La rentrée littéraire d’un libraire numérique

par admin

Plusieurs journaux dont Télérama viennent de publier des enquêtes sur le travail des libraires pendant la rentrée littéraire. J’ai surtout retenu « les muscles et le sens de l’organisation » que cela nécessite et les éternels « coups de cœur » .

Aucun, je dis bien aucun média, n’a publié un article sur la rentrée littéraire du côté des librairies numériques. Certes, le numérique n’a pas bonne presse : le journalisme a été une des premières professions à devoir s’adapter à cette nouvelle donne. Dans un monde qui change, où les certitudes d’hier ne valent plus rien, il n’a pas été jugé estimable de publier un focus sur ces nouveaux libraires qui essaient au quotidien de transformer le métier avec la passion et sans a priori.

 

« Il plongera dans le ventre de la bête, à la réception des colis »

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Pas de colis à déballer en numérique mais des intégrations de flux en provenance de dizaines de distributeurs. Chaque matin, le libraire scrute si celles-ci se sont bien déroulées : nouveaux livres, mises à jour des notices, désactivations. Si il y a le moindre problème, par exemple une mise à jour d’une promotion qui n’a pas abouti, le libraire transmet l’information à son collègue informaticien pour détection et résolution rapide du problème. L’enjeu est crucial car d’un côté les éditeurs sont vigilants quant aux informations qui s’affichent sur les différentes plateformes, de l’autre les clients attendent les nouveautés et les promotions.

« Le matin, avant dix heures et l’ouverture officielle, chacun s’affaire dans son secteur »

Une librairie numérique n’est jamais fermée. Il y a des commandes à toute heure et de partout dans le monde : Feedbooks est une librairie multilingue. La première tâche matinale du libraire est de s’occuper du support client. Après, il peut commencer à classer ou reclasser les livres pour que ceux-ci s’affichent dans les bonnes rubriques. Un catalogue bien rangé, c’est primordial. Et à l’heure du numérique où il est très facile de devenir son propre éditeur, le libraire doit aussi trier les flux en départageant les éditeurs. Ce travail n’est pas plus excitant que déballer un carton de livres mais il permet au libraire de bien connaître son catalogue.

Pour la rentrée littéraire, nous avons créé différentes listes thématiques. Une principale regroupant tous les romans mais d’autres plus thématiques ou mettant en avant une actualité du moment.

« Quand j’apprécie un roman, je le vends »

Le libraire numérique lit… et pour la rentrée, il lui arrive même de lire des livres papier quand certains éditeurs n’arrivent pas à fournir des services de presse numériques. Le libraire chez Feedbooks échange avec les éditeurs, regarde les avis des confrères, lit la presse et suit la blogosphère littéraire. Sans doute, le libraire numérique croit encore être prescripteur… mais il effectue plutôt ses sélections d’après les avis des lecteurs (grâce à la revue du web) et privilégie la mise en avant de la parole des auteurs (via les interviews) plutôt que la sienne. Il sait que l’organisation verticale du savoir, c’est fini. Il sait même qu’il en sait souvent moins que le lecteur. Exemple : avant d’élaborer une table virtuelle dédiée à la science-fiction francophone, il fait appel aux lecteurs, et en toute humilité, il va montrer qu’il sait un peu, mais juste un peu. Son travail va surtout consister à mettre en place l’enquête, à la diffuser sur les réseaux, et ensuite à récupérer les avis et à les mettre en scène pour un accès facile.

Feedbooks a publié une première version de son guide dédié à la rentrée littéraire le 4 septembre. Il est représentatif de la médiation effectuée avec une multiplication des présentations et des avis.

Inquiétudes et espoirs

Bien sûr, le libraire numérique ne sait pas comment le métier va évoluer. Il constate avec le même effarement la mainmise de quelques firmes informatiques. Mais le libraire numérique pense toujours que la dématérialisation va démultiplier les accès à la lecture et que l’échange en mode horizontal est profitable à tous. Il pense aussi que le métier va devenir plus intéressant à exercer.