Libraire à l'heure du numérique

Cette semaine (15), nous avons repéré

Le premier billet de la semaine a dédié à notre travail de sélection avec la possibilité d’afficher celle-ci par catégorie, influence, éditeur, auteur, prix… grâce à la recherche à facettes du site.  L’idée étant toujours de bien structurer le catalogue.

 

LES AUTEURS À LA UNE

La littérature africaine : un réalisme proche du fantastique

Pour aller plus loin : Il y a désormais 219 interviews en ligne sur la librairie Feedbooks. N’hésitez pas.

 

Nicolas Eymerich, le parrain de la science-fiction européenne

Pour aller plus loin : Découvrez le catalogue des éditions La Volte.

 

LES EDITEURS À LA UNE

Plein feux sur SylvieAutorouteOperation MillibarLa Compagnie des glaces

Pour aller plus loin : Commencez par notre sélection de dix romans.

 

Nid de guêpesLes ImpliquésComment j'ai cuisiné mon père, ma mère... et retrouvé l'amourJe suis la reine

Pour aller plus loin : Commencez par notre sélection de deux romans.

 

PROMO(S)

Cette semaine, suivez les promo Folio  et Promo biographies Tempus. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à suivre les mots-clés #promo ou  #promodujour sur Twitter.

LES SORTIES ATTENDUES DE LA SEMAINE

Ceux du Nord-OuestL'empriseLe pouvoirKhadija

Pour surfer sur le catalogue : Nouveautés / Meilleures Ventes / Notre sélection / En ce moment  / Prix Littéraires.

 

PRIX LITTÉRAIRES

Pour aller plus loin : Feedbooks liste tous les prix littéraires.

 

PETITS PLUS DU BLOG

Timeline des romans adaptés au cinéma les plus téléchargés en ce moment

Pour aller plus loin :  Feedbooks vous propose à présent 14 Frises chronologiques.

 

Famille

Nicolas Eymerich, le parrain de la science-fiction européenne

Les éditions La Volte publient en numérique la grande série Nicolas Eymerich de l’écrivain italien Valerio Evangelisti.

Pour fêter cet événement, je suis aller chercher dans mes archives de médiateur du livre, quelques propos signés Jean-Claude Vantroyen, Cesare Battisti  Valerio Evangelisti qui éclairent cette oeuvre magistrale.

Nicolas Eymerich, InquisiteurLes Chaines d'EymerichLe Corps et le Sang d'EymerichLe Mystère de l'Inquisiteur EymerichCherudekLe Château d'EymerichMater Terribilis

 

Jean-Claude Vantroyen : Nicolas Eymerich, grand inquisiteur d’Aragon, un formidable personnage fait d’ombre et de fureur, de cruauté et de recherche de pureté, de combats permanents entre les forces du bien et du mal qui s’emparent de lui dans un XIVe siècle torturé, est paradoxalement le parrain de la science-fiction européenne. Et avec lui, son créateur, ou plutôt son re-créateur puisque Eymerich a existé, Valerio Evangelisti, écrivain italien dont l’inquisiteur est la face noire.

Cesare Battisti : J’ai eu la chance de rencontrer l’auteur Valerio Evangelisti il y a à peine trois ans. Nous avons échangé quelques lettres, avant de nous retrouver face à face devant une chope de bière dans un de ces bistros pour insomniaques. Il me parla politique, social, révolution ratée, barrières entre genres littéraires et frontières entre liberté et colonisation. Entre-temps, moi je buvais, la bière d’abord, mais aussi ses mots, qui coulaient directo de son regard vif d’enfant en colère. « Mais enfin, tu écris quoi toi ? j’osai lui demander au cinquième demi. Tu écris des sortes de fables historiques ? « Je t’emmerde, me répondit-il. Je raconte ton putain de présent, qui est aussi fantastique que tes dettes et aussi réel que tes rêves ! » Vous comprenez que, après cela, j’ai commençai à me poser des questions sur la, soit disant, littérature de genre : le roman noir, voire le matérialisme dialectique, à gauche ; le fantastique, soit l’imaginaire, à droite. Et nous, les écrivains des histoires, dans leur poches. Eh ben, nous, on les emmerde les frontières entre les genres ! Car, quand nous nous retrouvons face à notre putain d’écran grisâtre, se ne sont pas les marchands des rayons ni les politiciens colonisateurs d’esprits qui vont écrire les premiers mots. Surtout aujourd’hui, lorsqu’on sait que l’imaginaire collectif est devenu Le moyen de production de richesse.

 

PERSONNAGES

EVANGELISTI-Valerio-01J’ai créé mon personnages à partir de moi-même, des côtés obscurs de ma personnalité. J’ai été, il y a bien d’année, le collaborateur d’un grand psychologue, élève de Erich Fromm, qui voulait écrire un manuel et cherchait quelqu’un capable de l’aider. Au cours de ce travail, j’ai découvert l’existence de la personnalité dite schizoïde et, surtout, j’ai découvert de la partager en partie. En effet, ce que je découvrais c’était que tout ce que je combattais sur un plan rationnel (l’intolérance, l’autoritarisme, l’obscurantisme, etc.) était bien enraciné en moi-même. En plus, cela existait tout autour de moi, dans les personnes et dans la société toute entière.
C’est alors que j’ai conçu l’idée de mettre mon côté sombre dans un personnage de roman, en en faisant une incarnation du mal, oui, mais aussi de la fascination du mal. En obligeant le lecteur à s’y reconnaître, et donc à s’interroger. Le tout placé dans un Moyen Age pas réaliste, malgré l’apparence, mais qui rassemble beaucoup à notre époque.

Je suis pour une littérature de l’ambiguïté, où le choix entre bien et mal soit du lecteur, et non pas du héros ou de l’écrivain. Je peux indiquer deux sources à ma construction des personnages, si différente de celle typique de la SF. D’un côté les grands western-spaghettis à la Sergio Leone, avec leurs  » héros  » cyniques et désabusés ; d’autre côté votre Jean-Patrick Manchette, capable de supprimer toute intervention de l’écrivain dans les prises de position éthiques.

 

SCIENCE-FICTION

Le premier roman que j’ai écrit était Les Chaînes d’Eymerich. Là aussi il y avait un thème scientifique, plus scientifique que les Psytrons, ayant affaire avec les mutations génétique. Je n’ai jamais pensé d’exclure cet élément SF du cycle de l’inquisiteur ; au contraire, j’ai conçu toute la série comme puisant largement dans la science-fiction, bien qu’avec le concours d’autre éléments empruntés à l’horreur, au roman policier, au roman historique etc. Ce qui préoccupait l’éditeur était plutôt l’absence, dans mes premiers romans, d’éléments standardisés de la SF : vaisseaux spatiaux, robots, extraterrestres etc. J’ai été obligé, pour être publié, d’introduire une astronef, bien que mue par la pensée (en hommage au roman de Gustave Le Rouge Le prisonnier de la planète Mars). Ensuite j’ai eu plus de liberté.

Il ne faut pas chercher dans mes écrits l’extrapolation scientifique. Le sujet de fond que j’ai choisi, pour mes romans, est la dévastation psychique engendrée par la perte d’épaisseur humain et par la diffusion généralisée de la personnalité schizoïde. Comme Wells parlait de la crise sociale et Dick de la perte d’identité.

Est-ce science-fiction, la mienne ? Il y a beaucoup d’années, on me défia à définir la SF en une seule phrase (une opération presque impossible). Ma réponse fut :  » La science-fiction est la littérature qui a pour objet les rêves et les cauchemars engendrés par le développement scientifique, technologique, politique et social « . Si on accepte cette définition, on peut plus facilement me classer, ou comprendre mes intentions.

Je ne crois pas à la distinction entre Grande Littérature et littérature de genre, sur le plan qualitatif : tout le contraire ! Mais on est obligés d’accepter la classification puisqu’elle nous a été imposée par la critique littéraire académique. Dans d’autres secteurs de la créativité, cela n’existe pas. Si un critique du cinéma jugeait secondaire John Ford parce qu’il a tourné des westerns, ou Hitchcock parce qu’il a fait des policiers, on le prendrait par fou. En littérature, cela arrive tous les jours.

Quant à moi, je préfère, parmi les auteurs de blanche, ceux de frontière : Pélévine, Palahniuk, Mc Carthy, Pynchon… Mais avec l’espoir constant que la frontière puisse disparaître.

 

RECOLONISER L’IMAGINAIRE

En Italie on a Berlusconi à cause du conditionnement des intelligences qu’il a su opérer à travers ses chaînes de télévision, sous les formes du divertissement. Il a renversé des valeurs qui semblaient acquis, il a imposé des modèles de comportement. Son grand soutien ce sont les femmes de ménage, qui font leurs travaux domestiques avec l’appareil télé allumé.

Mais ce n’est pas seulement une question de Berlusconi. En Italie, pour effacer même le souvenir des luttes sociales des années 70, on a fait table rase de la mémoire. Toutes les disciplines universitaires ont été aplaties, le révisionnisme historique a eu la place d’honneur, même dans sa version négationniste. Les journaux et les chaînes de télé se sont chargés de rendre capillaire l’opération. Le journaliste, au moins dans mon pays, a pris la place de l’intellectuel, mais avec une mission inverse : faire oublier que les phénomènes ont des causes. Les consciences se sont vidées, substituées par des séries d’images sans rapport réciproque.

Je suis convaincu que la littérature populaire peut faire beaucoup, pour redresser la situation. On a vu en France le roman noir mettre le doigt sur les problèmes sociaux, refusant la fonction consolatoire qu’avait souvent le roman policier. Le fantastique pourrait faire encore plus : avec sa capacité de manier les symboles, de pénétrer au delà du rationnel, il est potentiellement capable, à mon avis, de toucher la sphère de l’imaginaire colonisé, et de substituer ses rêves aux rêves qu’on y a implanté.

 

METAL

Je dois ajouter, à titre de curiosité, que j’ai collaboré avec les amis d’un groupe métal italien, les Time Machine, pour la réalisation d’un CD inspiré de Cherudek. Autre curiosité : avec l’écrivain de romans noirs Marcello Fois, j’ai écrit le livret d’un drame lyrique inspiré du Mystère de l’inquisiteur Eymerich, représenté avec succès en Italie. Comme vous voyez, j’ai une liaison très forte avec la musique.

 

 

Mirobole : des horizons noirs et pourpres

Le premier roman des éditions Mirobole est arrivé dans nos tuyaux en mars 2013. Depuis le catalogue s’est enrichi de 5 nouveaux titres.

Les deux créatrices, Nadège Agullo, fervente adepte de culture urbaine et de littérature fantastique, et Sophie de Lamarlière, amoureuse du polar sous toutes ses formes, ont pour ambition de dénicher de nouvelles voix et contrées dans ces deux genres : connaissez-vous la littérature d’anticipation russe, le polar polonais, l’absurde sauce moldave, le conte d’épouvante suédois, le whodunit version turque ?

Nous avons tenu à saluer cette réussite éditoriale par la publication d’une interview sur Feedbooks.

C’est Nadège Agullo qui a répondu… en quelques mots significatifs.

 

Que lisiez-vous adolescentes ?

A 16 ans Christie, Exbrayat, Hitchcock, Poe, S King Maupassant, Zweig…

A 18-20 ans Capote, Bukowski, Fante, John dos Passos, P Auster, Burroughs, Gogol, Italo Calvino, Kundera…

Qu’est-ce qui vous a motivé à créer cette maison d’édition ?

Le constat que les genres qui nous plaisaient associés aux territoires que nous prospections n’étaient encore que peu représentés dans l’édition française.

Existe-t-il dans votre panthéon des éditeurs français ou étrangers dont le parcours et les choix éditoriaux vous font rêver ?

Quercus à Londres (le découvreur de talent), Soho Press à New York (l’amateur de noir européen), Akashic books New York (le rockeur de l’édition US indépendante), Actes  Sud (le précurseur), Sonatine (l’audacieux), M Toussaint Louverture (pour son flair du livre ‘culte’)

Votre catalogue est déjà étonnant avec par exemple des auteurs comme S. G. Browne et Anders Fager. Quel est le critère déterminant qui déclenche votre envie de publier un roman ?

il n’y a pas franchement de critère rationnel ce serait plutôt un critère instinctif comme une urgence, une évidence qu’un titre doit être publié, nous marchons au coup de cœur.

Vous publiez en papier et en numérique. Actuellement comment se répartissent les ventes entre ses deux supports ?

Entre 1 à 10% de vente d’ebook par rapport à la quantité papier vendue.

 

Mirobole / Collection : Horizons noirs

Mauvaises eaux Nid de guêpes Les Impliqués

Mirobole / Collection : Horizons pourpres

Les Furies de Borås Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère... et retrouvé l'amour Je suis la reine

A paraître le 17 avril en numérique :  Des mille et une façons de quitter la Moldavie de Vladimir Lortchenkov.

 

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Le prix de 4,99€ devrait vous inciter à la découverte.

Pour fêter cet événement  (une nouvelle preuve que le numérique est une chance pour le livre), nous avons sélectionné dix romans à lire en priorité et nous vous invitons à lire les biographies présentées ci-dessous de trois auteurs majeurs édités par French Pulp : Michel Lebrun, le pape du polar, Francis Ryck, un des précurseurs du Néo Polar et enfin Georges-Jean Arnaud, auteur célèbre de la Compagnie des Glaces.

 

MICHEL LEBRUN

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De son vrai nom Michel Cade, Michel Lebrun naît en 1930 à Paris .

Sa vie est liée à celle de la littérature policière française dont il sera l’ardent défenseur, critique et théoricien au point d’être qualifié de “Pape du polar”.

Son érudition, dans ce domaine, l’amènera de 1980 à 1988 à publier l’Almanach du Polar qui répertorie, pour ces années, trop brèves, la totalité des publications du genre.
Il sera également entre 1979 et 2001 membre du Comité de rédaction puis rédacteur en chef du magazine Polar.

Cette activité, comme celle de traducteur qui sera couronnée par le Trophée 813 de la meilleur traduction en 1966, lui laissera le “loisir” d’être un romancier prolifique laissant une oeuvre d’une centaine d’ouvrages. Il abordera tous les genres de l’énigme au roman noir et au suspens.

L’écrivain de roman policier sera récompensé par deux Grands prix:
-En 1956 le Grand Prix de la Littérature policière pour Plein feux sur Sylvie.
- En 1987 Le Grand Prix Paul Féval de Littérature policière pour son oeuvre.
( Prix de la société des Gens de Lettres).

Enfin il sera scénariste, adaptateur et dialoguiste de nombreux films.

Il quittera la scène en 1996, laissant son nom au Grand Prix de roman policier francophone dit Prix Michel Lebrun.

 

Extrait d’une interview réalisée par Paul Maugendre : Mon entrée dans la littérature s’est passée par la petite porte, c’est à dire celle des petites annonces, plus exactement des offres d’emploi de France-Soir. A l’époque, j’étais, faut-il vous le rappeler, j’étais très misérable, au sens hugolien du terme, c’est à dire que j’étais pratiquement dans la misère. Je faisais des tas de petits métiers pour essayer de subsister, et j’étais à ce moment précis garçon de café dans un bistrot à Sucy-en-Brie, une banlieue assez proche de Paris. C’est à douze kilomètres de Paris à vol d’oiseau mais à l’époque c’était aussi éloigné que le fin fond de l’Afrique Noire. Du centre de Paris pour arriver à cette petite banlieue il me fallait prendre des métros, un petit train, un autocar et le voyage durait plusieurs heures. C’était vraiment idyllique comme endroit. Je précise que ça se passait en 1952 ou 53. Donc je servais toute la journée des coups de rouge et des pastis à des ivrognes de 1ère catégorie. Je dis bien 1ère catégorie parce que c’est la catégorie élémentaire des ivrognes, des gens qui ne sont pas très intéressants. Les ivrognes de catégorie 2 et 3 entrent dans la catégorie des grands alcooliques et sont parfois beaucoup plus marrants et ont un délire plus intéressant. Quoiqu’il en soit, je m’emmerdais profondément à servir puis à rincer des verres et à écouter tous les jours des conversations toujours pareilles avec des gens toujours les mêmes et je cherchais désespérément un autre boulot. Donc je lisais avec assiduité‚ les offres d’emploi de France-Soir. J’ai trouvé une petite annonce ainsi rédigée : Editeur cherche romans noirs, téléphoner à tel numéro. J’ai aussitôt téléphoné. Des romans noirs, je savais ce que c’était parce que je passais mes moments de loisirs à en lire – c’était la grande période de la Série Noire – et j’engouffrais absolument tout ce qui ce produisait dans le genre. Donc le roman noir ça voulait dire quelque chose pour moi. Je téléphone au gars qui me dit : « bon, ben, écoutez, un roman noir il faut que ce soit tapé à la machine, que ça fasse 150 feuillets… » Et moi ce qui m’intéressait avant tout, c’était combien il payait. Alors on me dit, à l’époque, on vous paye un manuscrit 60000 francs. C’étaient des francs anciens de 1952. C’était un petit peu plus que le minimum vital de l’époque. Et pour moi ce n’était pas beaucoup d’argent mais ça représentait un moyen, une bouée de sauvetage, un moyen de sortir de ma condition de garçon de café. Bien. Lors donc, j’ai emprunté une machine à écrire à un copain, et j’ai tapé le soir, après mon travail. Je montais dans ma chambre – j’habitais au dessus du bistrot – et j’ai tapé mon premier roman noir en une dizaine de soirées, à peu près. Mon premier roman était un pastiche de roman noir américain, ça se passait à Hollywood et ça s’intitulait « Hollywood confidentiel ». Voilà exactement mon entrée dans la littérature, ça été absolument sans préméditation. Je n’avais jamais eu envie de devenir écrivain, je ne savais pas du tout si je savais écrire et surtout si j’aurais été capable d’aligner les 150 feuillets indispensables, et à cette occasion je me suis prouvé que je pouvais avoir la patience et l’assiduité nécessaires pour aligner ces 150 pages. Alors là je fais une petite incidente : il y a énormément de gens qui ont de bonnes idées, qui ont envie d’écrire, qui brûlent d’écrire des romans noirs, ou des romans blancs, ou des romans roses, ou des romans tout court, et qui s’arrêtent au bout du premier chapitre ou de dix ou quinze pages parce qu’ils se rendent compte que c’est très astreignant, que c’est vraiment une corvée. Il faut beaucoup d’assiduité et beaucoup de patience. Moi j’avais sinon le talent du moins l’assiduité. Alors c’est comme ça que ça a commencé. Mon premier roman n’a pas été bien entendu accepté tout de suite, il a fait le tour de toutes les maisons d’édition de l’époque, à commencer par la Série Noire… Il est allé au Fleuve Noir, où on m’a fait un contrat d’ailleurs qui n’a jamais donné de suite immédiate, et en attendant les réponses des éditeurs, pendant que mon manuscrit se baladait, faisait du porte à porte, moi j’écrivais sur ma lancée un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième, puis un cinquième, puis un sixième roman, que j’envoyais scrupuleusement aux éditeurs, et c’était l’espèce de tourbillon de la mort. Ces romans tournaient, passaient d’un éditeur à l’autre, et me revenaient inlassablement dans mon petit bistrot à Sucy en Brie, refusé, refusé, refusé … Alors un jour, cela avait pris à peu près six mois, un jour je me suis dit, ça fait six bouquins que j’écris, tous refusés, je suis toujours en train de servir un coup de rouge à mes ivrognes de base, alors je fais une dernière tentative chez le seul éditeur que j’ai pas vu encore. J’avais relevé l’adresse de l’éditeur sur des petits bouquins assez merdiques que j’avais acheté chez le bouquiniste de La Varenne, et j’envoie un énorme paquet, six manuscrits d’un coup à l’éditeur en question. Qui était, ne riez pas, les Editions du Condor, rue des Moulins, à Paris. Alors, j’ouvre une petite incidente tout de suite, la rue des Moulins était une rue célèbre avant la guerre, jusqu’en 44, 45, pour ses bordels. Il n’y avait que des bordels. Et mon éditeur s’était installé dans un ancien claque fermé par Marthe Richard. Alors, bon, les six manuscrits expédiés comme une bouteille à la mer, je rentre chez moi. Le lendemain, je reçois un coup de téléphone de l’éditeur en question, les Editions du Condor, « J’ai reçu vos six manuscrits, pouvez-vous passer me voir le plus vite possible ». Bon, qu’est-ce que je fais, je cours, je ferme mon bistrot, je cours, je prends l’autocar, le train, le métro, etc., etc., j’en passe et des meilleurs, j’arrive chez le gus, très impressionné par l’aspect baroque de cette boutique d’éditeur qui était un ancien claque, je le répète, hâtivement transformé et badigeonné, et je tombe sur un individu assez bizarre d’aspect, disons qui portait toujours dans son bureau son pardessus et son chapeau, de façon à pouvoir s’enfuir très vite quand un créancier ou un huissier débarquait. Alors ce gars, je le vois, très timide, très humble… Je lui pose la question, « lequel de ces six manuscrits comptez-vous publier ? » Et le type me répond : « Tous les six ». Stupeur de ma part. Je lui dis, « mais enfin, vous avez eu le temps de lire les six manuscrits depuis avant-hier que je vous les ai postés ? » Il me dit : « Je n’en ai lu aucun, et ça ne m’intéresse pas du tout de les lire, mais je publie en ce moment un bouquin par jour, il faut alimenter l’imprimeur qui attend avec le marchand de papier, etc., etc. … Je perds de l’argent quand je ne publie pas de bouquins. Donc je vous prends vos six bouquins ». Alors je dois dire, et je termine l’anecdote ici, je dois dire que, pour un jeune auteur débutant c’était à la fois un grand espoir qui naissait, et simultanément une leçon extraordinaire qui m’a appris à ne pas avoir la grosse tête et à ne jamais l’avoir. Parce que mes bouquins, on ne les prenait pas pour un quelconque talent qui aurait pu exister mais tout simplement pour des raisons d’infrastructure éditoriale.

Plein feux sur SylvieAutorouteLe GéantLes ogres

 

 

FRANCIS RYCK

francisryck

«Il a un caractère de cochon, vous lance des bordées d’insultes puis vous apporte un manuscrit qui dégage une émotion à vous couper le souffle.» Patrick Raynal

Né à Paris en 1920, Yves Delville vit ses premières années dans une famille bourgeoise ( le père est assureur) mais bohème.

Ses incartades, son caractère rebelle le mèneront à poursuivre ses études chez les Frères en Belgique.

En 1938 il s’engage dans la Marine mais, fait prisonnier, il simulera la folie pour échapper aux camps.
De retour à Paris en 1943, il se marie et a deux enfants.
Il commence à écrire sur tous ces marginaux qu’il a côtoyés pendant ses années d’errance: ces escrocs, ces bandits, ces braqueurs, ce sont ses amis. Il déteste le monde des petits-bourgeois étriqués.
Ce descendant d’une famille russe aime les personnages fantastiques, extravagants comme sa grand mère dont il adoptera le patronyme comme nom d’écrivain : Yves Dierick puis Ryck.

Ses romans marque une rupture dans les mondes du Polar et de l’Espionnage faisant de lui un des précurseurs du Néo Polar. Ryck va, par le biais du roman d’espionnage, faire entrer à la Série noire de nouveaux personnages : le marginal, le contestataire, l’alternatif (dixit Claude Mesplède, Dictionnaire des littératures policières). Il obtiendra le Grand Prix de la Littérature policière en 1969 pour Drôle de pistolet. En 1993, Guy Debord salue l’œuvre de Francis Ryck dans son livre Cette mauvaise réputation…, en affirmant qu’il y a plus de vérité et de talent chez Ryck que chez Le Carré.

Atypique ce voyageur vagabond hantera les routes du monde entre l’Espagne et l’Inde, le Tibet et Ceylan pour se retrouver finalement dans un Ashram en Provence.
Il mettra alors en scène ces hippies, ces néobouddhistes, que l’on retrouvera dans les nombreux films qui jalonnent sa carrière.
Dans les années 70/80 il mènera, entre Paris et Provence, une vie de tous les excès.

Il écrira jusqu’au bout du rouleau pour s’éteindre en 2007.

Operation MillibarDrôle de pistoletFeu vert pour poissons rouges Le conseil de Famille

 

 GEORGES-JEAN ARNAUD

“ Je ne fuis pas la réalité, je la précède”

Né en 1928, cet enfant des Corbières à l’accent ensoleillé, écrit dès l’âge de dix ans, marqué par sa terre et les gens rudes qui l’habitent.
Au cours de ses études, il rencontre celle qui deviendra son épouse, la femme d’une vie, la mère de leur trois enfants.
C’est elle qui tape son premier manuscrit alors qu’il est parti à l’armée et qui l’enverra aux editions Hachette.

G.J. Arnaud sera aussitôt publié sous le pseudonyme de “Saint-Gilles” – nom de son village natal.
Ce premier roman, Ne tirez pas sur l’inspecteur, obtient le Prix du Quai des Orfèvres, en 1952.
Depuis , sous de nombreux pseudonymes, il s’est attaqué à tous les genres : policier, espionage, science-fiction, suspense, roman historique, pièce de theatre…mais c’est comme auteur majeur de la série “Spécial Police” aux editions Fleuve Noir qu’il s’impose dès 1960, liant son nom à l’histoire du roman policier français et ce malgré sa modestie.

En 1966, le Prix du roman d’espionnage couronne Les Egarés et, en 1977, le prix Mystère de la critique est attribué à Enfantasme qui sera adapté au cinéma sous le titres Les Enfants de la nuit.
Aujourd’hui on répertorie plus de quatre cents ouvrages à son actif dont de nombreux ont fait l’objet d’une adaptation cinématographique ou télévisuelle: Les longs manteaux, Zone rouge, Sommeil blanc, Un petit paradis, La Tribu des vieux enfants ….
On ne saurait oublier le fleuron de la mythique collection “Anticipation” au Fleuve Noir qu’est la Compagnie des Glaces avec plus de soixante-deux titres.

Dans son oeuvre il met en scène les gens du quotidien, les petits, ceux que nous côtoyons tous les jours sans les connaître et qui sont, bien souvent, victimes ou bourreaux. Leur passé les poursuit, leur avenir les angoisse, leurs grandeurs et leurs bassesses les habitent.

Miroirs de notre société, nous pouvons nous y reconnaître sans difficulté. Ce qui différencie cependant ces personnages de ceux du quotidien, c’est qu’ils vont au bout des situations dans lesquelles ils sont plongés, à la fois monstres et proies. G.J. Arnaud précise : “Je déteste les personnages d’une seule pièce. S’il n’y a ni ombre ni facettes, aucun personnage ne mérite d’être décrit”.  Des personnages à la Pinter ! Les lieux qu’ils fréquentent, les maisons qu’ils habitent deviennent tout aussi importants, lieux de drames et de joie, cadres de la vie. Si G.J. Arnaud reste en marge du mouvement du Néo-polar, cela ne l’a pas empêché bien avant l’heure de donner à lire sa vision du monde : “Le mal est dans l’homme et dans la société qu’on lui impose et qu’il accepte… j’essaye d’éviter le piège de l’actualité. Les gens s’y laissent souvent prendre, sont eclaves de leurs idées, de l’ambiance du moment et souhaitent qu’on aille jusqu’au bout d’une demonstration politique ou sociale. Or, le polar a une logique et le crime ne se trouve pas toujours à droite”.

On est loin de ce que l’on nomme de façon péjorative “le roman de gare”, plus proche au contraire de cette vraie littérature qui nous laisse une vision de son époque et dont Jay McInerney nous dit : “Il est important de raconter des histoires, d’inventer des récits qui permettent aux gens de comprendre leurs propres existences, de créer des mythes… La littérature révèle l’essence , la réalité de nos époques.”

Bunker-paranoEnfantasmeLes ÉgarésLa Compagnie des glaces