
Un an de retard pour la France… Alors que l’an dernier Sony dévoilait son PRS-505, celui-ci se décide enfin à arriver en France cette semaine. Pendant ce temps aux USA, Sony présente non pas son remplaçant, mais un nouveau modèle plus alléchant venant complémenter l’offre du constructeur: le Sony PRS-700.
Tactile ou connecté ?
Tout d’abord avant de commencer à décortiquer les nouveautés et les modifications apportées par le PRS-700, je souhaite revenir sur un point: l’absence de connectivité.
Alors qu’on commençait à parler de l’arrivée d’un nouveau modèle, la blogosphère s’entêtait à croire que la principale modification apportée serait une liaison sans-fil assurant à la gamme Sony Reader un équivalent du Whispernet d’Amazon.
Pour un certain nombre de raisons, cela semble contradictoire avec les décisions récentes de Sony mais surtout très difficile à mettre en place:
- le WiFi tout d’abord n’est pas une alternative viable à l’EVDO d’Amazon. Configurer du WiFi sur un tel périphérique est loin d’être idéal et réserverait cette fonctionnalité aux geeks. Le WiFi est aussi particulièrement gourmand et réduirait en conséquence l’autonomie de l’appareil. Mais surtout, en WiFi il n’est pas question de se connecter n’importe où et n’importe quand: il faut forcément être dans un lieu où on a une couverture WiFI.
- Le sans-fil sans rien derrière n’a absolument aucun sens. La force du Kindle c’est de s’intégrer à une plateforme complète de vente en ligne et de gestion d’abonnements. Développer une telle plateforme prend un certain temps (le Kindle est le fruit de nombreuses années de développement, alors que Sony commence à peine à regrouper ses effectifs travaillant sur le Reader).
L’ajout du DRM d’Adobe depuis la mise à jour du PRS-505 semble aussi aller à l’encontre de cette hypothèse: au lieu de lier l’appareil à un seul magasin en ligne comme c’était le cas avant, Sony ouvre son appareil à une multitude de fournisseurs de contenus. - Le WiFi n’étant pas une solution viable, il faut forcément passer par la carte EVDO/3G et dans ce cas de figure, trouver des accords avec des opérateurs. C’est quelque chose de long et fastidieux, surtout étant donné que le modèle du Kindle avec Sprint est à l’opposé du modèle traditionnel des opérateurs, ceux-ci préferant vendre un périphérique à prix réduit lié à un abonnement.
Pour lancer un produit à l’international, c’est d’autant plus long: il faut négocier pays par pays des accords avec les opérateurs. - Pourquoi vouloir faire comme Amazon en moins bien ? L’expertise de Sony est sur le matériel, pas les services. Le Kindle souffre d’une image execrable sur le plan design, autant choisir un moyen facile de se différencier en proposant un produit tactile beaucoup plus sexy.
Moins de boutons
Le premier point qu’on remarque, c’est la disparition des boutons 0-9. Globalement, les boutons sur ce nouveau modèle se font très discrets, avec de gauche à droite: retour, page précédente, page suivante, menu principal, recherche, zoom et “option”.
Disparition donc du bouton que je trouvais le plus utile sur le 500/505, marque-page, au profit d’un bouton recherche. Je trouve ce choix on ne peut plus douteux: pour marquer une page on peut désormais appuyer deux fois dans le coin de la page, mais cela ne remplace en aucun cas une autre possibilité de l’ancien bouton marque-page. En gardant longtemps le bouton appuyé sur le 500/505 on pouvait immédiatement retrouver l’ensemble de ses marque-pages: pour les personnes qui comme moi aiment lire plusieurs ouvrages en parallèle, c’était donc le meilleur moyen de passer d’un ouvrage à l’autre. Pas besoin de passer pas le menu principal et de se ballader dans plusieurs pages, on pouvait en une pression de bouton naviguer d’un ouvrage à l’autre. Certes, effectuer une recherche dans un livre peut s’avérer utile, mais plus utile que de marquer une page et passer facilement d’un ouvrage à un autre ? J’ai quelques doutes là-dessus…
La position des boutons permettant de tourner les pages est encore plus étrange: Sony considère donc que la majorité des utilisateurs se serviront plutôt de l’écran tactile. Pour changer de page, il suffit de faire un mouvement du doigt dans un sens ou dans l’autre, ce qui rend l’appareil utilisable autant pour un gaucher que pour un droitier. Mais est-ce optimal pour une utilisation à une main, peut-on facilement tenir l’appareil et effectuer un mouvement du pouce pour changer de page ? Seule une utilisation prolongée répondra à cette réponse, mais il aurait semblé judicieux de laisser justement ces boutons pour changer de page de part et d’autre de l’écran au cas.
On appréciera pas contre particulièrement la possibilité de “feuilleter”, en gardant le doigt appuyé à la fin du mouvement pour tourner une page, le PRS-700 continue de tourner les pages sans le fameux “flash” noir d’un écran e-ink.
Navigation tactile
La navigation sur un appareil e-ink est toujours un casse-tête: si le taux de rafraichissement n’est pas problématique quand il s’agit de tourner des pages, naviguer dans un menu est une toute autre affaire. Sony utilisait jusqu’à présent les boutons 0-9 pour cette raison la, en présentant toujours 10 éléments à l’écran, alors que le Kindle dispose d’une petite barre LCD permettant d’éviter ces désagréments.
Un écran tactile change forcément la donne: plus besoin des boutons 0-9 pour naviguer et Sony prend donc de nombreuses libertés:
- des icônes faciles à cliquer sur le menu principal
- il n’y a plus qu’une seule option pour naviguer dans ses livres mais on peut changer l’ordre de présentation, ou aller directement à une lettre précise de l’alphabet (iRex avait totalement sous-exploité ce type de fonctionnalités sur l’iLiad alors que justement le tactile présente de gros avantages pour ce type d’interfaces)
- un zoom tactile
- un clavier tactile pour la recherche
- sélection du texte au stylet
Globalement pour tout l’aspect navigation, le PRS-700 semble s’en tirer la tête haute. Mais un écran tactile ce n’est pas simplement utile pour une meilleure navigation, on peut imaginer de nouveaux usages aussi…
Recherche, prise de notes et dictionnaire
Le Kindle brille par sa fonctionnalité de recherche qui va beaucoup plus loin que la recherche dans un ouvrage donné: il embarque en réalité un moteur d’indexation. On peut à tout moment effectuer une recherche pour trouver un ouvrage sur l’appareil (métadonnées), sur Amazon (via Whispernet) mais aussi trouver n’importe quelle occurence dans un texte.
Il n’a pas encore été clairement expliqué comment fonctionnera le PRS-700 sur ce point, j’imagine que la fonctionnalité recherche est probablement limitée à la recherche au sein d’un livre. Pouvoir chercher un livre en fonction de ses métadonnées serait encore mieux, et chercher des occurences dans l’ensemble des textes de l’appareil optimal, mais tout cela à un coût: il faut indexer le contenu, ce qui est gourmand en ressources et diminue l’autonomie de l’appareil.
Côté prise de notes, c’est clairement une déception, d’après les premières impressions, il est impossible d’utiliser le clavier tactile pour des notes. On doit se contenter d’un simple surlignage du texte au stylet. D’ailleurs dans quel format ? Digital Editions support la prise de notes, mais le PRS-700 doit aussi proposer ces fonctionnalités sur des formats comme le LRF et le RTF que DE ne supporte pas. La prise de notes reste techniquement parlant, un véritable casse-tête et l’ancêtre de l’EPUB, l’OEB, avait subit un cuisant échec lorsqu’après plusieurs semaines de travail sur le sujet, aucune solution n’avait été obtenue.
Autre déception: l’absence de dictionnaire. La aussi, pas de format adapté et pas de support pour le moment, ce qui est vraiment dommage: il est beaucoup plus facile de sélectionner un mot sur un écran tactile que sur le Cybook ou le Kindle.
Sony doit donc revoir rapidement sa copie pour véritablement exploiter les avantages d’un écran tactile en dehors de la navigation, mais c’est l’industrie toute entière qui doit avancer sur le support des notes ou des dictionnaires.
Conclusion
Je n’ai pas abordé la question de l’autonomie et c’est volontaire: on ne peut pas s’appuyer sur les chiffres des constructeurs sur ce point. Il est évident que le choix du tactile a des répercussions sur l’autonomie, mais avec 3 semaines d’autonomie, les PRS-505 était le meilleur élève de sa génération. On peut donc s’attendre à quelque chose de tout à fait correct sur le PRS-700 qui gardera le même mode veille.
Globalement, le PRS-700 est un bel objet, même s’il reste bien trop cher (399$) et qu’il sous-exploite ce qu’on peut faire avec un écran tactile.
Tags: impressions, Sony PRS-700
Pas totalement d’accord sur le wifi. Si il est bien sûr hors de question d’aller surfer sur internet ou d’être connecté en continu sur son reader, dont ce n’est d’ailleurs pas la vocation, il est en revanche très intéressant de synchroniser périodiquement les flux RSS par exemple. Avoir son journal téléchargé automatiquement dans son reader tous les matins c’est assez confortable.
Je plussoie Thomas, la 3G imposerait des accords avec des opérateurs mobiles, marché où la concurrence est plutôt inexistante, tandis que les hotspot Wifi de type Fon se développent.
S’il y a un clavier tactile la configuration sera aisée. Ça impliquerait sans doute d’inclure un navigateur web basique également pour se connecter au hotspot. Mais qui dit Epub dit moteur d’affichage du XML.
> Le sans-fil sans rien derrière n’a absolument aucun sens. La force du Kindle c’est de s’intégrer à une plateforme complète de vente en ligne et de gestion d’abonnements.
Soit, mais pour le consommateur, il vaut mieux qu’il y ait une multitude de boutiques se faisant concurrence, en utilisant un format standard comme l’Epub. L’intérêt serait aussi de distribuer des revues dans ce format.
Je reste sur ma position concernant le WiFi: oui ça serait utile pour un public geek, mais ça n’aurait en aucun cas la portée et la facilité du 3G intégré sans abonnement “à la Kindle”.
Sony a fait quelques confidences d’après ceux qui étaient à la conférence du PRS-700: ils étudieraient pour une future connectivité sans-fil le fait de pouvoir accéder à plusieurs magasins en ligne.
Ce serait une très bonne solution mais ça demande encore plus de boulot que d’avoir le contrôle total entre son périphérique et sa plateforme de vente en ligne.
Stanza aura un modèle similaire sur l’iPhone.
Sinon pour le revues: en effet mais ce type de publication a besoin d’une meilleure gestion de la page. Il va falloir que l’IDPF prenne des décisions sur ce sujet (Adobe présente le XSL-FO comme son champion).
Bonjour Hadrien,
) restent bien loin de ce que j’utilise au quotidien depuis des années sur divers PDA avec Mobipocket: recherche facile, prises de notes, modifications du texte (et grande facilité pour récupérer tout ça sur l’ordinateur), possibilité d’utiliser plusieurs dictionnaires en même temps avec recherche simultanée dans tous les dictionnaires, etc
Article fort intéressant, mais nouvelle déception concernant le Sony: notes inutilisables, pas de dictionnaire: je constate que les “liseuses” (quel mot horrible,
D’accord, il semblerait que la lecture soit plus aisée et reposante (bien que je lise souvent des heures sur PDA sans aucune gêne…), d’accord l’autonomie est grande, mais… je ne serait pas l’acheteur d’une liseuse pour le moment…
Cordialement
Coolmicro
Comparer les liseuses avec un PDA ou un Mobipocket est un non-sens.
L’intérêt des liseuses, c’est un affichage passif, avec des rafraîchissements écran très peu fréquents. C’est fait pour remplacer un livre, pas un agenda ou un carnet de prises de notes.
Personnellement, je ne demande pas à ces liseuses de ressembler à un PDA, mais je trouve tout de même dommage que ce nouveau modèle n’a pas de dictionnaire.
Après tout, le Cybook Gen accepte le format Mobipocket et du même coup intègre la fonctionnalité de dictionnaire.
Je lis beaucoup en anglais, et avoir une traduction en ligne est pour moi primordiale. Je vais donc attendre et voir …
si je n’avais pas déjà le PRS-505 je me prendrais le 700. Les apports du 700 me paraissent insuffisant pour changer de modèle (même en revendant le 505).
Bonjour,
Où peut-on trouver le PRS-700 à Paris ?
Merci