Libraire à l'heure du numérique

Zoom sur « Je vais m’y mettre » de Florent Oiseau

Fred, la petite quarantaine, surfe sur l’écume des jours. Après des années à enchaîner jobs alimentaires et périodes de chômage, il a renoncé à faire carrière. Il passe désormais ses journées à dormir, manger des Knacki devant les émissions de Sophie Davant et boire des demis au bistrot du coin en attendant l’amour.

Jusqu’au moment où il découvre qu’il arrive en fin de droits, et que ses maigres allocations disparaîtront bientôt. Il n’a plus le choix : il doit s’y mettre.

Premier roman de Florent Oiseau, il est drôle et agréable à lire. Disponible dans notre catalogue il est paru chez Allary Editions. Nous avons contacté l’auteur nous lui a posé quelques questions que nous vous transcrivons ici.

PM. Comment fait un homme de votre âge pour se mettre (si bien) dans la peu d’un quadragénaire désabusé?

FO. De manière assez naturelle, en fait. Actuellement il est plutôt aisé de se sentir désabusé, ou d’imaginer l’être. Je ne dois mon mérite qu’à notre époque.

PM. Où êtes-vous allé chercher cette histoire?

FO. Dans un bistrot de Gambetta, au fond du bar, à proximité du flipper. Et un peu dans ma tête aussi.

PM. Dans votre livre, on voit le Paris du quotidien d’une classe sociale très présente dans la vie des quartiers mais au même temps, un peu dans la marge.

FO. L’absence de point d’interrogation rend cette phrase assez déroutante. Je suis un garçon vite débordé, du coup je préfère passer, j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.

PM. Vos personnages sont-ils inspirés de personnes que vous connaissez ? Si c’est le cas, ces personnes vous adressent encore la parole ?

FO. Je me suis servi à droite et à gauche ( je suis un peu le Modem, en fait ) et reste assez secret quand on me demande qui a pu m’inspirer et comment – ce qui me permet de conserver mes amis.

PM. Étiez-vous dans un esprit particulier durant l’écriture de votre roman ?

FO. Je venais de voir mon premier manuscrit refusé d’un peu partout et n’espérais plus trop une éventuelle publication. Je voulais juste participer à un concours – rémunéré – de nouvelles. Et m’acheter des rideaux avec l’argent du prix. Et puis le plan a changé. Mais je n’ai toujours pas de rideaux.

PM. A qui s’adresse ce livre ?

FO. Il s’adresse à pas mal de gens, je pense. Mais je sais surtout à qui il ne s’adresse pas: les amoureux du stakhanovisme et les grenouilles de bénitier.

PM. Quels sont les auteurs de votre génération que vous lisez (et que vous appréciez) aujourd’hui?

FO. Le seul auteur vivant que je lis assidûment se nomme Franz Bartelt. Je le trouve incroyable. Mais en fait, je lis assez peu. Je me demande parfois si je dois en avoir honte ou pas.

 

Nous vous invitons à télécharger un extrait en faisant clic sur la couverture du livre.

1864739

Et pour finir, un nuage des mots avec ceux qui sont le plus utilisés dans le texte:

je-vais-my-mettre

 

 

Découvrez les Etats-Unis à travers de la littérature

Nous vous proposons un livre par état. Cliquez sur l’état de votre choix et découvrez la lecture que nous vous conseillons. N’hésitez pas à utiliser le zoom.

Vous pouvez également vous servir de la liste faite avec les livres choisis en faisant clic ICI.

Zoom sur « Les simples prétextes du bonheur » de Nahal Tajadod

Nahal Tajadod est une écrivaine iranienne d’expression francophone. Docteure en chinois, elle pratique les trois systèmes d’écriture et travaille  sur les rapports historiques entre la Perse et la Chine. Cette mélange des langues nous a donné l’idée de vous présenter un petit tapis persan fait des mots les plus courant utilisés dans « Les simples prétextes du bonheur ».

Les simples prétextes

Présentation

Cécile Renan est une femme singulière. Elle est riche et spendide. Mais cette bonne fortune s’accompagne d’un frisson secret et tenace. Elle a peur de tout perdre, de se perdre, de traverser la vie tout en marchant à côté d’elle-même. Un jour, elle pousse la porte d’une épicerie iranienne à Paris. Que cherche-t-elle ? Elle l’ignore. Mais elle se lie avec le patron et sa famille délurée, fantasque, qui n’ont rien à lui refuser. Ils bouleversent la vie de Cécile et se laissent éblouir par elle.

Téléchargez un extrait

Paru chez JC Lattès, vous pouvez télécharger un extrait en allant à la notice du livre. Pour ce faire il vous suffit de cliquer sur la couverture du livre ci-dessous:

5fr

.

Littérature iranienne chez Feedbooks:

Vous pouvez trouver d’autres titres de littérature persane dans notre catalogue:

litper

Egalement paru chez JC Lattès, trouvez l’entrée du blog à propos de Belgravia de Julian Fellowes

 

PM

 

 

« Les Mots entre mes mains » par Guinevere Glasfurd

<<Quand Helena Jans van der Strom arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots apprend seule à lire et à écrire.
Son appétit pour la vie et sa soif de connaissance trouveront des échos dans le cœur et l’esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, les différence sociales sont encore trop forte et trop dangereuses. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est gentilhomme, elle est servante.
A partir d’une histoire d’amoure avérée et méconnue, Guinevere Glasfurd dresse le portrait fascinant d’une femme lumineuse. Un roman de passion et de liberté sur fond de fresque envoûtante des Pays-Bas au « siècle d’or ».>>

 

Cloud 114

EXTRAIT

 

Glace

Je fais le tour de sa chambre à tout petits pas. Ce que je cherche n’est pas là. Son horloge, ses documents, le verre où il range ses plumes sont envolés, disparus. Si j’ai déjà vu cette pièce vide sans m’en alarmer, aujourd’hui, cela ne fait que raviver ma douleur. Ce n’est ni de l’argent ni un souvenir que j’espère trouver ; ce sont des mots, un billet écrit de sa main. Il n’y a rien. Il est parti sans prendre congé et a pris toutes ses affaires avec lui.
Je soulève les draps qu’il a fait tomber du lit et tâte le matelas : il est froid. Même le néant possède une forme. Il est ce qui a existé, ce qui aurait pu advenir.
« Helena ? » M. Sergeant m’appelle du rez-de-chaussée avec une brusquerie inhabituelle.
« Helena ? » Je serre les poings. Plus fort : « Helena ! »
Son ton est sec, presque cassant.J’essuie mes yeux, ravale mes larmes, inspire profondément. J’attrape la rampe et descends l’escalier. La porte d’entrée est grande ouverte, toute la chaleur s’échappe de la maison. En arrivant sur les dalles que j’ai lavées hier, je fais comme toujours : je marche sur la pointe des pieds pour ne pas laisser des traces.
Je m’arrête en apercevant Limousin, qui m’attend dehors avec M. Sergeant. Je repose les pieds à plat sur le sol et me redresse. Lorsqu’ils me voient approcher, ils s’écartent sans rien dire. Ce n’est pas la peine, je sais ce qu’ils pensent.

Le cocher ajuste la bride, lance mon baluchon sur le toit et ajoute en plaisantant, l’air de rien : « Il n’y a que des plumes, là-dedans ! » Les chevaux font claquer leurs sabots et rongent leur frein. Je monte en baissant la tête et referme derrière moi. Sur chaque banquette est posée une couverture pliée, et dessous, un panier rempli de victuailles – des pommes, deux miches de pain, un fromage, de la viande séchée. Des provisions pour deux ou trois jours, peut-
être plus. La vue de toute cette nourriture suffit à me soulever le coeur.

Le cocher annonce à Limousin : « On va passer par Amersfoort et Apeldoorn. Ensuite, si la route est praticable, Deventer ne sera plus qu’à une journée de voyage. L’Yssel est entièrement gelée. Quel hiver… Vous feriez mieux d’attendre. » Limousin réplique sèchement : « Certaines choses ne peuvent pas attendre. »

Il s’installe en face de moi. Il sent le tabac et levin – l’odeur aigre de quelqu’un qui ne s’est pas lavé. Pourvu qu’il n’entende pas l’inquiétude dans ma voix : « Deventer ? »

Il saisit une couverture, l’étale sur ses genoux et me fait signe de l’imiter. Je déplie l’autre, et aussitôt le froid s’étend sur moi, transperce ma jupe et gagne mes jambes. Au moment où le coche commence à rouler, je cherche M. Sergeant ; il n’est plus là. Je comprends alors que c’est vraiment fini ; il n’y aura pas de retour en arrière. J’en ai le souffle coupé.
Limousin croise les bras et se met sur le côté ; une lumière grise éclaire sa pommette. Il doit sentir que je l’observe car il se tourne vers moi.
« Quoi ?
— Nous n’allons pas à Leyde ?
— Leyde ? » Il ricane et sa bouche esquisse un rictus.
« Je ne connais personne à Deventer, le Monsieur le sait. »
Il inspecte ses ongles, fait semblant de réfléchir.
« Limousin, je vous en prie, c’est sûrement une erreur.
— Je ne fais pas erreur. Monsieur n’a pas fait mention de Leyde. Nous allons à Deventer. »
Son regard me dit : Je sais de quoi je parle, et se durcit en s’attardant sur mon ventre. Ce voyage fait de lui un gardien, un seigneur, un maître. Il se
met à l’aise, et j’ai beau presser mes jambes contre la banquette, je ne peux éviter que ses genoux touchent les miens.
En cahotant sur les pavés, le coche se dirige vers les faubourgs. J’essaie de me souvenir où se trouve
Deventer sur la carte, mais elle devient floue, les routes et les canaux s’effacent progressivement. Sentant monter une nausée qui me brûle la gorge, je me jette en avant. « I l faut que je sorte ! » Limousin retire mes doigts de la poignée et me repousse.
« Reste assise ! Assise ! » Il est plus fort que j’aurais cru. Ses lèvres sont blêmes, ses joues se sont couvertes de plaques rouges. « Tu n’as qu’à ne pas bouger. »
Je me frotte l’épaule là où il m’a touchée. Nous roulons le long de Prinsengracht et n’en voyons que la largeur d’un carreau. Sous cette lumière blafarde, les demeures aux volets clos ressemblent à des forteresses froides, aveugles. Nous prenons de la vitesse. Chaque tour de roue nous éloigne de Westermarkt. Voir la ville défiler ainsi m’est insupportable. Deventer, Deventer, Deventer, Deventer: le mot tourbillonne dans mon esprit au rythme du claquement des sabots.
« Que vais-je dire à ma mère ? » C’est sorti malgré moi. Je cache mon visage et les larmes que j’ai retenues toute la matinée jaillissent. J’éclate en sanglots. Limousin fixe le lointain, sans ciller, en apparence peiné par mon chagrin. « N ous allons prier pour ton pardon, Helena. » Je joins les mains en fermant les paupières. Je n’ai jamais entendu cette prière ; je fais des mouvements avec ma bouche pour former des phrases et des sons qui me sont inconnus.
« O Vierge des vierges, ma Mère, je viens vers vous, et gémissant sous le poids de mes péchés… Ne méprisez pas mes prières, mais écoutez-les avec bonté et exaucez-les… »
Mon Dieu pardonnez-moi, mon Dieu pardonnez-moi, mon Dieu pardonnez-moi…
Je rouvre les yeux : nous avons franchi les remparts.
Je croise les bras sur mon ventre.
Seigneur, Monsieur, qu’allons-nous devenir ?

Pour aller plus loin

Téléchargez GRATUITEMENT de notre Domain public les œuvres de Descartes

 Discours de la méthode  

La dioptrique

Traité de la mécanique et Abrégé de la musique
DescartesRègle16,_a

Vous pouvez avoir accès à la notice du livre en cliquant sur la photo ci-dessous

 

« Les Mots entre mes mains » par Guinevere Glasfurd chez Préludes

 

 

 

Le jeune fille et la guerre

« La jeune fille et la guerre » de Sara Novic vient de paraître chez Fayard. En plus de vous recommander sa lecture, nous vous présentons une petite animation inspiré par la livre.

« Ana mène une existence heureuse à Zagreb avec ses parents, sa petite sœur Rahela et son meilleur ami Luka lorsque la guerre avec les Serbes éclate. Bientôt, ce sont les premiers raids aériens, la peur au quotidien, l’afflux des réfugiés. Mais le pire reste à venir : au cours d’une expédition en Bosnie pour tenter de faire soigner Rahela, Ana et ses parents tombent dans une embuscade. Seule survivante, Ana va apprendre le maniement des armes dans un village rebelle avant de quitter le pays et de trouver refuge aux États-Unis. »

Téléchargez un extrait en faisant clic sur la couverture du livre, puis sur « Télécharger un extrait ».

3f

Nous vous partageons une nuage des mots le plus courants du livre

la jeune fille et la guerre

 

Pour aller plus loin

Une carte de la Yougoslavie avec des lectures proposées pour approfondir le sujet. Faites clic sur les marqueurs pour accéder à la notice du livre.

Le siège de Sarajevo. Transmission du 13 juin 1992: 03m 02s.

Pour connaître d’autres livres dans la collection « Littérature étrangère » chez Fayard, faites clic ici.

 

PM