Couramment abrégé en SF, San Francisco est aussi surnommé familièrement Frisco. La ville s’est réellement construite lors de la ruée vers l’or – d’où son célèbre Golden Gate bridge – , et a été souvent à l’avant-garde de l’émancipation des minorités et des droits civiques : elle fut le berceau du mouvement Beatnik et de la cause homosexuelle. La région de la baie de San Francisco en Californie héberge aussi à sa pointe sud la célèbre Silicon Valley.
Feedbooks vous invite à une balade dans la ville avec des extraits de romans et d’interviews récemment réalisées par les libraires.
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Avez-vous de la chance ? Croyez-vous à la chance ? Si vous aimez le roman policier, San Francisco, si vous appréciez la parodie, la fantaisie, n’hésitez pas à lire Heureux veinard : vous passerez un très bon moment de lecture.
Nick Monday est détective privé. Il est dix heures du soir, et il se trouve au bord du toit d’un grand hôtel de San Francisco, entouré par les caméras de CBS et menacé par une femme nue qui brandit un couteau de boucher. La journée avait pourtant bien commencé : la belle Tuesday Knight était venue lui confier une affaire. Une affaire toute simple : retrouver la chance volée à son père, le maire de la ville, qui traverse une mauvaise passe. Le problème, c’est que la chance du maire lui a été subtilisée, d’une simple poignée de mains, par Nick Monday en personne. Et entre-temps, il l’a revendue. Les choses se compliquent encore lorsque le seigneur de la Mafia chinoise et le patron du FBI cherchent tous deux à s’attacher ses services. Ce roman noir loufoque et déjanté nous apprend tout sur l’existence périlleuse des braconneurs’de chance…
S.G. Browne : Cela fait six ans que je vis à San Francisco et je savais qu’à un moment ou un autre je voudrais en faire le décor pour un de mes romans. La ville a tellement de charme et de caractère que je ne pouvais m’empêcher d’en tomber amoureux. Même si San Francisco est à l’origine de nombreux lieux emblématiques (Alcatraz, Lombard Street, le Golden Gate Bridge…), je voulais davantage inclure un sentiment de quartier dans le roman, puisque c’est ce qui m’est offert lorsque je me promène dans les rues: les lieux qui ne sont pas vus ou appréciés de tous. C’est tous ces trésors cachés qui en font une ville unique.
Au sommet de la colline, là où Lombard croise Hyde, la rue est pavée de briques et descend en pente abrupte sur huit virages en épingle à cheveux. Une foule de touristes estivaux sont rassemblés au sommet de Lombard pour prendre des photos du point de vue et regarder les voitures serpenter le long de la rue réputée être la plus sinueuse du monde. Je reste avec les touristes, j’écoute la symphonie des langues et des rires étrangers, et je me demande si l’un d’eux vaut la peine de courir le risque d’un braconnage à l’arraché. (extrait d’Heureux veinard)
Bullitt – course poursuite, Ford Mustang vs… par Tutifree35
S.G. Browne : J’ai été sans aucun doute influencé par les romans de Chandler et Hammett pour l’écriture de Heureux Veinard, donc faire partie de cette série à leurs côtés est un honneur et une chance. Alors que mon roman penche davantage du côté de l’humour, j’espère que les fans de Chandler et de Hammett aimeront lire les aventures de Nick Monday.

Dolores Park
San Francisco, de nos jours avec L’amour comme hypothèse de travail.
Neil Bassett, fraichement divorcé, s’est coulé dans une routine de célibataire entre son chat, ses virées à la recherche de rencontres faciles dans les auberges de jeunesse de la ville et son emploi chez « Amiante Systems ». Un emploi qui n’a rien d’ordinaire. Neil est chargé de converser tous les jours avec un système hautement sophistiqué d’intelligence artificielle. Il doit lui apprendre à se comporter de façon spontanée, émotionnellement convaincante, bref : humaine.
Mais en fait que représente San Francisco ? Un ongle au bout de la péninsule, un carré de dix kilomètres sur dix doté d’un maire et d’une usine de traitement des déchets. Certes la ville est magnifiquement située. Quand les gens se suicident en sautant de notre élégant pont, ils ne le feront jamais – jamais – face à l’océan . Pour leur chute finale, ils se jettent dans les bras du Golden Gate. Mais au delà de ça ? Il est difficile de se débarrasser de l’idée que San Francisco est une belle carapace labyrinthique sécrétée par un animal qui s’est déjà éloignée à la nage vers un sort incertain. (Extrait de L’amour comme hypothèse de travail)
Scott Hutchins : C’est le décor de ma vie d’adulte, je voulais saisir un instantané de San Francisco à ce moment précis dans l’Histoire, c’est la raison pour laquelle j’ai parsemé dans le roman mes observations au jour le jour. Je considère que L’amour comme hypothèse de travail est, non sans critique, une lettre d’amour à San Francisco .
Le New Age est toujours vivant et se porte bien. Ici, là-bas, partout. Dans Le Gai Savoir, Nietzsche dit qu’une culture qui avance du religieux au superstitieux est une culture qui avance dans la bonne direction. Je ne sais pas s’il a raison, mais c’est sans aucun doute la direction que l’on a pris.
Je ne suis pas sûr d’être d’accord sur le fait que la période Beatnik soit révolue. En fin de compte, il n’y avait pas de période beatnik. Ils étaient une contre-culture. Et la culture dominante est toujours occupée à produire de la matière contre laquelle se révolter. On est peut-être en train de vivre dans la nouvelle période beatnik en ce moment-même.

Le dernier des beatniks
Trout Fishing in America est publié en 1969. La couverture de l’édition originale arbore une photo de Richard Brautigan et d’une jeune femme assise à ses pieds sur un petit banc. La version française est publiée cinq ans plus tard chez Christian Bourgois, La pêche à la truite en Amérique. Si dans cette édition la photo n’est pas sur la couverture, elle est dans les premières pages du livre. C’est comme ça pour nombre d’éditions. Cette photo, c’est le début du roman. Derrière les deux personnages, on voit des arbres et une statue de Benjamin Franklin. La jeune femme porte un ruban dans les cheveux et de petites lunettes rondes qui rappellent les années folles ou plutôt un vieux western américain. Brautigan ressemble d’ailleurs à un cow-boy avec son chapeau, son gilet à pointes, son jeans et sa gabardine. Bon, d’accord, la chemise à fleurs psychédéliques et les pendentifs bouddhistes, ça le fait moins. Ça plante pourtant bien le décor : San Francisco, la fin des sixties, le dernier des beatniks. (extrait de Mayonnaise)
Gabriel Rivages mêle ici son destin à celui de Richard Brautigan. Il part à la rencontre de l’écrivain qui a changé sa vie. Sur les traces de celui qu’on a surnommé le dernier des beatniks, Rivages arpente à nouveau la côte ouest américaine. On passe par l’Oregon où Brautigan a grandi et par San Francisco où il devient écrivain.
Éric Plamondon : Johnny Weissmuller, Richard Brautigan et Steve Jobs sont là trois destins individuels qui représentent pour moi trois événements clés du XXe siècle : la naissance d’Hollywood et de la société du spectacle, l’avènement de la contre-culture et l’apparition de l’informatique personnelle. Trois américains de la côte Ouest pour qui 1984 est une année décisive et qui dessinent les contours de l’empire.
Feedbooks vous invite à poursuivre la balade au sud de la Californie
Altamont avec Marc Villard : 69, c’est l’abandon du rêve hippie lors d’un concert initié par les Rolling Stones qui s’est déroulé à Altamont en Californie. Les Hells Angels étaient responsables du service d’ordre et ils n’ont pas mis beaucoup d’ordre là-dedans. Un jeune noir a été assassiné par un Hells Angel et il y a eu quatre autres décès dans des circonstances plus ou moins naturelles.
Los Angeles avec Fabrice Colin : J’ai simplement regardé ce qui se passait à Los Angeles en 2005 – qui en était où, qui chantait quoi, qui s’apprêtait à divorcer de qui, ce genre. Ce qui est effrayant, c’est de constater avec quelle attention maladive notre société scrute les monstres qu’elle a elle-même engendrés. Vous ne pouvez plus fumer un joint ou effleurer la main de quelqu’un sans que cinq cent millions de personnes soient immédiatement au courant, alors même que ça ne les intéresse pas. On meurt facilement de cette attention-là.
Le comté d’Orange avec Héctor Tobar : J’ai vécu dans le comté d’Orange lors de mes études de doctorat en anglais, et j’ai appris à bien connaître cet endroit. Par ailleurs, c’est là que se trouvent les quartiers les plus neufs et prospères du sud de la Californie – souvent des ensembles résidentiels sécurisés avec accès contrôlé – et il me semblait que cet endroit serait un contraste saisissant avec les vieux quartiers pauvres du centre de Los Angeles et les quartiers latinos du comté d’Orange.
Nipton avec Robert Littell : Il y a quelques années, ma femme et moi avons passé l’hiver à Santa Fe, au Nouveau-Mexique. On était sur la piste des amérindiens préhistoriques ainsi que de la grande artiste Georgia O’Keefe, qui avait vécu dans un ranch dans un désert sauvage du Nouveau Mexique. A un moment, on a loué une voiture et on a conduit de Santa Fe à Los Angeles. C’était pendant ce voyage qu’on a découvert ce bled du nom de Nipton, ainsi qu’un vieil hôtel avec une seule chambre, arborant une plaque sur la porte sur laquelle il était écrit que Clara Bow, la légendaire star du muet, avait dormi à cet endroit. Le train Union Pacific, long de 150 wagons et deux locomotives, est passé au ralenti devant l’hôtel, si près que le sol tremblait. On a également découvert la gare de Kelso avec son hôtel abandonné aux portes du désert de Mojave. Puis il y avait les deux casinos de chaque côté de la route principale sur la frontière entre le Nevada et la Californie ; les casinos sont illégaux en Californie, mais pas au Nevada. La nuit, de loin, les casinos ressemblaient à des paquebots géants illuminés en mer. Une file interminable de voitures venant de Los Angeles remplissait l’autoroute, s’étendant jusqu’à une heure des casinos. J’avais en mémoire tous ces endroits hauts en couleur lorsque j’essayais de trouver où j’allais planter le décor de l’histoire du détective Lemuel Gunn et de la superbe comtesse aux pieds nus.

SG « Scott » Browne est né en Arizona et a grandi dans la baie de San Francisco. C’est un auteur de comédie noire et de satire sociale. Heureux veinard est le premier roman traduit en France.

Scott Hutchins est né en en 1974 à San Francisco, où il vit toujours aujourd’hui, et enseigne à l’Université de Stanford. Titulaire d’un Master d’écriture, il est l’auteur de nouvelles publiées dans le New York Times et le San Francisco Magazine pour lesquelles il a obtenu plusieurs prix littéraires. L’amour comme hypothèse de travail, son premier roman, est traduit dans une dizaine de langues et a reçu un accueil enthousiaste de la presse américaine.

Éric Plamondon est né au Québec en 1969. Sa grand-mère lui disait : “Mille métiers, mille misères.” Il ne l’a pas écouté et a été pompiste, bibliothécaire, barman, enseignant, maître de chai… Il a étudié en sciences, en économie, en journalisme et en littérature. Il vit aujourd’hui en France où il travaille en communication. A 40 ans, il réalise son rêve d’écrire un premier roman. Depuis, il continue.

Marc Villard est né le 29 juin 1947 à Versailles. Généralement considéré comme un spécialiste de la nouvelle noire, il écrit également des scénarios de BD et a publié au fil des ans plusieurs livres autofictionnels rédigés sur un mode humoristique.

Né le 6 juillet 1972, Fabrice Colin est un écrivain français qui s’est d’abord fait connaître par ses textes relevant des littératures de l’imaginaire, fantasy et science-fiction. Il écrit à présent aussi des thrillers pour les éditions Sonatine.

Héctor Tobar est natif de Los Angeles. Il est journaliste au Los Angeles times et écrit des romans.

Robert Littell est né le 8 janvier 1935 à New York, dans une famille de juifs lituaniens émigrés aux États-Unis à la fin du XIXe siècle.
En 1964, il devient grand reporter à Newsweek et se charge de dossiers du Moyen-Orient et du Proche-Orient, à ce titre il couvre la Guerre des Six-Jours (1967).
Il débute sa carrière d’écrivain en 1973, mais c’est avec La Compagnie, roman sur la CIA racontant la histoire de la guerre froide et paru en 2003, qu’il devient maître du roman d’espionnage.