Libraire à l'heure du numérique

Focus sur les éditions Viviane Hamy

En 2015, les éditions Viviane Hamy fêteront leurs 25 ans avec quelques 200 titres, disponibles en grande majorité en numérique.

Viviane Hamy a toujours su concilier curiosité littéraire (Léon Werth) et succès éditorial (Fred Vargas).

En 1992, Viviane Hamy entend parler par un ami d’un livre La Maison blanche. Elle raconte: « J’ai filé en bibliothèque, puis j’ai simplement tiré le fil du texte et découvert une œuvre immense, que les plus grands historiens (Jean-Pierre Azéma, Jacques Le Goff, Michel Winock…) ne tarderaient pas à acclamer, le journal d’un témoin de Vichy, Léon Werth. Cet essayiste et poète m’a sauvée ! ».

Le désir de rendre disponible cette œuvre fondamentale a été à l’origine de notre projet de numérisation du catalogue Viviane Hamy en mars dernier. Il nous a poussés à nous engager dans cette voie nouvelle. Il est donc pour nous une étape essentielle.

Comme le commissaire Adamsberg, nous nous laissons guider par notre intuition, et les voies que nous empruntons ne sont pas les plus directes et les plus rationnelles… Mais l’esprit de Léon Werth nous imprègne également: indépendance foncière, engagement, tout en étant capable de fantaisie, et d’ironie. (suite de l’interview ici)

 

Les liens essentiels

 

Les auteurs publiés récemment en vue sur la blogosphère littéraire

cliquez sur un auteur pour accéder à la notice et à la revue du web.

 

Nos Interviews

Interview de Céline Lapertot

Céline Lapertot : « J’ai eu la vision d’une adolescente enfermée, j’ai travaillé cette vision pour en faire un roman.  »

Interview de Cécile Coulon

Cécile Coulon : « Un objet n’est ni pire, ni meilleur que l’homme qui s’en sert ».

Interview de Alexis Ragougneau

Alexis Ragougneau : « La véritable ligne de démarcation est entre ceux qui cherchent l’affrontement et ceux qui cherchent la paix. »

Interview de François Vallejo

François Vallejo  : « Je ne me mets pas au centre de ce que j’écris, je trouve plus important de mettre le monde au centre de ce que je suis, je le scrute, par curiosité. »

Interview de Karim Miské

Karim Miské : « L’écriture du polar est venue naturellement, après quinze ans passés à filmer et à engranger des histoires. »

Interview de Dominique Sylvain

Dominique Sylvain : « Je ne suis pas sûre d’aimer les intrigues complexes, mais il semble que les intrigues complexes m’aiment beaucoup. »

 

Géolocalisez les polars de la collection Chemins Nocturnes

Le renseignement depuis le moyen âge : la frise chronologique liée au catalogue de Feedbooks

Feedbooks vous propose une mise à jour de la frise chronologique dédiée à l’espionnage avec désormais 55 entrées.

N’hésitez pas à compléter votre recherche en vous connectant directement sur le catalogue en cliquant sur les catégories : littérature d’espionnage et  documents d’espionnage.

Nos conseils de lecture pour 40 éditeurs sans DRM

Nous vous proposons ce jour nos conseils de lectures pour 40 éditeurs sans DRM. Bonnes découvertes.

 

Allary

Les fidélités

Alma

American gothicMarcus

Alto

L'orangeraieLe mur mitoyenLe christ obèseLa porte du ciel

Asphalte

L'Île invisibleLa vie est un tangoShangrilaGolgotha

L’Atalante

Bleu-ArgentRedshirts - Au mépris du dangerSumerkiLes Portes d'Occident

L’Aube

Crime impuni aux monts WuyiTémoin de la nuitLa ronde des prétendants

Au diable vauvert

Le Liseur du 6h27Le Saut du requinManuel de survie à l'usage des incapablesParadis (avant liquidation)

BakerStreet

Requiem pour une révolutionLondres par hasard

Le Bélial

AxiomatiqueLa Nef des fousTau ZéroMémoria

Bragelonne

Snow CrashLe Voleur quantiqueDaysLes Lames du Cardinal

Buchet/Chastel

JosephLe démantelement du cœurLa Fin du monde a du retardLondon calling

Cherche midi

Le VillageLa TerreurLa Porte du MessieLa Fille qui tombe du ciel

Le Dilettante

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IkeaLe Peuple des bergesJe vais bien, ne t'en fais pasRiverains rêveurs du métro Bastille

L’épée

L'instant précis où les destins s'entremêlentDes nœuds d'acier

Equateurs

En bande organisée

French Pulp

AutorouteEnfantasmeOperation MillibarLes Égarés

Julliard

Cousine KLe chagrinBons baisers de la montagne

Kero

Un tout petit rien

Libretto

KnockemstiffWater MusicLes démons de BerlinLe Jour des corneilles

Métailié 

Le détroit du LoupL'Été des noyésL'Homme qui aimait les chiensLe Cercle des douze

Minuit

Autour du mondeUn anUn notaire peu ordinaireUn soir au club

Mirobole

Les Furies de BoråsComment j'ai cuisiné mon père, ma mère... et retrouvé l'amour

Mnémos

Le Lion de MacédoineNotre-Dame des LoupsCorpus prophetaeLe Bâtard de Kosigan

Monsieur Toussaint Louverture

KarooMailmanUne putain de catastrophe

Le Passage

Que nos vies aient l'air d'un film parfait Avant la chute L'Anneau de Moebius

Phébus

Les Enfants de DynmouthSéraphineGriffintownMayonnaise

Philippe Picquier

Songeant à mon pèreTrembler te va si bienPrincesse BariLes Dix amours de Nishino

Philippe Rey

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman MudwomanLong week-endJours d'enfance

Piranha

Dernier Requiem pour les Innocents

Plon

D.Le ChardonneretL'amant purUn coeur noir

Le Quartanier

La revanche de l’écrivaine fantômeLa déesse des mouches à feuJournée des dupes

Robert Laffont

Il bouge encoreLa Rivière espéranceJe vous promets de revenirAmerican Lady

Sabine Wespieser

Quatre mursPietra viva

Sonatine

Le réseau911Les VisagesIl

Super 8

DéchirésL'obsession

Verdier

Les OnzeDes femmes disparaissent

Viviane Hamy

La Madone de Notre-DameLe rire du grand blesséJours d'AlexandrieJérusalem

La Volte

Nicolas Eymerich, InquisiteurLe crépuscule des chimèresLa Horde du Contrevent

XYZ

Petits tableauxQuand j'étais l'AmériqueIl pleuvait des oiseaux La petite et le vieux

Zulma

Le Complexe d'Eden BellwetherL'Île du Point NémoLa vie rêvée des plantesTrop près du bord

Le vortex de la science-fiction propulsée sur le web

Quels sont les auteurs les plus en vue de science-fiction sur la blogosphère littéraire ? Grâce à la veille effectuée au quotidien (certes partielle et moins poussée que pour le roman et le polar), la librairie Feedbooks est en mesure de répondre à cette question.

La taille de la police est calculée en fonction du nombre de chroniques publiées sur le web.
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Le mouvement des squatters à Berlin par Florian Urban

Une somme sur Berlin vient de paraître dans la collection Bouquins chez Robert Laffont.  Cet ouvrage collectif de 1100 pages dirigé par David Sanson comprend des entrées histoire, promenades, dictionnaire d’une richesse inouïe.

Nous remercions les éditions Robert Laffont de nous avoir permis de reproduire l’extrait (p 143 à p 148) ci-dessous.

Outre ce mouvement de diversification culturelle, les années 1970 sont également marquées, à Berlin-Ouest, par une nouvelle vague de protestation, qui prend la forme du « squat », ou occupation de vieux immeubles vides. Les occupants eux-mêmes qualifient leurs actions d’Instandbeseztungen – « occupations en l’état », qui se réfère au mot Instandsetzung, « remise en état », et au fait de rendre habitable un lieu désaffecté. La cible de leurs protestations est la politique menée par le Sénat en matière de logement, entre « rénovation sans merci » et coupes franches opérées dans le tissu urbain.

Depuis les années 1960, une coalition du SPD et de coopératives de constructions d’obédience sociale-démocrate a mis en œuvre le programme de rénovation urbaine évoqué plus haut. Les immeubles locatifs du centre-ville sont vidés de leurs occupants et les locataires relogés dans les grands ensembles du pourtour de la ville. Le but des responsables SPD est d’améliorer des conditions d’habitation, en particulier celles des ouvriers. Les intéressés, eux, sont généralement peu d’accord avec le « progrès » prescrit par l’État et sont de plus en plus nombreux à ne pas vouloir être chassés de leur quartier. Une autre critique porte sur la manière dont le programme a été mis en œuvre : des propriétaires peu scrupuleux négligent leurs immeubles jusqu’à ce que leur destruction soit inévitable et profitent ainsi des aides financières de l’État. Le délabrement des quartiers anciens est ainsi encouragé. Outre la spéculation immobilière, le mouvement des squatters vise également à protester contre la corruption favorisée par les contrats de construction passés par le Sénat, qui permettent aux entreprises du bâtiment comme aux fonctionnaires des coopératives de s’enrichir.

L’une des premières actions d’envergure contre cette situation est l’occupation de l’ancien foyer d’infirmière de l’hôpital des diaconesses de Béthanie, sur la Mariannenplatz, dans le quartier de Kreuzberg, en décembre 1971. Un événement qui, pour la plupart des Berlinois, reste associé à la chanson Rauch-Haus-Song du groupe rock Ton Steine Scherben, dont le leader, Rio Reiser, menace de sa voix éraillée les responsables berlinois de la planification urbaine : « Vous ne nous chasserez pas d’ici, c’est notre maison ! Commencez d’abord par virer Schmidt et Press et Mosch de Kreuzberg ! » L’avenir donnera raison à Reiser. Peu après, l’occupation est effectivement légalisée par le Sénat de Berlin, les habitants – pour la plupart des jeunes gens ou de jeunes adultes issus des milieux gauchistes – se sont vu octroyer un droit d’utilisation du bâtiment comme lieu d’habitation et centre culturel. Dans cette « maison Georg von Rauch » – qui est toujours en activité aujourd’hui –, la vie en communauté est organisée démocratiquement, ponctuée de nombreux événements culturels. Contrairement au vœu de Reiser toutefois, les marchands de biens Günter Schmidt et Heinz Mosch sont eux aussi restés dans le quartier. Comme beaucoup de leurs collègues, ils gagneront par la suite des millions grâce à la politique d’assainissement urbain de la ville. « Grand œuvre » de Schmidt, le Neue Kreuzberger Zentrum (NKZ), sorte de galerie aérienne surmontée d’immeubles à Kottbusser Tor, sera construit à la place d’immeubles anciens en 1974, grâce à de généreuses subventions. Aujourd’hui, ces façades pelées et couvertes de graffitis sont comme le symbole de l’échec de l’urbanisme moderne.

Le Sénat a beau réagir lentement, il réagit néanmoins. En raison des protestations, la politique de construction va progressivement changer. Le « second programme de rénovation urbaine » de 1974 ne prône plus désormais la tabula rasa mais un nouveau modèle : le façadisme. Ce ne sont plus les bâtiments entiers que l’on rase mais seulement ceux des arrière-cours. Le bâti qui se trouve sur rue est conservé et équipé d’installations sanitaires modernes. La plupart des habitants sont toutefois délogés. Ce n’est que dans les années 1980 qu’il sera définitivement mis un terme à ces « abattages » et que l’État fera de la conservation des bâtiments anciens la priorité de sa politique en matière de logement.

La grande vague du mouvement d’occupation des maisons déferle à la fin des années 1970. Avec le soutien d’associations de défense des locataires, les premiers immeubles sont investis en 1979, dans le secteur entourant la Wrangelstraße, à Kreuzberg. À la fin des années 1980, plus de cent soixante immeubles sont occupés, pour la plupart à Kreuzberg, Schöneberg, Tiergarten et Wedding. L’épicentre de l’action se situe dans cette partie est de Kreuzberg, entre le Mur, le Landwehrkanal et le Luisenstädtischer Kanal (comblé en 1961), que l’on désigne encore aujourd’hui d’après son ancien code postal : SO-36.

L’action des squatters est à la fois un geste politique permettant d’empêcher la destruction des maisons mais aussi un moyen de mettre en pratique des formes de vie alternatives, comme l’autogestion et la vie communautaire. La plupart des manifestants prônent une lutte pacifiste, seuls quelques-uns prônent aussi la violence. Certaines confrontations dégénèrent comme, en décembre 1980, lors de ce que les squatters ont coutume d’appeler la « bataille du Fränkelufer », qui opposa les militants « autonomes » de Kreuzberg aux forces de police venues mettre de l’ordre dans les immeubles occupés. Les journaux du groupe Springer vilipendent les squatters, qualifiés de « fauteurs de chaos » et d’ennemis de l’État, et appellent les autorités à sévir. Les squatters, de leur côté, se considèrent comme des radicaux en lutte contre l’abandon des bâtiments, la spéculation et l’injustice sociale. Leurs ennemis idéologiques sont les propriétaires – qui profitent de la désaffection et du délabrement –, les politiciens – qui les tolèrent – et, plus largement, tout le système capitaliste.

Tout à la fièvre de leur lutte idéologique, les squatters méconnaissent souvent la réalité du marché du logement à Berlin-Ouest. Il a peu à voir avec l’économie de marché capitaliste car, largement subventionné et strictement régulé, il résulte avant tout des interventions de l’État. Quant au lobby des propriétaires, il est, en comparaison avec ceux des autres capitales occidentales, plutôt réduit et dépourvu d’influence. À Berlin, la première puissance est le Sénat. Jusqu’en 1981, le SPD y est majoritaire, et les confrontations autour de la question des squatters vont lui coûter les élections. Mais bien qu’elles soient favorables au secteur de l’économie, les positions de la CDU, qui remporte la mairie avec Eberhard Diepgen en 1981, ne sont guère comparables avec le néolibéralisme d’un Ronald Reagan ou d’une Margaret Thatcher. À Berlin-Ouest, les principes de l’État providence allaient rester incontestés pendant de longues années encore.

C’est précisément l’échec du pouvoir politique à jouer le rôle d’État providence qui a entraîné ce grand nombre d’immeubles vacants et cette complaisance vis-à-vis de la spéculation. En théorie du moins, les autorités municipales s’imaginent être du côté des « petites gens », comme en témoigne la rapidité avec laquelle elles ont ouvert des négociations avec les squatters, qui qualifient leur propre action de « combat » (Häuserkampf). Bien souvent, ce « combat » est suivi, quelques mois plus tard, par la signature d’un contrat de location très avantageux pour les occupants. En faisant souvent passer le droit d’habitation du locataire avant celui du propriétaire, le Sénat reconnaît d’une certaine manière sa responsabilité dans la situation déplorable du logement. Même après 1981, lorsque le Sénat sera aux mains d’une CDU prônant une ligne dure vis-à-vis des squatters, de nombreuses légalisations de ce type continueront d’être prononcées. En conséquence, de généreuses subventions seront débloquées pour la rénovation des façades, la réfection des toitures, l’aménagement paysager des cours.

Les violences opposant forces de l’ordre et manifestants, qui ont rapidement fait la une des médias, ne donnent qu’un aperçu très partiel de la nouvelle réalité des quartiers du centre-ville. Aux yeux des habitants comme des touristes, SO-36 et les autres quartiers anciens apparaissent de plus en plus comme attrayants. Les façades ornementées sont repeintes dans des couleurs souvent vives, les toits sont neufs, les cours verdoyantes. Les anciens occupants jouissent de logements spacieux et de loyers avantageux garantis par l’État. Aux rez-de-chaussée fleurissent les magasins bio, les bars punk et cafés öko (baba cool), les clubs de jeunes et les crèches. Comme par le passé, il y a encore beaucoup de pauvreté. Pour autant, on est loin, dans les bâtiments « occupés en l’état », d’une quelconque « oppression capitaliste ». Grâce aux mouvements de protestation et au travail accompli par les anciens occupants, grâce aussi aux mesures incitatives prises par le Sénat et à la situation politique particulière liée à l’insularité de la ville, ces quartiers offrent à leurs habitants une qualité de vie singulière – une situation tout à fait privilégiée dans le monde occidental.

 

Berlin

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