en compagnie de l’éditeur
  • c’est plus sympathique de connaître les avis des libraires, des lecteurs ou de la presse avant de télécharger un livre.
  • c’est vraiment un plus si la librairie donne la parole aux auteurs via des interviews.

Depuis octobre, Feedbooks a entrepris de publier sur le blog des focus dédiés à des éditeurs que nous apprécions particulièrement.  C’est juste un début.

Cliquez sur les images pour accéder aux dossiers.

 

L'Olivier

Editions de l’Olivier avec Olivier Cohen

Liana Levi

Editions Liana Levi avec Liana Levi


 
sonatine

Sonatine avec F. Verdoux et A. Hofmarcher.

Au Diable Vauvert

Au Diable Vauvert avec Marion Mazauric


 
Metailié

Editions Métailié avec Anne-Marie Métailié

Viviane Hamy

Editions Viviane Hamy


 
Actes sud

Editions Actes sud avec Bertrand Py