Libraire à l'heure du numérique

La famille Middlestein de Jami Attenberg

La famille Middlestein de Jami Attenberg, traduit par Karine Reignier-Guerre, paraîtra le 21 août 2014 aux éditions Les Escales.

Bienvenue chez les Middlestein, une famille au bord de la crise de nerfs, depuis que Edie, la mère, risque d’y passer si elle ne prend pas au sérieux ses problèmes d’obésité. Cerise sur le gâteau, le père la quitte pour découvrir à soixante ans les affres du speed dating.

Une trahison impardonnable pour leur célibataire invétérée de fille, un rebondissement que voudrait bien oublier leur fils en fumant son joint quotidien, si sa femme ne s’était mis en tête de sauver Edie à base de cours de Pilates et de Weight Watchers… quand elle n’est pas en train d’obliger leurs jumeaux à réviser leur chorégraphie hip-hop pour leur bar-mitsvah !

Une question taraude toutefois les Middlestein : et s’ils étaient tous un peu responsables du sort d’Edie ?

 

Extrait du roman

Dans une semaine, Edie, la mère de Robin, passerait à nouveau sur le billard. Même intervention. Sur l’autre jambe, cette fois. « Au moins, on sait à quoi s’attendre ». La phrase tournait en boucle dans la famille depuis que la date était fixée. Robin et Daniel, son voisin du dessous, s’étaient donné rendez-vous au bar qui se trouvait en face de chez eux pour boire au succès escompté de l’opération. Il faisait très froid. Janvier à Chicago. Robin n’avait que la rue à traverser, mais elle s’était tout de même enveloppée sous cinq couches de vêtements. Daniel était déjà saoul quand elle entra. Edie se faisait opérer pour la deuxième fois en un an. Santé !

C’était un bar sans nom. Un lieu sans attrait et sans interet, qu’on pouvait fréquenter sans complexes. Difficile à trouver, aussi : un néon Old Style brillait dans la vitrine, mais la porte était dépourvue de numéro. Robin avait souvent du mal à expliquer où il se trouvait. « Entre la 242ème et la 246ème », disait-elle, mais cette indication semblait plonger ses interlocuteurs dans une confusion plus grande encore. Sauf Daniel. Il connaissait le chemin, lui.

- À la deuxième jambe ! dit-il en levant son verre.

Il s’était mis à la brune. D’habitude, il buvait de la blonde ou de la rousse, mais il faisait vraiment froid, ces jours-ci.

- C’est la gauche ou la droite ? reprit-il.

- Aucune idée, répondit Robin. Je crois que j’ai bloqué l’information. C’est terrible, tu ne trouves pas ? C’est ma mère, quand même… Je suis une mauvaise fille, non ?

Cette intervention chirurgicale l’avait prise de court. Tout le monde avait été surpris, d’ailleurs. Pourtant, la nouvelle n’avait rien de surprenant : Edie mangeait n’importe quoi et refusait de faire du sport. Elle était obèse depuis une dizaine d’années et diabétique depuis deux ans – à un stade avancé. Associée à un patrimoine génétique désastreux, la maladie avait altéré a circulation du sang dans ses jambes. La sensation de simples picotements s’était muée en une douleur continue. Lorsque Robin avait vu sa mère à l’hôpital après la première opération, elle avait été prise de nausées : ses jambes étaient bleues. Comment expliquer que ni Edie ni son mari ne s’en soient aperçus ? Un truc pareil, ça se remarque, non ? Le chirurgien avait inséré un petit tube métallique – un stent – dans sa jambe pour que le sang puisse de nouveau circuler (où allait-il, s’il ne circulait pas ? s’était alors demandé Robin). Au départ, cet homme voulait pratiquer un pontage. La perspective avait effrayé toute la famille. D’après Benny, le frère de Robin, le chirurgien l’avait alors écartée, sans y renoncer complètement. « Il nous a prévenus, avait-il affirmé à Robin. L’état de maman pourrait empirer très vite. » Edie avait négocié un sursis. Elle avait promis de se reprendre en main. De faire ce qu’il fallait pour aller mieux. Elle était avocate. Trente-cinq ans de plaidoiries, ça vous rend combattive. Six mois plus tard, elle n’avait rien changé à son mode de vie – et les voilà de nouveau à la case départ.

 

La Famille MiddlesteinJami Attenberg

Loin des documentaires chocs et des stéréotypes habituels sur les excès alimentaires aux Etats-Unis, la nourriture est le thème du quatrième roman (mais premier à être traduit en français) de Jami Attenberg. Au sein de la famille juive des Middlestein, elle fait tour à tour figure de récompense, de réconfort mais également d’obsession pour Edie, la mère de famille, dont l’excès de poids et surtout l’insouciance à ce sujet inquiètent le reste de la famille. Famille, amour, obsession, non-dits : tels sont les ingrédients requis pour une recette savoureuse, agrémentée de personnages imparfaits et piquants à souhait.

« Il est certain qu’il y a de l’affection et de la compassion dans la façon dont je l’ai écrit, ainsi que dans les choix qu’il fait. C’est important pour moi que mes personnages soient reconnaissables, mais sans être stéréotypés. Je veux qu’ils soient vrais et humains », déclare l’auteure dans une interview à paraître sur Feedbooks.

Pari tenu pour ce roman choral plein d’humanité, de tendresse et d’humour.

 

Il bouge encore de Jennifer Murzeau

Les éditions Robert Laffont publient le 28 août le deuxième roman de Jennifer Murzeau.

En avant première, Feedbooks publie un extrait du roman et deux extraits de l’interview à paraître sur le site de la librairie le jour de la sortie du roman.

 

Extrait d’Il Bouge encore

Nicolas est papa depuis peu. Il s’est mis à se manifester lorsque sa fille est née, voilà quelques mois. Antoine a mis du temps à répondre à ses invitations, soupçonnant derrière cette envie soudaine de renouer le caprice d’un homme qui prend un plaisir égoïste et narcissique à exhiber sa progéniture, et qui se fiche bien du reste. Bien sûr il était allé voir l’enfant à la clinique, mais aux « faudrait que tu passes voir la petite » qui avaient suivi, il n’avait guère donné suite. Il a été tellement important Nico, tellement précieux… Aujourd’hui il fait l’objet d’une visite polie de courtoisie. Ça va vite les égarements, les fausses routes de l’amitié, pense Antoine en gravissant les dernières marches.

La porte est ouverte. Il entre sur la pointe des pieds, toujours impressionné et précautionneux lorsqu’un être humain tout neuf est dans les parages. Mais Nico surgit d’un pas lourd, et crie : « Eh ben te voilà ! »

Ils s’embrassent. C’est formel et Nicolas a l’air mal à l’aise.

— C’est bien que tu viennes voir la plus belle créature du monde un peu, quand même.

Antoine se penche sur la créature en question sans relever le reproche ni la fatuité contenus dans la remarque. Le bébé de quelques mois, est secoué par les vibrations de son transat. Une sorte d’écran dissimule à Antoine son visage. Il se décale et fait face à un petit minois lisse, rose, émouvant de fragilité mais qui semble sous l’effet d’une lobotomie. L’enfant en effet arbore un regard hypnotisé. Antoine se penche et découvre un dessin animé sur l’écran. Il se relève et regarde Nicolas, incrédule. Celui-ci ne le remarque pas, tout à la contemplation de son œuvre, un sourire aux lèvres. Alors Antoine demande :

— Tu la mets déjà devant la télé ?

— Hein ?

— Tu la mets déjà devant un écran comme ça, si petite ?

— Bah ouais c’est une invention de génie ce transat. Je l’ai rapporté d’Atlanta, un bijou ce truc. Parce que, viens assieds-toi, elle a l’air d’un ange comme ça, mais elle piaille, ouh là là, comme elle piaille, la tétine c’était pas assez pour la faire taire. Là au moins tu vois, on a la paix. On supportait plus les gémissements, les pleurs, c’était pas jouable. Cerise elle disait tout le temps qu’elle voulait la rendre ! (Nicolas rit de manière peu convainquante, puis recouvrant tout son sérieux poursuit :) Nan j’avoue elle a pas trop la fibre maternelle ma gonzesse. Enfin bon ! Il attrape Antoine au genou et lui lance : Ah c’est sympa de te voir. Comment ça va ?

Antoine est affligé de ce qu’il vient d’entendre. Son ami d’enfance fait donc partie de ces gens qui font des enfants par convention et rechignent ensuite à s’en occuper. Son ami d’enfance est un père qui colle sa fille de quatre mois devant un écran pour oublier sa présence.

— Mais elle reste longtemps dans son transat comme ça ?

— Ouais des heures, elle adore !

Son ami d’enfance est si loin à présent.

— Oh et je t’ai pas dit, on vient de remporter un appel d’offre à 500 K, je vais refaire la cuisine mec.

Il se lance alors dans un récit aussi hystérique qu’ennuyeux sur ses dernières performances professionnelles, et ses dimanches qu’il passe au Racing, et leurs vacances aux Maldives, et son MacBook Air qu’il va chercher, et les photos des Maldives qui justement sont dessus. Il dresse avec une exaltation essoufflée et force preuves matérielles le tableau de sa réussite sociale. Puis au bout de près d’une heure, il répète : « Alors et toi ? »

Un peu assommé par le monologue qu’il vient de subir, Antoine se sent dépourvu de l’envie et du courage de se raconter, mais répond tout de même :

— Ben, ça va c’est pas idéal, mais ça va, y a pire.

— Quoi qu’est pas idéal ?

— Bah tu sais, j’ai rompu avec Mélanie, mais on est obligés de continuer de vivre ensemble tant qu’on ne vend pas l’appart.

— Ah oui, oui, c’est vrai. Ouais ça doit être chaud. Enfin moi j’ai un peu l’impression qu’on est des colocs souvent avec Cerise. Un peu tendus d’ailleurs. Et puis on peut pas dire, en plus, que l’arrivée d’un môme, ça apaise les tensions hein. Je crois même que j’ai été un peu naïf là-dessus, mais bon. Enfin, vas-y continue.

 

Le landau avec écran pour calmer le bébé existe-t-il vraiment ? Est-ce l’objet qui caractérise le mieux « la génération des trentenaires qui gagnent » ?

Jennifer Murzeau : Je ne sais pas s’il existe, je n’ai pas vérifié quand m’est venue l’idée !

Ce transat incarne un certain rapport au monde, celui de Nicolas, qui décide de coller son tout jeune bébé dedans pour être tranquille. C’est un dispositif d’abrutissement décomplexé mais Nicolas ne pense pas à mal en y déposant son enfant, il ne pense pas du tout ! Je ne sais pas si cet objet caractérise « la génération des trentenaires qui gagnent » parce qu’à vrai dire je ne pense pas qu’il y ait de winners dans ce roman. Il y a en revanche des être pris dans une spirale qui promet l’idée de la réussite, du confort existentiel et sacrifie la réflexion, la contemplation, la remise en cause. Et quelque part ce transat vibrant à écran les caractérise, en effet. Mais il a aussi quelque chose de comique. Je pense que l’humour permet de faire passer bien des idées.

 

Murzeau © Astrid di Crollalanza

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire ? Un licenciement, des auteurs ?;-)

Jennifer Murzeau : J’avais traité du thème de l’aliénation dans mon précédent roman, Les grimaces, dans la sphère professionnelle surtout. Avec celui ci j’ai voulu poursuivre l’exploration de ce thème dans la sphère privée cette fois. J’ai essayé de démêler les mécanismes qui conduisent à des vies qui défilent, glissent sans que la pensée, la contemplation, le calme n’aient une place digne de ce nom. Par ailleurs, je m’intéresse depuis plusieurs années aux dérives du néolibéralisme, aux conséquences qu’elles ont sur l’homme (et l’environnement ! mais c’est un autre sujet !), au rôle qu’il est tenu de jouer sans le questionner afin d’assurer la bonne marche du système. Il était important pour moi de restituer en filigrane un peu de tout cela dans un roman. Antoine incarne au début du livre ce bon petit soldat et j’ai pris beaucoup de plaisir à lui faire vivre sa mue.

 

Rappel : Il bouge encore et l’interview de  Jennifer Murzeau seront disponibles sur la librairie Feedbooks le 21 août 2014.

Avis à mon exécuteur de Romain Slocombe

Parce que la réalité dépasse toujours la fiction, il a fallu attendre Avis à mon exécuteur pour qu’un roman révèle enfin les plus extraordinaires secrets des renseignements soviétiques.

Pour patienter jusqu’à la sortie d’Avis à mon exécuteur le 21 août, Feedbooks vous propose deux extraits d’une interview de Romain Slocombe.

 

Joseph Stalin's Mug Shots

Romain Slocombe : L’appartenance de Staline à l’Okhrana avant la révolution est encore considérée comme une légende par la plupart des historiens « sérieux » en Occident. Mais sont-ils si sérieux que ça ? Car écrire une biographie précise et authentique de ce dictateur dont la puissance était inouïe, à un point qu’on a du mal à imaginer de nos jours, est à peu près aussi périlleux que le serait d’entreprendre une biographie honnête de Kim Il-Sung ! Les historiens biographes de Staline se contentent donc habituellement de se recopier les uns les autres. Durant ses années de pouvoir, de 1925 à sa mort en 1953, Staline a passé son temps à effacer les traces écrites de sa carrière depuis l’époque où il était un petit conspirateur géorgien, et à éliminer ses rivaux ainsi que tous ceux qui l’avaient connu du temps de sa jeunesse. Les histoires du parti étaient réécrites en permanence, de même que les dirigeants étaient effacés tour à tour des photographies officielles. Néanmoins, il est impossible de tout supprimer, et le rôle de mouchard qu’a joué l’agent Djougachvili au sein du parti bolchevik entre 1906 et 1913 me paraît avéré. Ce parti était d’ailleurs considérablement infiltré par la police du tsar, une des meilleures du monde à l’époque. Beaucoup d’agents infiltrés ont été démasqués, comme Roman Malinovsky, un proche de Lénine, mais pas tous.

A part des rumeurs ayant couru dans les milieux de socialistes dissidents émigrés en Europe démocratique dans les années 1920, la première révélation du dossier secret de Staline a été faite par Alexandre Orlov, ex-chef du NKVD en Espagne durant la guerre civile, qui fit défection et se réfugia aux USA en 1938. Il publia The Secret History of Stalin’s Crimes en 1953 peu après la mort du dictateur. Orlov est d’ailleurs un des personnages de mon roman. Les autres sources à partir desquelles j’ai travaillé pour mettre en évidence la trahison de Staline, sont Un espion nommé Staline (1974) par Marcel Olivier, qui se rendit en Russie dès 1920 où il milita à la section française du Komintern, et à son retour en France fut secrétaire de la Fédération des étudiants communistes ; et Staline agent du tsar (2003) par Roman Brackman, historien russe déporté au Goulag et plus tard réfugié aux États-Unis. Ces deux ouvrages sont absolument fascinants à lire. Mais tout cela ne fait pas encore partie de l’Histoire officielle, le sujet est trop polémique, justement. De même qu’on passe généralement sous silence le vol par Staline du trésor de la Banque d’Espagne, que je raconte pour la première fois en détail et qui est un fait historique indubitable. Je rappelle dans mon roman que le seul pays qui fit cadeau d’armes à la révolution espagnole fut le Mexique, tandis que l’URSS, et un parti local voisin comme le PCF, se nourrissaient de manière éhontée sur le dos des républicains.

 

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Romain Slocombe : C’était pour moi la première fois que je travaillais sur la vie d’un personnage réel et que j’en faisais le héros d’un livre. Mais il était hors de question de faire un « biopic », cela ne m’intéresse pas, je suis romancier pas biographe. J’ai du mal à supporter tous ces jeunes écrivains français contemporains qui cherchent un personnage réel, genre Jayne Mansfield ou Edward Limonov (que d’ailleurs j’ai bien connu quand il vivait à Paris), et racontent (avec talent ou pas, ce n’est pas la question) ce qui est arrivé à ces personnages pour le publier à la rentrée littéraire sous l’étiquette « roman ». Je regrette, mais je n’appelle pas cela des romans : ce sont des biographies, des essais, ou des reportages journalistiques. Personnellement, en partant de l’existence extraordinaire qui fut celle de Walter Krivitsky — le modèle de Victor Krebnitsky —, et des problèmes qui se posaient à lui en tant que révolutionnaire, puis de transfuge et d’homme traqué, et, pendant tout ce temps, de père de famille anxieux de protéger les siens, je voulais bâtir une sorte de panorama de l’histoire secrète des années 1930, vue sur le plan à la fois de la morale et de la politique. J’étais fasciné par le destin de ces agents — Krivitsky, Reiss, Orlov et Mally — et la façon dont chacun de ces communistes a réagi aux horreurs du stalinisme et à la menace qu’il faisait peser sur eux et leurs familles. L’un a fait défection et collaboré avec les services de renseignement occidentaux, un autre a voulu rejoindre les trotskystes et a été abattu par les tueurs lancés à ses trousses, le troisième a filé avec la caisse et s’est terré avec sa femme et sa fille aux États-Unis, le dernier est rentré docilement à Moscou en sachant qu’il y serait torturé et fusillé. Krivitsky est celui qui m’intéressait le plus en raison de son caractère ambigu et par conséquent si humain : il est prêt à (presque) tout pour sauver sa peau, et psychologiquement c’est un homme très torturé. Pour raconter son histoire j’ai fait le choix de garder un certain nombre de personnages sous leur nom réel, de modifier les noms de certains autres, et de mêler des épisodes entièrement inventés à d’autres absolument réels mais peu connus. Je me suis ainsi ménagé un large espace de fiction au sein même de la réalité. Une fois établie cette méthode d’écriture, cela fut relativement facile. Il y avait juste énormément de faits, d’événements, de noms (les agents soviétiques avaient aussi des alias, pseudonymes, et noms de code, tous différents), à intégrer, tout en dégageant un récit cohérent, et clair pour le lecteur qui n’a pas forcément toutes les connaissances historiques concernant cette période. Il me fallait aussi apprendre à connaître le Barcelone de 1936 en pleine guerre civile, le Moscou de 1937 durant les grandes purges, le Paris d’avant-guerre au temps de l’Exposition universelle du Palais de Chaillot, et ainsi de suite. Le roman a pris environ neuf mois à écrire.

 

Rappel : le roman et l’interview seront disponibles sur la librairie Feedbooks le 21 août.

Les Annales du disque-monde de Terry Pratchett désormais sans DRM

Les romans des Annales du disque-monde sont à présent disponibles à présent sans DRM.

Feedbooks vous propose un accès dans l’ordre de la série ici

ainsi qu’un classement par sous- séries. N’hésitez pas à les découvrir avec l’image interactive ci-dessous.

Positionnez votre souris sur l’image et cliquez sur les étoiles qui s’affichent.

 

 

Joseph de Marie-Hélène Lafon

Les éditions Buchet Chastel publient le 28 août un nouveau roman de Marie-Hélène Lafon intitulé tout simplement Joseph, dans lequel on retrouve le Cantal, l’écriture précise de l’auteure qui décrit de manière presque documentaire le corps et le travail et par laquelle on accède cette fois-ci aux sentiments et aux ressentis d’un taiseux.

Joseph est ouvrier agricole dans une ferme du Cantal. Il a bientôt soixante ans. Il connaît les fermes de son pays, et leurs histoires. Il est doux, silencieux. Il a aimé Sylvie, un été, il avait trente ans. Elle n’était pas d’ici et avait beaucoup souffert, avec et par les hommes. Elle pensait se consoler avec lui, mais Joseph a payé pour tous. Sylvie est partie au milieu de l’hiver avec un autre. Joseph s’est mis à boire, comme on tombe dans un trou.

Joseph a un frère, marié, plus beau et entreprenant, qui est allé faire sa vie ailleurs et qui, à la mort du père, a emmené la mère vivre dans sa maison. Joseph reste seul et finira seul. Il est un témoin, un voyeur de la vie des autres.

Pour vous faire patienter, nous vous proposons la lecture deux extraits de l’interview à paraître sur Feedbooks le jour de la sortie du livre.

Joseph

 

Marie-Hélène Lafon : Joseph commence par ses mains parce que ce sont ses instruments de travail ; à ce titre, il en prend soin et Joseph est d’abord un homme qui travaille de ses mains, avec ses mains.  Ses mains ont surtout travaillé, elles ont très peu caressé, très peu écrit, très peu attendu, ouvertes sur les genoux, elles ont travaillé. Par ailleurs tous les personnages de tous mes livres sont d’abord des corps, je voudrais les incarner sur la page, et Joseph ne fait pas exception.

 

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Marie-Hélène Lafon : Vous décrire Condat ? Comme ça ? En une poignée de mots, c’est difficile, je ne voudrais pas attenter à la dignité de Condat qui est un sujet délicat parce que Condat est un gros bourg un peu poussif, tapi dans un creux, au confluent de la Santoire et de la Rhue ; un gros bourg un peu assoupi, où trop de boutiques ont fermé … mais on sait être tenace à Condat, et tenir le coup, et faire face ; tout le dit, les fortes maisons de pierre, d’ardoise et de bois, les gens qui les habitent, les arbres, les prés crus et verts qui cernent Condat de tous côtés. Condat est vert, et se tient fier.

 

Joseph - Marie-Hélène Lafon

Pour en savoir plus, le site des éditions Buchet Chastel