Archive for the ‘Réflexions’ Category

RDFa & DRY

Friday, October 24th, 2008

DRY pour Don’t Repeat Yourself est un principe très simple: on évite au maximum d’écrire plusieurs fois les mêmes lignes de code.

Dans une framework orientée Web comme Ruby on Rails ce principe s’applique de plusieurs manières. Prenons le cas des vues, sur Feedbooks, on affiche à plusieurs reprises un livre de la manière suivante:

Au lieu de recopier dans chaque page où j’affiche un livre de cette manière le même bout de code, j’appelle une vue partielle. Comme cela si le lien vers un livre change, il suffit de le changer dans un seul fichier pour que cela s’applique à toutes les pages. C’est un principe qui permet de rendre le code plus concis et lisible mais aussi plus évolutif en général. On l’aura remarqué, c’est un critère essentiellement visuel qui me permet de ne pas avoir à reproduire les lignes de code: visuellement l’information est présentée de la même manière.

Le RDFa (par ici pour ceux qui ont peur à la vue de ce terme) est toujours présenté comme suivant ce même principe DRY.

Dans un sens c’est vrai, si je veux par exemple marquer qu’une information est un titre il me suffit de faire: 

<h1 property="dc:title">Titre</h1>

Je me content de marquer la nature de l’information (dc:title, un titre) et je n’ai pas à ajouter de nouveau le titre dans l’information structurée: on suit bien un principe DRY.

Mais reprenons le cas de mon livre: si visuellement il est toujours présenté de la même manière, avec les mêmes liens, le contexte lui peut être très différent. Je pourrais par exemple l’afficher dans la page des favoris d’un utilisateur, dans une liste de lecture ou comme une recommandation.

Si la représentation visuelle de l’information ne change pas, son sens lui peut être complètement différent et il devient bien plus difficile d’appliquer un principe DRY de cette manière.

J’apprécie beaucoup ce petit schéma venant tout droit du RDFa Primer, et présentant de manière très simple le principe de ce standard: qu’une même information aient du sens pour un humain comme pour une machine. Mais on se heurte rapidement à pas mal de questions sur la manière de mettre tout cela en pratique encore. Maintenant que RDFa est officiellement une recommandation W3C il s’agit de se demander dans quels cas faut-il ou non marquer sémantiquement l’information, quels principes à appliquer lors du développement d’une application sémantique ou encore comment intégrer cette technologie à des frameworks comme RoR ou Django.

ePub: ne pas se reposer sur ses lauriers

Friday, September 12th, 2008

J’ai déjà eu l’occasion d’émettre quelques réflexions sur le blog anglo-saxon, sur la manière dont le standard devrait/pourrait évoluer.

Avec un million de fichiers ePub distribués sur Feedbooks et les grands groupes d’édition qui s’y mettent, il est plus que jamais indispensable d’avoir une vision critique sur le standard afin de le faire avancer.

Quelques éléments qui méritent d’approfondir cette question…

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Mise à jour du PRS-505

Tuesday, August 5th, 2008

Maintenant que Sony et Adobe se sont enfin décidés à mettre à jour le PRS-505, Digital Editions (ainsi que le format ePub et le PDF recomposable) entrent pour de bon dans le monde mobile.

Feedbooks ayant ajouté un support ePub sur l’ensemble des contenus depuis presque 1 an, les utilisateurs du PRS-505 auront maintenant l’embarras du choix entre PDF et ePub.

Pour plus d’information, je vous conseille de consulter les pages suivantes (en anglais):

Pour mon analyse complète des points forts/faibles de cette mise à jour, direction la suite du billet…
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Yahoo! Search Gallery & Semantic Web

Friday, June 6th, 2008

Yahoo! vient d’ouvrir la galerie d’applications SearchMonkey et l’application de Feedbooks figure en bonne place dans sa catégorie.
Je vais continuer de suivre de très près l’actualité autour de SearchMonkey, en particulier l’arrivée du support RDFa.

Mais ce qui me passionne le plus quand on touche au Web sémantique, c’est cette effervescence d’activité en France. Je suis particulièrement impressionné par le travail d’Alexandre Passant (SIOC, MOAT et SMOB) , que j’avais eu l’occasion de rencontrer lors du Semantic Camp #2 et dont je suis les progrès via Twitter.

Pour une analyse qui sera forcément plus poussée que la mienne du cas SearchMonkey je vous conseille de vous tourner vers le blog de Gautier Poupeau, toujours à la pointe du Web sémantique.

Passionnante réflexion aussi du côté de Christian Fauré, sur le MetaDataWare. Etant donné que je travaille à rendre Feedbooks RESTful actuellement, autant dire que tout cela m’intéresse de très près. Ce qui me parait fondamentalement différent entre une architecture REST et la représentation RDF, c’est qu’en REST je n’accède en règle général qu’à une seule ressource à la fois. Dans un document RDF, on manipule à l’inverse de nombreuses ressources différentes en même temps. Pour revenir sur la définition de Roy Fielding:

“Representational State Transfer is intended to evoke an image of how a well-designed Web application behaves: a network of web pages (a virtual state-machine), where the user progresses through an application by selecting links (state transitions), resulting in the next page (representing the next state of the application) being transferred to the user and rendered for their use.”

A mon avis, un document RDF échappe justement à cette image, étant donné qu’on a pas besoin d’un nouvel état pour accéder à une ressource.

Formats numériques: un exemple

Friday, March 28th, 2008

Comme on a pu récemment en débattre sur le blog de Virginie, le passage à une industrie numérique du livre demande toute une restructuration de la chaîne de production des contenus.

Choisir la bonne DTD pour la représentation abstraite de son texte, mettre en place un ensemble de bonnes pratiques pour s’assurer de la pérennité de l’information, faire face aux possibilités comme aux limites de chaque format… Il y a de très (trop ?) nombreux paramètres à prendre en compte, pour bien effectuer le virage vers un monde de l’édition numérique.

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Une sphère critique pour le livre dématérialisé

Sunday, November 18th, 2007

On débat à tout bout de champs sur la technologie, les répercussions sur la chaîne du livre et les nouveaux modes d’écriture à associer au livre dématérialisé. Mais le véritable impact se trouve autre part : dans la transformation du paysage culturel et tout particulièrement la sphère critique.
Ce qu’on appelle aujourd’hui des “classiques” est en grande partie constitué d’œuvres qui ont en leur temps reçues un succès critique ou économique. Les “best-sellers” d’aujourd’hui ne constituent pas forcément les classiques de demain, et certaines œuvres connaissent leurs jours de gloire dans leurs vieux jours, alors qu’on les croyait condamnées à prendre la poussière dans les rayons d’une bibliothèque. Mais le fond de catalogue de nos éditeurs, les allées silencieuses de nos bibliothèques regorgent de petites merveilles, injustement méconnues, ou dont on passe le nom qu’au sein de quelque cercle privé de connaisseurs.
En ouvrant une nouvelle page dans l’histoire du livre, il est indispensable de se pencher sur cette source de richesse. Dématérialisé, le livre peut être reproduit et distribué à l’infini, enlevant une part des contraintes économiques qui condamnent certaines œuvres à rester méconnues à tout jamais. Il appartient à une nouvelle sphère critique le devoir de se réapproprier notre passé littéraire, afin de tirer partie de ces gisements devenus beaucoup plus accessibles.

Encore une fois, l’analogie avec la musique dématérialisée est riche en leçons. On nous bombarde de messages quasi-subliminaux sur la perte de vitesse de l’industrie du disque (notez le terme industrie du disque et non industrie musicale), mais on entend peu parler des retombées culturelles, qui sont indéniables. Prenons précisément le cas du monde de la critique rock. Alternativement aux mains d’amateurs un peu pédants de prog-rock ou de rejetons du mouvement punk, la critique rock était quelque chose de monolithique. Avec la montée en force d’Internet, on remarque que la tendance a considérablement évoluée, secouant de haut en bas toute la sphère critique. Issus du monde du fanzine et de la scène musicale indépendante, ce sont maintenant quelques sites qui mènent la danse, agissant à la fois comme découvreurs de talents, mais aussi en première ligne pour réinterpréter l’histoire du mouvement rock. Entre les mains de ces critiques, des groupes décriées ou incompris en leur temps (Slint comme précurseur du post-rock par exemple) deviennent de nouvelles références. Rien de nouveau la dedans, tout nouveau mouvement artistique réalise le même type de processus, forgeant des valeurs nouvelles avec du vieux. Mais ce qu’il y a de plus marquant, c’est l’ampleur et la vitesse à laquelle ces changements peuvent maintenant s’opérer. Un Dinosaur Jr. ou un Mission of Burma peut en l’espace de quelques mois devenir une référence, se reformer et faire salle comble dans la moitié de la planète. Un The Arcade Fire va sur une même période de temps passer de l’enregistrement amateur d’un premier album à la tête d’affiche deux jours d’affilés à l’Olympia. En quelques fois moins de 6 mois j’assiste à des transformations complètes et j’ai bien du mal à savoir désormais si c’est une petite centaine ou plusieurs milliers de personnes qui viendront lors du prochain passage de ces artistes.

Peut-on s’attendre à un même phénomène pour le livre, une fois celui-ci dématérialisé ? Il manque encore un écosystème aussi complet que pour la musique. Les sites spécialisés, les blogs mp3, les podcasts, les pages myspace et les forums jouent chacun un rôle précis dans cette faune. Mais le livre a un passé d’une richesse infiniment plus grande, promesse donc de découvertes encore plus nombreuses que pour la musique. De même pour les nouveaux talents : la production littéraire est sans commune mesure.

Quand à la forme, un certain nombre d’innovations laissent beaucoup d’espoir. Au lieu d’être disséminée à tout va, on va pouvoir avec des innovations comme les microformats (hReview), la regrouper, lui donner plus de sens. En injectant une dose minimum de sémantique, on obtient des critiques dont la portée ne se limite plus à un site ou un blog donné. Jusqu’à présent, ce sont essentiellement quelques ogres de l’Internet qui ont pu se goinfrer des critiques de leurs consommateurs. Oui mais si l’information la plus intéressante était ailleurs, perdue sur un petit espace d’expression privé, et non dans la vitrine d’un de ces sites marchands ?
Il reste beaucoup de questions à régler pour mettre en place ce genre de dispositif de diffusion de l’information, avec en particulier un rôle à définir quand aux moyens de centraliser et récupérer cette information. Comment rendre plus facile, voir automatiser l’ajout de ces quelques données transformant l’information brute en information intelligente ? Comment peut-on évaluer la valeur ou la pertinence d’une critique ?
Beaucoup de questions se posent, englobant des problématiques techniques comme culturelles.
Si l’on chante aujourd’hui les louanges d’une « intelligence » collective, nous ne sommes pour le moment qu’à la préhistoire du traitement de l’intelligence. Mais pour des raisons essentiellement de timing, les pas de bébé de cette nouvelle manière de traiter l’information pourraient coïncider avec ceux du livre dématérialisé, donnant naissance à une sphère critique fondamentalement différente de ce que nous connaissons aujourd’hui.

Système de recommandation

Thursday, October 25th, 2007

Avec la dématérialisation des contenus, il n’y a plus aucune limite à ce qu’on peut offrir (coût de stockage et de distribution quasi nul). Mais pour rendre cette avalanche de contenu utile, encore faut-il se poser la question de la découverte de l’information, et de la facilité d’accès à celle-ci.

Dans le cas des livres du domaine public, on parle déjà à l’heure actuelle de dizaines de milliers d’oeuvres. Comment découvrir de nouveaux livres dans une pile de dizaines de milliers d’oeuvres ? Les découvertes au hasard, les conseils des amis ou d’un critique littéraire permettent toujours dans un monde dématérialisé de se constituer une bonne liste de lecture. Mais avec toutes ces métadonnées, on peut aussi se pencher sur de nouvelles solutions à ces problématiques. Deux écoles se battent souvent à ce sujet, le fameux “nature VS nurture” de nos amis anglosaxons.

Appliqué à la recommandation musicale cela donnerait:

  • nature: on considère qu’on peut déduire des recommandations musicales en fonction des écoutes d’une population donné. Si deux artistes sont écoutés en parallèle par une part donné de cette population, on les considère comme similaires (Last.fm)
  • nurture: un groupe de spécialistes définit un certain nombre de critères définissant une chanson, et catalogue ensuite un maximum d’artistes en fonction de ces critères. Les artistes similaires sont ceux qui réunissent un maximum de critères en commun (Pandora du Music Genome Project)

Du côté de Feedbooks, nous nous intéressons particulièrement à ces problématiques, notre but étant à terme de proposer de nombreux moyens différents de découvrir de nouvelles oeuvres. Pour le moment, nous proposons déjà un système identifiant les livres similaires en fonction des motifs de téléchargement de nos utilisateurs (”nature”). Mais nous sommes ouverts à tout un ensemble de solutions afin d’améliorer l’expérience de découverte associé au livre électronique.

Cartographie des auteurs (jpg)

Afin d’explorer de nouvelles voies quand aux possibilités de recommandation, un de nos anciens professeurs (les fondateurs de Feedbooks sont issus d’une formation d’ingénieur) s’est penché sur la possibilité de faire une carte sémantique des auteurs les plus téléchargés: fichier ci-joint. Je vous invite donc à consulter le résultat de cette expérience, une des nombreuses voies à explorer pour nous face à cette problématique de la recommandation: Blog de Hubert Wassner.

DRM et Standard

Monday, September 24th, 2007

Contrairement au marché de la musique, le marché du livre numérique propose une quantité importante de contenus gratuits (livres tombés dans le domaine publique, sous licence Creative Commons soit quelques dizaines de milliers de titres au moins). Pour qu’on passe massivement sur livrel, il faudra néanmoins que l’offre en terme de contenu soit nettement plus conséquente et on sait à quel point les éditeurs peuvent être frileux à cet égard. L’éternelle question des DRMs (Digital Right Management, soit gestion numérique des droits) revient donc sur scène. A l’heure où même des majors comme Vivendi-Universal s’essaient à la distribution sans DRM, quel constat peut-on faire quand au marché du livrel ?

Monde de l’écrit: une transition difficile de l’objet au numérique

Un constat essentiel quand on s’intéresse au passage au numérique, réside dans la capacité de l’utilisateur de transformer ce qu’il possède en tant qu’objet sous forme dématérialisée. Avec la musique, il est très facile de passer d’un CD à un dossier de fichiers mp3 disposant des bonnes méta données pour ensuite le charger sur son baladeur audio.

Dans le monde de la vidéo, on est plutôt dans une logique de remplacement du média: passer de la K7 au DVD, et comme l’espèrent les studios hollywoodiens, du DVD à un format haute résolution. Le besoin de disposer sous forme totalement dématérialisée de ses films reste assez limité (certainement car on en a une utilisation non mobile, regarder un film sur son iPod étant loin d’être une expérience confortable), et on a donc une séparation du contenu, entre la vidéo qu’on conserve sur un média physique (sous forme de disque) et la vidéo qui reste totalement dématérialisée (les vidéos qu’on regarde sur Youtube, des podcasts etc…). L’arrivée massive de la VOD (Video On Demand, vidéo à la demande) avec l’adoption des offres triple-play de la part des fournisseurs Internet, les consoles qui s’ouvrent à ce mode de diffusion (Xbox 360 et on dit Playstation 3 aussi) et des ordinateurs se logeant de plus en plus sous la TV, sont autant de phénomènes qui devraient à terme renverser la donne et faire disparaitre cette frontière entre les contenus.

Traditionnellement, le livre est un objet qu’on conserve avec beaucoup d’attention, à juste titre d’ailleurs car il a un cycle de vie beaucoup plus important qu’un film (dont le support et la qualité ne cessent de changer) ou que de la musique (la aussi on avait une évolution du support, mais avec le passage au numérique on ne devrait plus vraiment voir d’évolution, tout au plus un recentrage des formats avec perte comme le MP3 vers un format sans perte comme le FLAC). On passe les livres de génération en génération, ou bien d’un ami à un autre, sans que l’expérience de la lecture subisse de changement fondamental, et ce depuis des siècles.

A l’opposé, il y a tous ces quotidiens qui à peine imprimés, vont directement remplir nous poubelles et qui correspondent à une part conséquente de nos lectures.

Finalement il y a ces écrits, qui sont déjà numériques et qui le restent la majorité du temps (une impression ponctuelle et individuelle tout au plus).

La complexité pour passer du papier au livrel est donc très différente selon qu’on soit dans l’un de ces 3 cas (on en dénombre bien plus, mais essayons de synthétiser un peu).

Le cas des contenus qui restent exclusivement numérique devrait être le plus simple: tout comme on peut déjà imprimer ces contenus sur du papier, on peut aussi les imprimer dans un fichier adapté à nos lecteurs de livrel. Via des flux, on peut encore améliorer l’expérience, en automatisant cette transformation car on se débarasse de tout ce qui n’est pas du contenu.

Pour les journaux et les magazines, étant donné qu’on est face à un contenu qu’on renouvelle, de la même manière qu’on remplaçait un DVD par une K7 on peut remplacer le papier par un fichier. Il y a des questions de format, de mise en page, et aussi des considérations en terme de distribution mais globalement, on peut facilement imaginer une transition étant donné qu’on ne conserve que dans peu de cas ces contenus et qu’ils sont majoritairement déjà sous forme numérique.

La réelle difficulté provient des livres. On en a plein sa bibliothèque, mais comment passer de cet objet à quelque chose de dématérialisé pour son lecteur ? On ne peut pas raisonnablement penser scanner et faire l’OCR de toute sa bibliothèque (en terme de temps et de moyens, incomparable avec la transformation d’un CD vers du MP3), sans compter que le résultat serait de piètre qualité à l’heure actuelle (il faut encore relire le résultat de l’OCR, et mettre un peu mieux en forme le résultat final). Il faudrait donc acheter de nouveau ces oeuvres ou les télécharger si des gens réalisent le travail de numérisation (si vous possédez un livre, il n’est pas illégal d’aller récuperer une version numérique) nécessaire. Côté éditeur, le constat n’est pas beaucoup plus reluisant: si depuis quelques années, les livres sont aussi stockés sous forme numérique, la majorité de leurs catalogues sont sous des formes inexploitables à l’heure actuelle. Sans compter que le travail des éditeurs en la matière n’est pas forcément meilleur que des initiatives comme Distributed Proofreading (qui en redistribuant la relecture des oeuvres entre de nombreux utilisateurs, obtient des résultats assez probants): par exemple «1984» d’Orwell, chargé gratuitement sur le Sony Reader, contient plus de fautes que dans la version de Project Gutenberg Australie. On comprend donc que la transformation et la disponibilité des livres sera une question centrale, et que les éditeurs ne sont pas particulièrement en bien meilleure position que le lecteur. Le nombre de titres venant d’iTunes est ridicule comparé au nombre de titre provenant de base d’un support physique sur l’iPod moyen. La gratuité de nombreux titres et la disponibilité des oeuvres sur des réseaux de P2P (que ce soit un téléchargement légal ou non) viendra compenser ce blocage du livre sous sa forme physique, mais on reste quand même face à une barrière à l’entrée assez imposante.

Standard

Quels que soient les formats propriétaires employés par les uns ou les autres, il y a toujours eu un standard marchant sur tous les périphériques et les logiciels dans le monde de la musique: le MP3.

Pour le livre, il n’y en a pas à l’heure actuelle.

Certes, on peut en général utiliser des fichiers TXT ou RTF sur l’ensemble des périphériques, mais ces formats sont limités et ne permettent pas d’obtenir une expérience de lecture optimale.
L’initiative d’IDPF et du format ePub est remarquable à cet égard: avec des grands noms du monde de l’édition comme du monde de l’informatique soutenant ce projet, on peut raisonnablement penser qu’à moyen terme, on aura un véritable standard pour le livrel.

Un standard est essentiel pour un passage avec succès au numérique: déjà qu’on ne peut pas raisonnablement transformer un livre en un livrel, si en plus on garde une incertitude vis à vis de la compatibilité de ces livrels, la tâche devient pratiquement insurmontable. Un standard devrait donc conforter l’utilisateur et faciliter considérablement la tâche à tout le monde (même s’il reste d’autres formats ou des conteneurs DRMs, on peut se servir du standard pour archiver les livrels au moins).

L’adoption d’un standard n’est pas encore un acquis, et il sera intéressant de voir comment des acteurs importants du marché vont réagir (le Kindle d’Amazon, uniquement fermé sur leur plate-forme ou aussi ouvert et supportant l’ePub ?). Reste que l’ePub n’est qu’un moyen de représenter de l’information comme un autre, et qu’à ce jour il n’y a aucune tentative de standardisation au niveau des DRMs. A la manière de son ancêtre l’OEB, l’ePub devrait donc se décliner sous plusieurs formes (l’OEB a dans le cas de Mobipocket non seulement été enrobé d’une couche DRM, mais aussi un peu étendu avec un support de quelques balises propres à leur format).

DRM: un enfer pour le consommateur

Il y a de cela un an, j’ai décidé d’acheter un livre sur le langage informatique Ruby, de la collection Pragmatic Programmers. Il y a un certain nombre de points assez remarquables dans la démarche de cet éditeur:

  • Coupler un livre avec un livrel: Plutôt que d’offrir simplement la version papier, cet éditeur propose soit la version papier, soit une version numérique (beaucoup moins cher), soit une offre regroupant les deux (un peu plus cher que la version papier). Ils laissent donc parfaitement le choix à leurs consommateurs de prendre ce qui convient le mieux à leur besoin, et contrairement à beaucoup de magasins en ligne, la version numérique est nettement moins cher que la version papier.
  • Pas de DRM: Au lieu de me proposer de télécharger un PDF avec DRM, l’éditeur a mis quelques secondes avant de me communiquer par mail une adresse où j’ai pu obtenir un livre avec mon nom et mon prénom inscrit sur les pages du livre. Aucune contrainte donc, si ce n’est qu’on me responsabilise en inscrivant mon nom sur le livre au cas où je souhaiterais le redistribuer.
  • Livre en version « beta »: J’ai acheté ce livre avant même qu’il soit terminé. Au fur et à mesure des semaines, j’ai pu obtenir des versions plus ou moins complètes du livre et remarquer que grâce au retour des autres lecteurs sur certains points, de nombreuses corrections et précisions ont été apportées.
  • Mise à jour gratuite du livrel: Ce type de livre nécessite d’être mis à jour souvent. Or pour la version numérique, toute nouvelle mise à jour est gratuite dans le cas de cet éditeur.

J’aurais aimé un choix un peu plus large en terme de format numérique, mais à cette exception là, on peut dire que leur copie est presque parfaite.

Le DRM est un véritable calvaire pour l’utilisateur. Comme je l’ai déjà souligné, il y a avec le livrel des difficultés dans le passage au dématérialisé et une absence de standard à l’heure actuelle. Ajoutez à cela des DRMs, limitant le nombre de revendeurs, le nombre de périphériques supportés, empêchant de faire circuler entre ses périphériques ou au sein de sa famille des livres, et imposant d’utiliser des logiciels dédiés: on entre dans une situation tout simplement désastreuse.

On peut faire une constatation très simple: il est plus facile de «pirater» un livre à partir du moment où il existe un certain standard, que de l’acheter légalement auprès d’un revendeur employant des DRMs. Pire encore, les services de P2P tels que les trackers privés pour Bit Torrent proposent souvent plus de services que ces mêmes revendeurs, comme de véritables systèmes de recommandation.

Vouloir absolument verrouiller son contenu est une erreur fondamentale: à commencer par le fait qu’on ne peut jamais atteindre ce but. Les DRMs tombent comme des mouches à partir du moment qu’ils sont sous le feu des projecteurs: ils ne protègent donc rien pour les utilisateurs avancés qui se feront ensuite une joie de les faire circuler en P2P. Par contre, ils compliquent la vie de l’utilisateur souhaitant payer et non se servir, punissant donc ceux qui devraient être récompensés.

A l’inverse, cet éditeur auprès duquel j’ai réalisé cet achat est dans une logique valorisante. Le prix est plus attractif, on ne bloque pas mon utilisation du fichier (on se contente de mettre une sorte d’identification), j’ai accès au livre avant qu’il soit mis en rayon et on me donne les nouvelles versions de ce livre. On pourrait prendre l’exemple de BAEN aussi, proposant ses livres dans de nombreux formats sans DRM, donnant gratuitement le premier volume des œuvres composant un cycle et proposant des modèles de distributions attractifs.

Amazon semble vouloir cacher certains des défauts inhérents aux DRMs, en proposant l’achat directement sur son futur périphérique. Tout cela reste néanmoins très cosmétique: tout d’abord je reste dubitatif quand à la capacité actuelle d’un périphérique e-paper d’explorer un magasin en ligne aussi complexe qu’Amazon, et cela n’enlève en aucun cas l’incapacité de choisir son revendeur, de transférer vers d’autres périphériques etc…

Au lieu d’investir dans des systèmes de DRMs coûteux et complexes (et des les abandonner, comme Google récemment dans le domaine de la vidéo, ou Microsoft avec Play For Sure), et de poursuivre les utilisateurs comme si c’étaient des bandits de grand chemin, il faudrait se focaliser sur la façon de faciliter et d’améliorer l’expérience utilisateur. Il y a un nombre considérable de choses qu’on peut faire en plus dans un monde dématérialisé: entre autre proposer un choix illimité ou encore faciliter la découverte de nouveaux contenus. Mais il semblerait que les acteurs du marché aient du mal à saisir ces enjeux, et cela ne s’arrête pas au monde de la musique. Le lancement d’iTunes sur l’iPod et l’iPhone est un exemple parfait de cet esprit conservateur (très proche de ce que Amazon veut faire visiblement avec le Kindle). Ce qui intéresse les consommateurs, c’est de pouvoir bénéficier de services comme Last.fm ou Pandora, exploitant les capacités WiFi de leur appareil pour avoir une radio faite sur mesure à leur goût, pas d’acheter des chansons qu’ils seront ensuite incapables de lire sur un autre appareil.

Le consommateur n’est pas un voleur qu’il faut punir et persécuter, il y a simplement des modes de consommation qui évoluent. Face au mécontentement général, le marché de la musique prend progressivement conscience de ces réalités, il serait quand même dommage qu’en bénéficiant de cette expérience, le marché du livre refasse les mêmes erreurs…

Flux: mobilité et flexibilité

Monday, September 17th, 2007

Bien que l’abstraction du « flux » reste largement incomprise par l’internaute moyen, l’inclusion d’un support RSS dans les navigateurs et dans divers applications Web rendent les flux XML omniprésents. Alors que le monde audio/vidéo a lancé une petite révolution avec le concept de podcast, le support texte reste de manière assez étonnante l’enfant pauvre du flux RSS. En France en particulier, les sites ayant le trafic le plus important se contentent de flux partiels, une simple entame d’information au lieu de diffuser l’intégralité de leurs articles.

De nombreux facteurs expliquent cette situation, allant d’une méconnaissance de la conception de flux à une peur des nouveaux médias. Pourtant avec l’e-paper, la démocratisation des smart-phones et de plus en plus d’appareils disposant d’une connectivité WiFi (consoles portables ou PMP), la question de la mobilité de l’information devient centrale. Là où le Web échoue à passer ce cap du tout mobile, l’utilisation des flux permettrait de diffuser de l’information sans les problèmes liés à l’usabilité.

Quels sont donc ces avantages du flux, la révolution que la diffusion par flux entraîne ? Quels sont les obstacles, psychologiques ou techniques ?

Contenu et contenant

Bien que théoriquement, tout contenu XHTML devrait facilement pouvoir faire le saut dans le monde de la mobilité, l’évolution qu’à connu le Web depuis sa démocratisation nous a de plus en plus éloigné de cette flexibilité. Les évolutions technologiques récentes qu’on regroupe dans ce terme fourre-tout de Web 2.0 continuent d’alimenter cette impossibilité de concilier Web mobile et classique. Plutôt qu’un espace d’information, le Web est de plus en plus un espace de services où même les sites d’informations généralistes adoptent un ensemble de services (on propose aux visiteurs de commenter, de contribuer à l’information, de séléctionner l’information la plus intéressante etc…).

La solution bancale des sites mobiles n’a pas vraiment amélioré la situation. Pour la plupart, ce sont des versions tronquées qu’on fait à la va-vite comparé à leur modèle. Ajoutez à cela des difficultés liées à la bande passante ou encore le manque d’ergonomie sur un appareil spécialisé pour une autre tâche et on comprend vite pourquoi les sites mobiles restent minoritairement utilisés.

Il est intéressant de séparer ici le besoin d’information sur un appareil mobile, et le besoin de services. Pour les services, des solutions spécialisées comme des applications java (Gmail par exemple marche très bien ainsi) ou avec l’iPhone, des sites pensés spécialement pour l’ergonomie d’un modèle donnée, donnent des résultats beaucoup plus efficaces que le “générique” site mobile.

Le flux RSS, en se débarrassant de tout ce qui touche à la présentation de l’information, reste le moyen idéal de faire circuler de l’information. L’utilisateur mobile n’a pas nécessairement besoin de tous les services associés traditionnellement à un site Web, ni même de l’ensemble de la ligne rédactionnelle ou de la patte graphique associés. On peut donc très facilement embarquer un lecteur RSS ou une “vue” générée à part d’un RSS sur un dispositif mobile: il ne restera que le texte, quelques images éventuellement et une mise en page simplifiée (l’essentiel donc).

Mais pour pouvoir utiliser ces flux, il faut encore disposer de l’ensemble de l’information sur ceux ci. Or beaucoup de sites confondent le flux avec une simple liste de liens, une sorte de table des matières de l’actualité. C’est absurde de vouloir faire passer l’utilisateur par un browser mobile assez pauvre, afin d’afficher un site mobile la majorité du temps peu pratique pour qu’il puisse lire ses informations (et dans le cas des périphériques ne disposant pas de connectivité c’est pire: il faut se contenter de ne rien avoir du tout). Un flux disposant de l’ensemble de l’article s’y substitue beaucoup mieux, mais cela soulève bon nombre de questions.

De la souplesse

Mis à part cette plus grande facilité à diffuser l’information, il est intéressant de s’attarder sur tout ce qui touche à la manipulation de l’information aussi.

Avec un flux, il est très facile de filtrer le contenu, le modifier, le mélanger avec d’autres sources d’information, en bref, en faire tout ce que l’on souhaite. Si derrière toutes ces possibilités se cache encore une part de technicité, on avance progressivement vers une démocratisation du “mash-up” et de la manipulation de l’information via des services comme Pipes ou Popfly. On pourrait par exemple imaginer un service composant un journal à partir des plus grands journaux et sites web français, les articles étant sélectionnés selon des mots clés entrés par l’utilisateur. Alors que de plus en plus le Web et l’information se veut participative, il est étonnant de voir à quel point cette ouverture est à sens unique (de l’utilisateur vers le média) et ne permet pas à l’utilisateur de manipuler à sa convenance l’information (ou alors dans un espace limité, que ce soit par des contraintes techniques ou l’absence d’une information complète diffusée dans les flux).

Flux et e-paper

Depuis près de 6 mois, je lis quotidiennement un certain nombres de sites via leur flux (flux complet donc) sur mon Sony PRS-500. Habitué à m’abîmer les yeux sur un écran LCD avec certains de ces sites aux articles étoffés, la différence en terme de confort de lecture est flagrante. Une lecture adaptée à mes besoins m’accompagne désormais tous les jours, pendant mes trajets de métro. J’ai remarqué que globalement, je suis beaucoup plus attentif à ce qui est écrit, l’oeil n’étant plus attiré par un ensemble de fenêtres et de liens s’offrant à moi. C’est une expérience donc plus proche d’un journal que d’un écran, mais un journal taillé sur mesure.

L’initiative du journal “Les Echos” est assez remarquable, introduisant une première offre couplant journal et e-paper, et chamboulant le travail habituel d’une rédaction, pour se retrouver à mi-chemin entre le journal et le site web. On a la réactivité du Web d’un côté, et cette information mise à plat, plus agréable à consulter de l’autre.

Mais en gardant cette entité de journal sous forme numérique plutôt que quelque chose de plus souple, s’adaptant au lecteur, on peut deviner un certain nombre de freins, des forces d’inertie propres aux fournisseurs de contenu. Ce qui pose conceptuellement le plus problème aux rédactions du monde entier, c’est la disparition d’une ligne rédactionnelle. Le passage au Web avait déjà chamboulé les habitudes et on reste encore largement dans une phase d’adaptation à ce média, mais la révolution du flux s’annonce bien plus terrible encore. Comme j’ai pu le souligner plus haut, il y a de très nombreux avantages au fait de diffuser son information via un flux complet et publique, principalement en terme de mobilité et de personnalisation de l’information. Mais alors que le passage du journal au site Web introduisait la notion de dématérialisation, le passage du site Web au flux entraîne quelque chose d’encore plus radical: l’information sort de son enclos pour être diffusée, filtrée et rediffusée à l’infini.

Une première critique qui revient souvent sur la table concerne la monétisation de l’information (et donc indirectement le besoin d’un afflux de visiteurs). Les pourfendeurs du flux complet affirment donc qu’en donnant ainsi l’ensemble de l’information, non seulement ils ne bénéficient pas de la manne publicitaire via la multitude de bannières qu’on retrouve sur leur site, mais qu’en plus, il y a un risque de voir chuter le nombre de visites et de pages vues.
A la question de la publicité, il est très facile de donner une réponse concise: on peut mettre ces mêmes publicités dans un flux. De nombreux sites américains (et pas des moindres) optent ainsi pour un flux partiel sans pub, ou un flux complet avec pub.
La deuxième question est un peu plus complexe: en effet en ne faisant pas systématiquement passer le visiteur par son site Web, on risque de ne pas l’attirer vers les forums, commentaires et autres moyens de facilement augmenter son nombre de pages vues. Mais en empêchant le visiteur d’emporter avec lui l’information, de facilement la manipuler pour qu’elle soit adaptée à ses besoins, n’y a-t-il pas un risque à terme de se mettre à dos son public ? Un public qui pourrait de ce fait se tourner vers un autre site Web, voir pire encore, utiliser un extracteur de contenu (type Dapper) pour au final se retrouver avec un flux complet, mais sans pub (de nombreux possesseurs de lecteur e-paper lisent ainsi le New York Times par exemple, et continueront d’utiliser ces flux sans pub plutôt que le kiosque électronique annoncé par Amazon).
Ce qu’il faut faire, c’est dissocier ce qui relève du service de ce qui relève de l’information. Bon nombre de visiteurs ne souhaitent pas participer ou suivre les ajouts des autres visiteurs, mais simplement accéder à l’information. Pour ceux ci, la solution du flux complet est bien mieux adaptée qu’un service complet (le site Web) encombrant leur écran, et noyant l’information.

Sur le plan psychologique, l’expérience du flux est assez traumatisante pour ces médias traditionnels, étant donné que l’information échappe à tout contrôle. Ces interrogations sont assez légitimes et on doit considérer la question des licences accompagnant ces contenus. Mais à un moment ou un autre, il faudra passer ce cap, car les utilisateurs n’attendront pas éternellement que les médias fassent ce pas, une situation qu’on a connu ces dernières années avec l’industrie musicale.

Conclusion

La diffusion d’une information via des flux complets n’a pas vocation de remplacer un journal (quand même plus simple à utiliser et avec une véritable ligne rédactionnelle), ni même les sites Web (comme on l’a souligné, c’est de plus en plus un espace dédié aux services et dont l’existence se justifie). Néanmoins, pour répondre aux besoins en terme de mobilité et de manipulation de l’information, des questions déjà importantes pour les “early adopters” qui devraient à terme avec de meilleurs services et des produits embarquant de la connectivité sans-fil concerner une large frange de la population, il faut considérer la question du flux d’information. Face à un marché de plus en plus complexe, il faut offrir un large panel de possibilités pour ne pas se laisser dépasser par les usages. Il serait intéressant que dès aujourd’hui, un dialogue s’ouvre entre certains médias et leurs visiteurs pour mieux saisir ces besoins et ces problématiques. Sinon, il y a un risque que les utilisateurs s’offrent eux même leurs canaux d’information, n’offrant aucune possibilité aux médias de trouver une solution leur étant aussi favorable.

Complément de lecture: Web 3.0 ? Vers un Web orienté contenu

“Possible ou Probable ?”: Suite

Tuesday, August 28th, 2007

Suite et fin donc de l’analyse de la vidéo “Possible ou Probable ?”, une initative d’Editis.
Première partie de l’analyse ici: http://blog.feedbooks.com/fr/?p=26

Voyage à Bruges

Editis: Voyage à Bruges

Description: Le couple part faire une excursion à Bruges, lecteur e-paper en main. Leurs lecteurs sont magiques et font un peu tout: GPS, RFID, connectivité sans-fil etc… Du coup que ce soit pour une visite en ville, trouver un restaurant, acheter de nouvelles lectures pour la plage, ou encore garder contact avec sa vie professionnelle: leur lecteur a réponse à tout.

Verdict: Probable, mais de façon bien moins idéalisée.

Bon, attaquons cette scène de façon assez direct. Il existe un Saint Graal chez l’amateur de gadget, l’early adopter accroché tous les jours sur Engadget et Gizmodo. C’est une croyance presque ancestrale à son échelle, dans un appareil répondant à toutes les attentes, et avec une intégration idéale d’un maximum de services. Les amateurs de la marque à la pomme utilisent même le terme de “Jesus Phone” pour faire référence à l’iPhone. Dans cette partie de la vidéo, disons que la même ferveur quasi-religieuse est présente.

Plutôt que de relever point par point ce qui est possible ou probable dans chacune de ces petites scènes, je pense qu’il est intéressant d’aborder une question en particulier: l’intégration de la technologie e-paper dans des appareils non dédiés à la lecture.
Une critique récurrente tant dans les commentaires de blogs/sites que dans les avis des journalistes sur le Sony PRS-500, est liée au fait que cet appareil sert essentiellement à lire des livres et… c’est tout. Toutes les personnes prenant cette position, descendent ensuite en flèche l’appareil, en soulignant tout de même que c’est beaucoup plus lisible que tout autre type d’écran et que l’autonomie est excellente. Ils appartiennent justement au clan du “one gadget to rule them all”, et apprécieraient particulièrement ce passage de la vidéo. Pour ma part, un lecteur e-paper, ça me sert effectivement essentiellement pour lire. Bien sûr, il pourrait avoir toutes les fonctionnalités d’un PDA/Smartphone, aller sur Internet etc… Mais d’expérience, je sais malheureusement que les périphériques qui savent tout faire, ne savent rien faire de manière optimale. Tant sur le plan hardware, que software et service, ajouter de manière incontrôlée des fonctionnalités est rarement synonyme de qualité. Un article assez remarquable de Blogo Numericus a fait d’ailleurs l’éloge d’un livrel volontairement limité, pour mieux mettre en valeur l’expérience de la lecture. Je suis aux premières loges pour constater qu’en effet, c’est avec beaucoup plus d’attention que je lis certains sites via leurs flux RSS sur mon lecteur. Sans parler de la partie ingénierie: il sera beaucoup plus aisé de faire un produit répondant exactement aux besoins d’un lecteur, que d’un adorateur du saint graal du gadget. Je dirais même qu’il y a déjà largement de quoi faire côté périphériques, formats, contenus et modes de distribution pour un “simple” lecteur e-paper.

Néanmoins il y a une réalité dont il faut tenir compte: la révolution actuelle du livre électronique est aussi une révolution de l’affichage, et cette nouvelle façon d’afficher va être intégrée à tout un panel de périphériques. On connait déjà la montre e-paper ou bien le téléphone e-paper par exemple. Bien exploitée, cette technologie peut faire des merveilles: on pense par exemple à la faible consommation de batterie, idéale sur un téléphone (le besoin d’une source de lumière est par contre nettement moins idéal sur des appareils pour lesquels on est habitué au rétro-éclairage).
Mais avant qu’on puisse avoir un affichage e-paper pour tout type de périphériques, il reste un certain nombre d’obstacles technologiques.

On notera ainsi:

  • la vitesse de rafraîchissement
  • le contraste
  • la résolution
  • la couleur (avec une variété de couleurs suffisante)
  • la durée de vie

Il suffit de voir ce qui se fait en labo pour réaliser que tout cela est bien plus du domaine du “probable” que du “possible”, néanmoins contrairement aux premières scènes, il faudra attendre un peu plus avant de voir nos périphériques adopter en masse des technologies e-paper.

En attendant, le marché va sûrement se diviser comme il l’a déjà fait avec le Sony PRS-500 (ainsi que le Cybook, STAReREAD etc…) d’un côté, et l’iLiad (et certains modèles de Hanlin) de l’autre. Ceux qui veulent simplement lire sur e-paper devraient trouver satisfaction relativement vite. Les questions de formats semblent se régler assez rapidement, et les prix sur des lecteurs “simples” devraient être à court/moyen terme très compétitifs.
Pour ceux qui ont besoin de prendre des notes, être connecté sur leur lecteur et y ajouter des fonctions façon PDA, l’avenir immédiat est un peu moins rose bonbon. L’iLiad a pris la bonne initiative en tournant sous Linux de s’ouvrir aux développeurs. Néanmoins on est encore très loin d’un produit destiné à un marché de masse ou aux non-geeks: les possibilités sont illimitées mais réservées à un groupe d’early-adopter endurcis.

L’obstacle principal n’est pas tant ce que ces technologies sont capables de faire, que des questions de standard à mettre en place, de services à déployer à grande échelle, et surtout trouver une bonne ergonomie rendant les périphériques facilement exploitables.

Alors oui, un guide GPS sur son lecteur, des puces RFID pour indiquer les tableaux dans un musée, de la vente en ligne sans ordinateur comme intermédiaire, ou la réception de données (ici la maquette d’un livre) en “push”: tout cela est possible et probable. Seulement, il ne faut pas s’attendre à autant de simplicité dans l’utilisation que dans cette vidéo. Ni même à disposer d’un périphérique disposant de l’ensemble de ces fonctionnalités à lui tout seul. Il y aura un effet de gamme sur ces produits, pas uniquement pour des questions de prix mais aussi pour répondre à des besoins très différents. Si un “simple” lecteur e-paper pourra faire office de guide de voyage pendant des semaines, un même périphérique doublé de fonctionnalités GPS/RFID/audio rejoindra plutôt la catégorie des appareils qu’on doit recharger tous les 2-3 jours. Ainsi, on neutralise des avantages technologiques en couplant de nombreuses fonctionnalités. Une fois sur la plage, au lieu d’arriver directement à la dernière page de son roman en cours, il faudra naviguer dans des menus pour indiquer au périphérique qu’au lieu d’aller s’acheter un maillot de bain, on souhaite désormais lire.

Il reste donc plus que jamais un avenir pour des périphériques spécialisés, et au lieu d’un lecteur orange et d’un lecteur noir, on peut s’attendre à toute une série de périphériques répondant à des attentes différentes. Derrière le terme générique “e-paper” se cache de nombreuses technologies qui seront concurrentes et devraient donc amplifier ce phénomène. On a aussi tendance à ranger la lecture comme une activité générique nécessitant un périphérique unique pour être remplacée. Pourtant lire un livre de poche ou un quotidien ne se fait pas du tout sur le même type de format papier. Pour cette même raison, on trouvera donc sûrement des périphériques de toutes tailles, souples ou rigides, avec ou sans couleur.

Il faut donc travailler dès aujourd’hui à des standards assurant une compatibilité entre tous ces modèles, penser à une information non plus centralisée mais disséminée auprès de nombreux interlocuteurs, et qu’on relie via une représentation plus sémantique qu’aujourd’hui. On a aujourd’hui dépassé la conception d’un périphérique et d’une plateforme de distribution unique (le modèle iPod/iTunes) et il faut s’orienter vers des modèles plus ouverts et plus riches. Si dans l’usage, on sera probablement assez loin de la vision idéalisée de la vidéo (c’est aussi cela la prospective après tout), on peut en contrepartie s’attendre à bien des surprises. De nouveaux contenus, de nouveaux modes de distribution et aussi des répercussions culturelles devraient accompagner ces technologies.