Libraire à l'heure du numérique

Téléchargez gratuitement la bibliothèque idéale de Patrick Modiano

Feedbooks vous propose de télécharger gratuitement les 5 livres de la bibliothèque idéale de Patrick Modiano (source Télérama 2009).

Bonnes lectures.

Le Roman de Tristan et YseutLe Songe d'une nuit d'étéManon LescautLes Fleurs du malCrime et châtiment

La médiatisation couvre de honte le gouvernement mexicain et la honte peut les forcer à changer les choses

Des manifestants ont incendié, le 13 octobre, le siège du gouvernement à Chilpancingo, la capitale de l’Etat, pour exiger que justice soit faite après le massacre de 43 étudiants d’Ayotzinapa.

En écho à cette terrible actualité et pensant que Jennifer Clément a raison « La médiatisation couvre de honte le gouvernement mexicain », Feedbooks vous propose de lire attentivement ce billet qui reprend des extraits de romans et interviews disponibles sur le site.

 

Extrait de Prières pour celles qui furent volées

Un jour, aux informations, nous avons entendu que trente-cinq fermiers s’étaient fait enlever. Ils cueillaient le maïs dans les champs lorsque des hommes étaient arrivés avec trois grands camions. Ils les avaient tous pris. Les kidnappeurs avaient pointé leurs fusils sur les fermiers et leur avaient dit de monter dans les camions. Les paysans s’étaient retrouvés debout les uns contre les autres, pressés comme du bétail. Puis ils étaient revenus chez eux au bout de deux ou trois semaines. On les avait prévenus que s’ils parlaient de ce qui s’était passé, on les tuerait. Tout le monde savait qu’ils avaient été enlevés pour travailler comme journaliers et faire la récolte de marijuana.

Si on gardait le silence à propos de quelque chose, alors c’était comme si ça n’était jamais arrivé. Mais quelqu’un en parlerait un jour dans une chanson, ça c’était sûr. Tout ce qu’on n’était pas censé savoir, dont on n’était pas censé parler, se retrouvait dans une chanson, un jour ou l’autre.

— L’idiot qui va écrire une chanson sur ces fermiers kidnappés va se faire descendre, a dit ma mère.

 

 
Jennifer Clément (extraits de l’interview en ligne sur le catalogue)

La médiatisation couvre de honte le gouvernement mexicain et la honte peut les forcer à changer les choses.

Dans le roman, la plupart des faits percutants sont réels. La description au début du roman de l’enlaidissement des filles qui se cachent dans des trous vient directement de quelqu’un que j’ai rencontré à Mexico. Elle m’a raconté le kidnapping des filles sur sa terre, dans l’état de Guerrero, et m’a expliqué comment elles creusaient des trous dans les champs de maïs pour cacher leurs filles lorsque les trafiquants venaient pour les enlever. C’est comme ça que le roman est né. Je n’arrivais pas à dormir cette nuit-là, je ne pensais qu’à ça. La voix de Ladydi est venue à moi et m’a serrée fort. Elle est fougueuse et fragile, pas du tout sentimentale ou du genre à critiquer.

 


 

Extrait du Sang du désert

La corde se tendit, lui mordit un peu plus la gorge. Elle sentait le sable et la roche lui taillader le ventre, les buissons d’épineux déchirer la blessure qui barrait sa poitrine. Son visage tuméfié irradiait la douleur, mais sous la taille, plus rien. Malgré ce qu’ils lui avaient injecté, ses bras bougeaient encore. Elle parvint à glisser un doigt sous le nœud coulant. Les agrafes de son soutien-gorge, qu’ils lui avaient enfoncé dans la bouche, lui entaillaient la langue. Hébétée de souffrance, elle se remit à pleurer. Subitement, la raideur gagna sa colonne vertébrale et ses bras. Sa mâchoire, son ventre… tout semblait mort.Ils avaient arrêté la voiture, éteint les phares et l’avaient traînée dans le noir, vers l’arrière, la tête dans les gaz du pot d’échappement. Sur sa langue, un goût de métal. Juste la force de cligner des yeux. Les étoiles… comme les lumières de la ville.

 

 
Alicia Gaspar de Alba (extraits de l’interview en ligne sur le catalogue)

Je ne dis pas que l’ALENA, en soi, est la cause de ces meurtres, mais cela a créé les conditions sociales et culturelles qui ont fait que ces crimes se sont multiplié sans discontinuer et n’ont pas été résolus. Il existe au moins deux écoles de pensée sur cette question. La première pense que les gynécides peuvent être liés directement au trafic de drogues et autres formes de crime organisé. La seconde, avec laquelle je suis plus en accord, pense que, puisqu’au moins un tiers des victimes travaillaient dans des maquiladoras, et puisque la grande majorité des victimes ont beaucoup de caractères en commun avec ces dernières (une grande pauvreté, des femmes de couleur vivant dans des bidonvilles et autres quartiers pauvres de Juarez), on ne peut pas faire semblant de ne pas voir que l’industrie des maquiladoras (que l’ALENA était censé relancer) est d’une façon ou d’une autre impliquée dans ces meurtres, dans l’étouffement de ces affaires, qui protègent les criminels, et enfin, l’inefficacité grotesque des enquêtes officielles. Je suis convaincue que les gynécides de Juarez ne sont pas seulement un problème mexicain, mais un problème frontalier, qui implique les deux gouvernements dans la suppression systématique des corps fertiles et reproducteurs trouvés à la frontière, ces mêmes corps que l’on attire dans des emplois abusifs et exploités et dont le système reproductif est surveillé nuit et jour par des chiens de garde.

Frise antéchronologique dédiée aux rebelles

Feedbooks vous propose une nouvelle frise chronologique dédiée aux rebelles.  Les livres sont visibles sur une timeline associée à une carte interactive.

Les titres ont été sélectionnés en fonction de leur disponibilité dans le catalogue de la librairie. Vous pouvez proposer des suggestions mais avant, merci vérifier.

 

Cliquez sur l’image ci-dessous pour accéder à la « timemap ».

Frise antéchronologique dédiée aux rebelles

Focus sur les éditions Actes sud avec Bertrand Py

Nous vous proposons aujourd’hui un focus sur les éditions Actes sud en compagnie de Bertrand Py, directeur éditorial des éditions Actes sud.

En prime, nous avons ajouté tous les liens nécessaires pour découvrir au mieux le catalogue des éditions Actes sud.

 

 

À la mort d’Hubert Nyssen, Alberto Manguel a déclaré : « Ce qui était toujours déconcertant chez Nyssen, c’était sa capacité de rassembler un groupe de gens divers sans jamais se placer au centre, telle une force gravitationnelle invisible qui prête mouvement et grâce aux autres corps ». Quelle est la force gravitationnelle des éditions Actes Sud aujourd’hui ?

Bertrand Py : La remarque d’Alberto Manguel permet sans doute d’apercevoir qu’Hubert Nyssen préférait être décentré par des équipiers autonomes et entreprenants plutôt que de se placer au centre d’un chœur d’épigones. Sa toute première vision d’Actes Sud, c’était un genre de United artists dans laquelle, auteurs et collaborateurs, partageraient l’aventure de la création. Au début des années quatre-vingt Actes Sud est d’ailleurs une coopérative, et ce statut juridique a perduré jusqu’à ce que la pression des banques, pour poursuivre leur soutien, nous oblige à nous transformer en Société Anonyme.

Mais l’esprit, dès les commencements, s’est maintenu et l’ADN d’Actes Sud est fait d’enthousiasme pour un projet collectif. Très souvent les auteurs me disent éprouver le sentiment de partager l’identité de leur maison. A l’inverse, nous partageons, mes collaborateurs et moi, la responsabilité de leurs livres. N’importe quel membre de l’équipe éditoriale (et cela vaut bien sûr aussi pour des collaborateurs relevant du service commercial, ou de communication, etc…) peut intervenir à un moment ou un autre du lancement d’une nouveauté, accompagner l’auteur dans une réunion publique, le présenter ou le représenter dans toute assemblée – j’entends par là que chaque éditeur ne se contente pas de « défendre » les livres dont il est le principal référent, mais que nous gravitons nous-mêmes autour des œuvres, et tirons d’elles notre énergie et notre plaisir. Mais l’image de la gravitation mérite aussi d’être étendue aux maisons associées qui, tels des satellites d’Actes Sud, suivent à leur manière singulière des orbes comparables. Leur présence a l’avantage de nous rappeler en permanence d’où nous venons, et ce à quoi nous ne voulons pas renoncer, par-delà les données nouvelles que ne cesse d’induire la croissance de l’entreprise.

Editeurs satellites d’Actes sud : RivagesGaïaRouergue

 

millenium

Marc de Gouvenain : « Stieg Larsson sait embarquer un moment avec un personnage et sauter vers un autre avant qu’on ne se lasse et au moment où on voudrait savoir. »

Interview de Camilla Läckberg

Camilla Lackberg : « J’ai toujours voulu écrire pour divertir mes lecteurs. »

Interview de Nicolas Mathieu à propos de  Aux animaux la guerre

Nicolas Mathieu : « Des braves gens peuvent devenir de parfaits salauds ; et inversement. »

 

La collection Actes noirs a été repérée par le grand public avec la trilogie Millenium. Depuis la collection a intégré Camilla Läckberg. Deux succès consécutifs d’une telle ampleur, c’est sans doute inespéré pour un éditeur… Mais comment fait-on ensuite pour que la collection vive sans être écrasée par le poids du succès ? J’ai par exemple adoré les romans d’Andrew MC Gahan et de Nicolas Mathieu… mais je ne suis pas sûr que mes goûts soient partagés par les tous lecteurs de roman policier nordique.

Bertrand Py : Le succès de Millenium et celui des livres de Camilla Läckberg sont un phénomène qui, de loin, peut sembler rendre invisibles ou trop discrètes d’autres réussites. Cependant je suis persuadé que les livres (en effet, excellents) de Mc Gahan ou de Nicolas Mathieu bénéficient de la légitimité que leur donne le fait de paraître dans la même collection que ces deux vedettes scandinaves. L’effet Actes noirs fonctionne en leur ajoutant de l’autorité, car la collection est très repérée par les amateurs du genre, et par les professionnels (la télévision vient d’ailleurs d’acheter les droits d’adaptation d’Aux animaux la guerre, de Nicolas Mathieu). Et si les Scandinaves font figure de privilégiés, le second rang (je pense notamment au catalan Victor del Arbol, au japonais Higashino, à la canadienne Louise Penny, à l’allemande Nele Neuhaus, etc…) est très diversifié et fait des scores assez élevés. Le grand public privilégie les séries et s’adonne au plaisir de retrouver des héros récurrents, alors que les lecteurs plus entreprenants, dont visiblement vous êtes, sont en quête de découvertes, l’étonnement, de renouvellements auxquels les best-sellers de Camilla Läckberg apportent d’ailleurs une indirecte et précieuse contribution. Mais je reviens sur le début de votre question : oui vous avez raison, un tel succès était inespéré, d’autant que (contrairement à une idée trop répandue) nous avons créé Actes noirs  avant d’acheter les droits de traduction de Millenium . Et la première année d’exploitation (du tome 1, donc) a produit moins de dix mille ventes. Le second a doublé la mise et c’est seulement alors que le phénomène s’est enclenché. Concernant Camilla Läckberg, c’était un peu moins imprévisible, parce que déjà la piste avait été tracée par Millenium .

 

Heller-Peter_c_Michael-Lionstar

Peter Heller : « J’aime écrire de la fiction dans cette optique de découverte constante car cela me ravit, me choque, me surprend. »

Witt_Patrick

Patrick deWitt : C’est une sorte de baromètre au sein de mon travail: si je ne m’amuse pas, alors quelque chose ne va pas.

 

On trouve toujours des perles dans le catalogue des éditions Actes Sud. Les libraires de Feedbooks ont par exemple apprécié ces deux dernières années les romans de Peter Heller, Patrick deWitt, Kamel Daoud… Comment ces auteurs intègrent-ils le catalogue ? Y-a-t-il ensuite une politique de suivi des auteurs dans la durée ?

Bertrand Py : Vous citez là trois auteurs superbes, d’ailleurs repérés par trois différentes éditrices de mon équipe. Bien sûr au départ il y a un éditeur d’origine, dans la langue initiale (l’américain, pour les deux premiers). Cet éditeur qui a su communiquer (via un agent, parfois) et transmettre. Dans le cas de Kamel Daoud, il faut mentionner les éditions Barzakh en Algérie, remarquable maison qui nous a fait découvrir cet écrivain. Voilà qui nous renvoie au tout début de cet entretien, car pour trouver de bons livres, il faut être entouré de bon « trouveurs », et c’est parfois une recommandation ponctuelle, un conseil d’ami, l’avis de traducteur, qui vous alertent sur l’intérêt qu’il y aurait à lire telle ou telle chose. Mais vous vous en doutez, il y a beaucoup de déchet, et l’éditeur ressemble assez à un orpailleur. Patrick deWitt, Peter Heller, oui, bien sûr la suite de leur œuvre est en cours de traduction. Quant à Kamel Daoud, il n’a certes pas fini de nous étonner. En fait éditer un livre unique n’est jamais le but du travail, et s’engager sur un titre c’est toujours (pour nous) imaginer un long parcours.

 

Les auteurs publiés depuis un an en vue sur la blogosphère littéraire

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Vous proposez à présent les nouveautés aussi en numérique. Qu’en est-il de la numérisation du fonds ? Plus largement, comment les éditions Actes sud envisagent-elles la dématérialisation en cours ?

Bertrand Py :  La numérisation du fonds est un travail progressif. En termes de coût ce n’est pas complètement neutre car certains titres ne se vendent qu’à quelques exemplaires par an, et dans ce cas les numériser peut paraître vain. D’autres sont épuisés, et le numérique est pour eux une chance d’exister à nouveau. Le problème plus vaste de la dématérialisation nous préoccupe sur divers plans. L’économie du livre est pour l’instant fondée essentiellement sur la circulation de sa forme traditionnelle, la version papier. Comme toujours lorsqu’une mutation est en cours, ceux qui embarquent dans le processus fragilisent ceux qui n’y ont pas accès, ou qui n’ont pas vu venir la métamorphose. Comment être à la fois pour l’accès maximal à tous les livres via la dématérialisation, et en même temps comment pérenniser des métiers solidaires (auteur, éditeur, libraire, critique littéraire) ? Il est certain que j’imagine mal un monde sans librairie ou sans ce qui pourrait lui en tenir lieu : il faudra peut-être réinventer les cabinets de lecture.

 

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