Suite et fin donc de l’analyse de la vidéo “Possible ou Probable ?”, une initative d’Editis.
Première partie de l’analyse ici: http://blog.feedbooks.com/fr/?p=26
Voyage à Bruges

Description: Le couple part faire une excursion à Bruges, lecteur e-paper en main. Leurs lecteurs sont magiques et font un peu tout: GPS, RFID, connectivité sans-fil etc… Du coup que ce soit pour une visite en ville, trouver un restaurant, acheter de nouvelles lectures pour la plage, ou encore garder contact avec sa vie professionnelle: leur lecteur a réponse à tout.
Verdict: Probable, mais de façon bien moins idéalisée.
Bon, attaquons cette scène de façon assez direct. Il existe un Saint Graal chez l’amateur de gadget, l’early adopter accroché tous les jours sur Engadget et Gizmodo. C’est une croyance presque ancestrale à son échelle, dans un appareil répondant à toutes les attentes, et avec une intégration idéale d’un maximum de services. Les amateurs de la marque à la pomme utilisent même le terme de “Jesus Phone” pour faire référence à l’iPhone. Dans cette partie de la vidéo, disons que la même ferveur quasi-religieuse est présente.
Plutôt que de relever point par point ce qui est possible ou probable dans chacune de ces petites scènes, je pense qu’il est intéressant d’aborder une question en particulier: l’intégration de la technologie e-paper dans des appareils non dédiés à la lecture.
Une critique récurrente tant dans les commentaires de blogs/sites que dans les avis des journalistes sur le Sony PRS-500, est liée au fait que cet appareil sert essentiellement à lire des livres et… c’est tout. Toutes les personnes prenant cette position, descendent ensuite en flèche l’appareil, en soulignant tout de même que c’est beaucoup plus lisible que tout autre type d’écran et que l’autonomie est excellente. Ils appartiennent justement au clan du “one gadget to rule them all”, et apprécieraient particulièrement ce passage de la vidéo. Pour ma part, un lecteur e-paper, ça me sert effectivement essentiellement pour lire. Bien sûr, il pourrait avoir toutes les fonctionnalités d’un PDA/Smartphone, aller sur Internet etc… Mais d’expérience, je sais malheureusement que les périphériques qui savent tout faire, ne savent rien faire de manière optimale. Tant sur le plan hardware, que software et service, ajouter de manière incontrôlée des fonctionnalités est rarement synonyme de qualité. Un article assez remarquable de Blogo Numericus a fait d’ailleurs l’éloge d’un livrel volontairement limité, pour mieux mettre en valeur l’expérience de la lecture. Je suis aux premières loges pour constater qu’en effet, c’est avec beaucoup plus d’attention que je lis certains sites via leurs flux RSS sur mon lecteur. Sans parler de la partie ingénierie: il sera beaucoup plus aisé de faire un produit répondant exactement aux besoins d’un lecteur, que d’un adorateur du saint graal du gadget. Je dirais même qu’il y a déjà largement de quoi faire côté périphériques, formats, contenus et modes de distribution pour un “simple” lecteur e-paper.
Néanmoins il y a une réalité dont il faut tenir compte: la révolution actuelle du livre électronique est aussi une révolution de l’affichage, et cette nouvelle façon d’afficher va être intégrée à tout un panel de périphériques. On connait déjà la montre e-paper ou bien le téléphone e-paper par exemple. Bien exploitée, cette technologie peut faire des merveilles: on pense par exemple à la faible consommation de batterie, idéale sur un téléphone (le besoin d’une source de lumière est par contre nettement moins idéal sur des appareils pour lesquels on est habitué au rétro-éclairage).
Mais avant qu’on puisse avoir un affichage e-paper pour tout type de périphériques, il reste un certain nombre d’obstacles technologiques.
On notera ainsi:
- la vitesse de rafraîchissement
- le contraste
- la résolution
- la couleur (avec une variété de couleurs suffisante)
- la durée de vie
Il suffit de voir ce qui se fait en labo pour réaliser que tout cela est bien plus du domaine du “probable” que du “possible”, néanmoins contrairement aux premières scènes, il faudra attendre un peu plus avant de voir nos périphériques adopter en masse des technologies e-paper.
En attendant, le marché va sûrement se diviser comme il l’a déjà fait avec le Sony PRS-500 (ainsi que le Cybook, STAReREAD etc…) d’un côté, et l’iLiad (et certains modèles de Hanlin) de l’autre. Ceux qui veulent simplement lire sur e-paper devraient trouver satisfaction relativement vite. Les questions de formats semblent se régler assez rapidement, et les prix sur des lecteurs “simples” devraient être à court/moyen terme très compétitifs.
Pour ceux qui ont besoin de prendre des notes, être connecté sur leur lecteur et y ajouter des fonctions façon PDA, l’avenir immédiat est un peu moins rose bonbon. L’iLiad a pris la bonne initiative en tournant sous Linux de s’ouvrir aux développeurs. Néanmoins on est encore très loin d’un produit destiné à un marché de masse ou aux non-geeks: les possibilités sont illimitées mais réservées à un groupe d’early-adopter endurcis.
L’obstacle principal n’est pas tant ce que ces technologies sont capables de faire, que des questions de standard à mettre en place, de services à déployer à grande échelle, et surtout trouver une bonne ergonomie rendant les périphériques facilement exploitables.
Alors oui, un guide GPS sur son lecteur, des puces RFID pour indiquer les tableaux dans un musée, de la vente en ligne sans ordinateur comme intermédiaire, ou la réception de données (ici la maquette d’un livre) en “push”: tout cela est possible et probable. Seulement, il ne faut pas s’attendre à autant de simplicité dans l’utilisation que dans cette vidéo. Ni même à disposer d’un périphérique disposant de l’ensemble de ces fonctionnalités à lui tout seul. Il y aura un effet de gamme sur ces produits, pas uniquement pour des questions de prix mais aussi pour répondre à des besoins très différents. Si un “simple” lecteur e-paper pourra faire office de guide de voyage pendant des semaines, un même périphérique doublé de fonctionnalités GPS/RFID/audio rejoindra plutôt la catégorie des appareils qu’on doit recharger tous les 2-3 jours. Ainsi, on neutralise des avantages technologiques en couplant de nombreuses fonctionnalités. Une fois sur la plage, au lieu d’arriver directement à la dernière page de son roman en cours, il faudra naviguer dans des menus pour indiquer au périphérique qu’au lieu d’aller s’acheter un maillot de bain, on souhaite désormais lire.
Il reste donc plus que jamais un avenir pour des périphériques spécialisés, et au lieu d’un lecteur orange et d’un lecteur noir, on peut s’attendre à toute une série de périphériques répondant à des attentes différentes. Derrière le terme générique “e-paper” se cache de nombreuses technologies qui seront concurrentes et devraient donc amplifier ce phénomène. On a aussi tendance à ranger la lecture comme une activité générique nécessitant un périphérique unique pour être remplacée. Pourtant lire un livre de poche ou un quotidien ne se fait pas du tout sur le même type de format papier. Pour cette même raison, on trouvera donc sûrement des périphériques de toutes tailles, souples ou rigides, avec ou sans couleur.
Il faut donc travailler dès aujourd’hui à des standards assurant une compatibilité entre tous ces modèles, penser à une information non plus centralisée mais disséminée auprès de nombreux interlocuteurs, et qu’on relie via une représentation plus sémantique qu’aujourd’hui. On a aujourd’hui dépassé la conception d’un périphérique et d’une plateforme de distribution unique (le modèle iPod/iTunes) et il faut s’orienter vers des modèles plus ouverts et plus riches. Si dans l’usage, on sera probablement assez loin de la vision idéalisée de la vidéo (c’est aussi cela la prospective après tout), on peut en contrepartie s’attendre à bien des surprises. De nouveaux contenus, de nouveaux modes de distribution et aussi des répercussions culturelles devraient accompagner ces technologies.
Bravo hadrien, je te rejoins sur l’ensemble. Ces histoires de vouloir faire un produit unique ! ils pourraient faire du café ou laver leur linge avecun i-phone ! en tant que lecteur de livres, je me fous de savoir si je peux écouter de la musique ou téléphoner ! j’ai envie de lire dans un format agréable, pour moi l’iliad est un minimum ; j’ai réfléchi un peu à ces histoires de formats, en cherchant un peu dans l’autre sens, pourquoi les livres en papier sont pas plus petits ! est-ce que ça vient seulement des éditeurs qui sont arrivés à un juste ratio rentabilité/prix où est-ce que c’est les lecteurs qui n’accrochent pas en dessous, j’ai retrouvé des expériences qui n’ont pas pris au dessous du format, j’en parlerais sur Aldus. ok aussi pour les formats, il suffit d’ouvrir deux minutes les pages mobipocket ou numilog pour avoir envie de fuir !
Aldus je comprends pas le rapport entre votre dernière phrase et ce très bon article. c’est votre opinion heureusement tous nos visiteurs n’ont pas envie de fuir au bout de deux minutes…. si vous voulez parler du prix des ebooks, (c’est ça qui vous fait fuir?), s’il vous parait élevé c’est peut-être parce que nous proposons les ouvrages en totalité, et pas seulement le début
Désolé guillaume, c’est vrai que la dernière phrase m’a un peu échappé, poster, c’est parti! on ne peut pas corriger ! il ne s’agissait pas de remettre en cause les deux sites en question, seulement de pointer le doigt sur l’abondance des formats qui vont très vite rebuter les lecteurs, et je crains bien que ce ne soit pas fini ! Il s’agit rapidement de trouver des formats simples et ouverts pour que chacun s’y retrouvent. J’ai d’ailleurs toutes les peines du monde avec le logiciel mobipocket avec les livres compris dans l’abonnement des échos, personne ne sait, irex, les échos… Pour les prix, les lecteurs trancheront, mais trouver des ebooks au prix des versions papier (élégance du hérisson) ! j’avoue que moi, j’ai un certain mal !
je suis en train de faire une notice pour l’installation de mobipocket sur l’irex je vous l’enverrai si vous le souhaitez. Aujourd’hui le logiciel est pré-installé sur l’appareil, les utilisateurs n’ont plus ce problème, mais pour ceux comme vous qui l’ont acheté il y a quelques mois c’est vrai que la synchronisation est très fastidieuse… en ce qui concerne les prix des ebooks, gallimard (élégance du hérisson) est l’éditeur pour lequel la différence entre le prix des ebooks et le prix papier est la plus faible (5%). d’autres ebooks sont à -50%, il ne faut donc pas généraliser!
Enfin pour les formats (“the tower of eBabel” commme dit David Rothman) , deux formats seulement se sont imposés aujourd’hui pour les ebooks protégés : le pdf pour les ordis et le prc pour les appareils mobiles. ça va sûrement évoluer, et très vite, mais en tout cas pour l’instant ça reste assez simple à comprendre pour l’utilisateur.
merci guillaume, ça vient sans doute de moi. vraiment sans rancune pour numilog, vous faites du bon boulot, et le site est bien relooké, compliments ; je voudrais bien faire des tests sur l’Iliad mais c’est vrai que ces histoires de formats sont assez compliquées à gérer, est-on obligé de prendre sur mobipocket ?
Comme je ne sais toujours pas comment marchent les trackbacks malgré toutes ces années de blogging, je signale que j’ai commenté à mon tout sur mon blog dédié à mon expérimentation de l’iLiad