Le lieu comme personnage des polars

par Bernard

Le lieu est souvent un personnage à part entière d’un roman policier.

Nous nous sommes amusés à classer les réponses des auteurs interviewés sur Feedbooks.

 

 

LA CARTE POSTALE

La Réunion, d’après un guide touristique

Michel BussiNe lâche pas ma main

Michel Bussi : L’histoire aurait pu être posée dans n’importe quel autre lieu touristique, c’est vrai, mais très vite, j’ai su qu’avec l’île de la Réunion, je tenais en quelque sorte un supplément « d’âme ». Ce sont surtout les personnages qui se sont imposés, il était finalement assez facile de composer des personnages métissés, et donc complexes, humains, originaux… J’ai très vite eu envie de leur donner vie ! Les heures d’écriture, autour de cartes, livres et photos de la Réunion, étaient un pur plaisir que j’espère les lecteurs partageront.

 

San Francisco, le charme et le caractère

S.G. BrowneHeureux veinard

S.G. Browne : Cela fait six ans que je vis à San Francisco et je savais qu’à un moment ou un autre je voudrais en faire le décor pour un de mes romans. La ville a tellement de charme et de caractère que je ne pouvais m’empêcher d’en tomber amoureux. Même si San Francisco est à l’origine de nombreux lieux emblématiques (Alcatraz, Lombard Street, le Golden Gate Bridge…), je voulais davantage inclure un sentiment de quartier dans le roman, puisque c’est ce qui m’est offert lorsque je me promène dans les rues: les lieux qui ne sont pas vus ou appréciés de tous. C’est tous ces trésors cachés qui en font une ville unique.

 

Katmandou, le coup de foudre

John BurdettHeureux veinard

John Burdett : C’est toujours le même schéma : j’écris sur des villes dont je suis tombé amoureux. Je suis tombé amoureux de Katmandou bien avant de découvrir la Thaïlande. Je ne pourrais jamais écrire sur un endroit dans lequel je ne suis allé que quelque fois. Mon écriture s’inspire du vécu intime et se construit à partir de nombreuses visites et aventures qui s’additionnent pour créer une image intérieure bien plus riche que n’importe quelle description directe. Je pense que l’on ressent tout cela dans la texture même de mon style. Il n’y aucune retenu dans mon amour des villes asiatiques, c’est un vrai coup de foudre, une passion unilatérale, comme à l’adolescence.

 

Nipton, les casinos et le cinéma

Robert LittellUne belle saloperie

Robert Littell : Il y a quelques années, ma femme et moi avons passé l’hiver à Santa Fe, au Nouveau-Mexique. On était sur la piste des amérindiens préhistoriques ainsi que de la grande artiste Georgia O’Keefe, qui avait vécu dans un ranch dans un désert sauvage du Nouveau Mexique. A un moment, on a loué une voiture et on a conduit de Santa Fe à Los Angeles. C’était pendant ce voyage qu’on a découvert ce bled du nom de Nipton, ainsi qu’un vieil hôtel avec une seule chambre, arborant une plaque sur la porte sur laquelle il était écrit que Clara Bow, la légendaire star du muet, avait dormi à cet endroit. Le train Union Pacific, long de 150 wagons et deux locomotives, est passé au ralenti devant l’hôtel, si près que le sol tremblait. On a également découvert la gare de Kelso avec son hôtel abandonné aux portes du désert de Mojave. Puis il y avait les deux casinos de chaque côté de la route principale sur la frontière entre le Nevada et la Californie ; les casinos sont illégaux en Californie, mais pas au Nevada. La nuit, de loin, les casinos ressemblaient à des paquebots géants illuminés en mer. Une file interminable de voitures venant de Los Angeles remplissait l’autoroute, s’étendant jusqu’à une heure des casinos. J’avais en mémoire tous ces endroits hauts en couleur lorsque j’essayais de trouver où j’allais planter le décor de l’histoire du détective Lemuel Gunn et de la superbe comtesse aux pieds nus.

 

Bergen : le personnage de la série est si célèbre qu’il est devenu un argument touristique.

Gunnar Staalesen : Oui, des guides locaux organisent un parcours Varg Veum, et j’en organise moi-même également, quand j’ai le temps.

 

L’ANTI CARTE POSTALE

La Seine, en fonction de l’obsession du moments

Ingrid AstierQuai des enfers

Ingrid Astier : Oui ! Mais ma fenêtre n’est que la métaphore de l’angle que je promène sur la Seine, un cadre qui varie en fonction de l’obsession. Mon naturel se plaît aux changements d’échelle, j’aime varier les focales pour toujours réapprendre à voir. Il faut se méfier de la vision : elle devient très vite paresseuse. Restituer à la Seine sa profondeur fut jubilatoire, grâce aux pêcheurs et aux plongeurs. Et ce, contre la morne surface touristique.

Mon travail débute là où la carte postale finit. Quai des enfers fuit cet effet carte postale : les lieux me touchent par leur capacité à m’ébranler, à m’émouvoir. Je recherche des chocs, parfois je dois les provoquer. Cela revient à éperonner le réel, comme lorsque vous agacez les franges de l’huître avec les dents de la fourchette, pour s’assurer qu’elle est bien vivante.

Voilà pourquoi je casse ma fenêtre : d’où le besoin de vivre des nuits avec la Brigade fluviale sur la Seine, pour passer de la carte postale au kaléidoscope. Comme certaines fleurs, le roman policier s’ouvre la nuit.

 

ENTRE LE PARADIS ET L’ENFER 

Naples, aimée et haïe

Francesco De FilippoL'Offense

Francesco De FilippoUne ville à la fois aimée et haïe ; une ville qui vous offre tout en un éclair et qui vous prend tout, tout aussi rapidement. Une ville féminine, à mes yeux comparable à l’une de ces femmes un soupçon exotiques, splendides et passionnées, qui rendent les hommes amoureux et les désespèrent, les convoitent sans se laisser saisir car elles sont totalement libres. Et les cicatrices visibles sur un côté de son visage ne fanent nullement sa beauté. Je dirais peut-être même qu’elles l’exaltent.

À l’instar de toute l’Italie du Sud et de sa nature parfois trop chargée, Naples est la ville-type de ce que je qualifie le « luxe de la destruction » : une attitude équidistante dans un quadrilatère composé de masochisme, de rapacité, de tendresse et de complexe d’infériorité.

 

Le 19ème multiculturel

Karim MiskéArab Jazz

Karim Miské : C’est un quartier dans lequel j’ai vécu trois mois au début de l’écriture d’Arab Jazz, et que j’ai ensuite laissé se développer librement au fil des pages. J’ai commencé à écrire après avoir un soir peu avant minuit croisé rue Petit successivement en quelques mètres des profs loubavitchs, des jeunes juifs hassidiques qui faisaient du vélo et jouaient au ballon devant une pizzeria kasher puis un groupe de salafistes noirs et arabes écoutant un prédicateur en pantacourt Nike et kamiss blanche non siglée. Le lendemain je me suis assis devant le clavier de mon ordinateur pour donner naissance à Ahmed d’abord, puis à Laura, Rachel et Jean. Le quartier ensuite s’est recomposé autour d’eux. Il est totalement réel et totalement imaginaire à la fois. C’est un peu comme cette vieille croyance juive et chrétienne de la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste. Il y a un 19e terrestre et un 19e céleste qui se croisent dans Arab Jazz. Mais il s’agit d’un céleste assez particulier dans lequel Paradis et Enfer se partagent le territoire.

 

LA VILLE COMME PERSONNAGE PRINCIPAL

Milan l’héroïne

Gianni BiondilloLe Matériel du tueur

Gianni Biondillo : J’ai publié 15 livres depuis que j’écris, dont 5 seulement avec le personnage de Ferraro ; il ne revient donc pas si souvent dans mes livres. En réalité, la véritable héroïne de mes romans, c’est Milan. Pas les personnages en chair et en os, mais la ville. Mon idée consiste à créer une fresque sociale, parfois avec des personnages récurrents, parfois avec de nouveaux personnages. Tous mes livres, les polars et les autres, sont intimement liés. Tenus ensemble par le paysage, physique et narratif.

Dans les romans italiens situés à Milan, on parle presque toujours de la bourgeoisie du centre, c’est tout à fait légitime, mais Milan, telle que je continue à la raconter, va bien au-delà de ça. Souvent on me dit « Tu racontes la ville qui est en train de changer », et moi je réponds : « C’est déjà arrivé, Milan est déjà une autre ville ». Parce que si tu dis que le changement est en cours, tu présupposes la possibilité de l’arrêter. Avec cette logique tu justifies la politique sécuritaire, alarmiste, raciste.

Avoir grandi à Quarto Oggiaro, un quartier difficile de la périphérie nord de Milan, a été de toute évidence déterminant pour moi. D’ailleurs je n’arrive pas à raconter des choses que je ne connais pas. Quand j’ai commencé mon premier roman, il m’a paru naturel de parler du quartier où j’ai grandi. D’autant plus qu’on le décrit souvent avec des lieux communs. S’il faut faire une scène où il se passe quelque chose de louche, on la situe à Quarto Oggiaro. Mais pourquoi ? Ce n’est quand même pas systématique, si tu dois faire un truc illégal à Milan, tu n’es peut-être pas obligé de faire ça à Quarto Oggiaro ! C’est un quartier difficile, c’est vrai, mais c’est aussi un quartier plein d’associations, d’initiatives, de belles personnes qui travaillent honnêtement. De nombreux jeunes sont même fiers de venir de ce quartier. Je sais que j’éprouve aussi une sorte de sentiment de revanche : je suis un enfant du sous-prolétariat urbain, j’ai des parents semi-analphabètes, et maintenant je me retrouve ici à répondre à une interview en français. Pas mal pour un type de Quarto Oggiaro, non ?

 

LA VILLE NOMMÉE MAIS JAMAIS DÉCRITE  

Tel Aviv, ville caractéristique d’un pays jeune

Liad ShohamTel Aviv Suspects

Liad Shoham : Le roman commence avec une vieille dame qui scrute sa rue la nuit avec des jumelles. Tout au long du roman, vous resterez sur cette focale et jamais la ville de Tel Aviv ne sera décrite. Pourquoi ?
Je pense que cette “absence de localisation” découle de deux raisons. Premièrement, Tel Aviv est une ville qui, par sa nature, n’est pas différente de beaucoup d’autres villes dans le monde (à la différence peut-être de Jérusalem). Deuxièmement, en tant qu’écrivain (et, honnêtement, en tant qu’être humain), je m’intéresse davantage aux gens, à leurs motivations et à leurs émotions qu’à ce qui les entoure. Même le temps qu’il fait n’est mentionné dans mes intrigues que si c’est un élément qui fait avancer le roman, et ici l’intrigue avait besoin « d’une ville ».

Cependant, malgré le manque de descriptions physiques de la ville, les retours que j’ai reçus ont souligné que le roman était très israélien. Bien que mon intention n’était pas de présenter des caractères typiquement israéliens, je suis d’accord avec ces remarques. Premièrement, comme je l’ai dit, tous les personnages du roman improvisent. Je pense que cela est caractéristique des jeunes pays et en particulier de pays comme Israël où il y a toujours quelque chose qui se passe et où l’improvisation est souveraine. Par ailleurs, le territoire étriqué, la faible population et l’intimité familiale qui en découlent se retrouvent sans aucun doute dans le livre.

 

Glasgow, petite ville

Malcolm MackayIl faut tuer Lewis Winter

Malcolm Mackay : « Le grand avantage de Glasgow est d’être une petite ville, rien n’est jamais loin. » Sauf que vous nous en dites finalement très peu sur cette ville. Pourquoi ?

Dans certains romans, inclure le lieu dans l’intrigue est un atout, mais d’autres s’en sortent mieux en le laissant s’effacer en arrière-plan. C’est une histoire sur des gens et leur situation, et le lieu se devait de passer après ça. Essayer de créer un sentiment de lieu, c’est parfois risquer de réduire la force des personnages. 

 

LA VILLE IMAGINÉE  

Panteuil ou Pondage ?

Dominique ManottiBien connu des services de police

Dominique ManottiDans presque tous mes autres romans je mélange personnages réels et fictionnels. Mais dans celui-ci, mes personnages sont à raz de terre, des tout petits, des franchement sans grade. L’introduction de personnages connus n’aurait fait que les écraser, les marginaliser dans leur propre histoire. Pour les faire vivre, j’avais besoin d’un lieu imaginaire, où je puisse me déplacer en toute liberté. Ce fut Panteuil. Je constate que j’avais fait la même chose pour la partie ouvrière de Lorraine Connection, qui se déroulait à Pondange, alors que les “huiles”, les grands personnages, vivaient et agissaient à Paris, Varsovie, Luxembourg…

 

Malacourt comme Castle Rock

François LévesqueUne maison de fumée

François Lévesque : Mes romans se déroulent tous dans le Nord du Québec, dans une région imaginaire très fortement inspirée par mon Abitibi natale. J’aime pouvoir m’inspirer de lieux bien réels tout en m’accordant la liberté de les magnifier ou de les modifier à loisir.

Par ailleurs, en ne nommant pas directement la région et en recourant à des noms de villages inventés mais crédibles (Saint-Clovis, Sainte-Sybile, et maintenant Malacourt, une contraction de Belcourt et de Malartic), tant le lecteur de la Côte-Nord que du Saguenay que de l’Abitibi peut transposer l’endroit dans sa propre région.

Pourquoi ce parti pris ? Peut-être est-ce l’héritage inconscient de Stephen King, que j’ai beaucoup, beaucoup lu, et de sa ville fictive de Castle Rock. Lui aussi, tient, fait s’exprimer ses personnages en langage populaire dans ses dialogues. C’est particulièrement savoureux en version originale anglaise.

Maintenant, est-ce qu’en l’occurrence, Malacourt est un personnage ? Tant mieux si vous l’avez perçu ainsi. C’est vrai que je m’attarde beaucoup aux lieux, aux descriptions de ces lieux – peut-être trop au goût de certains lecteurs – mais là encore, cela découle d’un souci d’authenticité. Si le lecteur «voit» le lieu (oui, comme il «entend» les personnages), alors il croira plus facilement à ce qui s’y déroule. Du moins c’est ce que je crois.

 

Un assemblage de divers éléments qui ressemble à Nice

Antoine ChainasPur

Antoine Chainas : Votre roman paraît le jour où un bijoutier de Nice se fait justice. Jamais, vous ne citez cette ville alors que l’on peut la deviner dans vos écrits. Que vous permet ne pas nommer ?

Oui, ceux qui veulent émettre des suppositions toucheront peut-être juste, mais la ville que je décris n’existe pas encore tout à fait : elle est un assemblage de divers éléments sociologiques, économiques, architecturaux épars. Ne rien nommer – ni date ni lieu – accentue le côté universel du récit.

 

LA CAMPAGNE CONTRE LA VILLE

Uppsala mais du côté des des gens ordinaires

Kjell ErikssonLes cruelles étoiles de la nuit

Kjell Eriksson : Il y a beaucoup de coins de campagne en Suède et je pense qu’il est important d’écrire sur la Suède dans son ensemble, pas seulement sur les villes et les endroits chics et urbains.
Uppsala, qui est la ville natale de mon personnage principal, l’inspecteur Ann Lindell, est la quatrième ville la plus peuplée de Suède, mais il y a seulement autour de 200 000 habitants.
Pendant longtemps j’ai travaillé à la campagne, en tant que jardinier, et j’ai connu des gens là-bas, des gens ordinaires, humbles, pas ceux que l’on voit dans les magazines ou dans les émissions de télé. 
Ce sont « mes » gens.

 

Le genre backwoods

Pierric GuittautLa fille de la pluie

Pierric GuittautEn matière de polar rural, la France reste assez paresseuse, alors qu’elle a initiée le genre avec Marcel Aymé en 1929, aux côtés de Faulkner ou Caldwell, excusez du peu. Les américains écrivent selon trois grands axes : le roman sudiste gothique, féroce et extravagant, auquel semble se référencer Country Blues, le backwoods noir poisseux et violent de James Cain ou de Charles Williams, et le roman des grands espaces, de l’esprit pionnier, où Tony Hillermann reste un des maîtres incontestés.

La fille de la pluie s’inscrit dans le genre backwoods, celui des sous-bois inquiétants, où a excellé Pierre Pelot chez nous avec La Forêt muette. Le titre de mon roman est un hommage à Charles Williams, dont les trois premiers romans contenaient le mot « fille » dans leur titre en VO.

Ce que j’ai voulu, c’est surtout me démarquer du navrant 1275 âmes de Jim Thompson, ou encore des fièvres marécageuses du sud gothique. La campagne n’est pas qu’un repaire de bouseux attardés couchant avec leur soeur et collectionnant les animaux morts au fond de leur cabane, d’où mon clin d’oeil avec le lien caché entre Sébastien et Morgane en guise de contrepied.

Hippolyte est un vieil homme dont la grande aventure aura été de servir dans les commandos de marine pendant son service militaire, et qui remâche un chagrin d’amour mal cicatrisé entre deux verres de gnôle et un paquet de Gitanes. Sébastien est un jeune homme passionné de chasse et de ball-trap, mais il aime les belles voitures, sortir en boîte et a un smartphone comme tous ceux de son âge. Sa mère, désormais veuve, est agricultrice, mais elle espère trouver un compagnon honnête et un homme dans son lit grâce aux réseaux sociaux. Ce n’est pas une galerie de monstres inquiétants ou anormaux, ils sont comme vous et moi, sauf qu’ils vivent dans un milieu de fermes isolées à flanc de collines boisées, où l’histoire locale est une composante majeure de leur vie et de tous ceux qui les entourent. Ignorer ce fait, c’est courir à sa perte.

 

Les petites villes américaine

David BellFleur de cimetière

David Bell :  New Cambridge est une ville fictive. Mais la ville a un sens à mes yeux parce que je viens de l’Ohio et j’aime que mes histoires se déroulent dans des petites villes américaines. On pourrait penser que les petites villes sont des endroits sûrs et agréables à vivre où il n’y a jamais de problèmes ou de criminalité, mais tout le monde sait que c’est faux. Les petites villes ont leurs propres problèmes. Et puisque tout le monde se connaît, il peut être difficile de garder un secret. Et quand les gens essaient de garder des secrets – et que ces secrets sont révélés – cela fait une histoire intéressante.

 

LE LIEU COMME ESPACE POLITIQUE

L’hémisphère sud

Caryl FéreyMapuche

Caryl Férey : Après la Nouvelle Zélande, l’Australie, voilà que tu embarques le lecteur en Argentine. D’où vient cet intérêt pour le sud de l’hémisphère sud ?

Le monde s’est droitisé avec la mondialisation et l’Amérique du Sud a fait le chemin inverse, en se débarrassant des dictatures et de l’emprise de la CIA. L’Argentine, si proche de nous, a subi la pire d’entre elle, et la pire crise de notre système économique. Tout cela ma passionne, en plus du sort réservé aux autochtones, en occurrence Mapuche.

 

L’accord de libre-échange nord-américain

Alicia Gaspar de AlbaLe Sang du désert

Alicia Gaspar de Alba : Je ne dis pas que l’ALENA, en soi, est la cause de ces meurtres, mais cela a créé les conditions sociales et culturelles qui ont fait que ces crimes se sont multiplié sans discontinuer et n’ont pas été résolus. Il existe au moins deux écoles de pensée sur cette question. La première pense que les gynécides peuvent être liés directement au trafic de drogues et autres formes de crime organisé. La seconde, avec laquelle je suis plus en accord, pense que, puisqu’au moins un tiers des victimes travaillaient dans des maquiladoras, et puisque la grande majorité des victimes ont beaucoup de caractères en commun avec ces dernières (une grande pauvreté, des femmes de couleur vivant dans des bidonvilles et autres quartiers pauvres de Juarez), on ne peut pas faire semblant de ne pas voir que l’industrie des maquiladoras (que l’ALENA était censé relancer) est d’une façon ou d’une autre impliquée dans ces meurtres, dans l’étouffement de ces affaires, qui protègent les criminels, et enfin, l’inefficacité grotesque des enquêtes officielles. Je suis convaincue que les gynécides de Juarez ne sont pas seulement un problème mexicain, mais un problème frontalier, qui implique les deux gouvernements dans la suppression systématique des corps fertiles et reproducteurs trouvés à la frontière, ces mêmes corps que l’on attire dans des emplois abusifs et exploités et dont le système reproductif est surveillé nuit et jour par des chiens de garde.

 

ECRIRE SUR LA VILLE DANS LAQUELLE ON N’HABITE PLUS

Qiu XiaolongDes nouvelles de la Poussière Rouge

Qiu Xiaolong : Ça l’est, mais en même temps, cela inclut aussi des avantages inattendus. Premièrement, la distance me permet un regard plus panoramique. Dans mon cas, c’est également une sorte de double perspective : à la fois quelqu’un qui connaît les choses de l’intérieur (en tant que chinois), et de l’extérieur (résidant aux Etats-Unis), ce qui confère une sorte de tension à la narration.

 

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