Retour au Magenta de Marc Villard

par admin

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« Quand les lumières clignotent sur le boulevard, je me pose toujours ces mêmes questions : que fais-tu là, où vas-tu et pourquoi ? » Ancré dans la mythologie personnelle de Marc Villard, entre Barbès et l’Amérique, les vingt nouvelles de Retour au Magenta portent des titres révélateurs d’un certain désespoir : Clara n’est plus ici, Gibier de potence ou Destroy. Mais il y a aussi le Power of love et Les Bégonias enchantés. Il y a surtout l’humour et la poésie électrique qui habitent ces fragments de vies et les éclairent d’une étonnante lumière noire. Ce recueil rassemble des nouvelles écrites entre 1983 et 1987, sélectionnées par l’auteur.

 

Poésie

Durant dix ans j’ai écrit exclusivement de la poésie. J’ai appris à dégraisser, à rogner, à ne conserver que l’épine dorsale du texte. C’est l’expérience poétique qui veut ça.

Jazz

J’ai été marqué dans mon adolescence par le rock, avec lequel j’ai grandi et par le jazz qui a toujours signifié pour moi une contrée inaccessible, contrairement au rock qui, à l’origine, est une musique de danse. La musique fait donc partie de ma vie quotidienne. J’ai  installé plusieurs fictions dans l’univers musical. Si le jazz prédomine c’est par rapport à la qualité de ses clichés. Les images, la musique elle-même, les légendes du jazz tirent le texte vers le haut. J’ai beaucoup plus de difficultés à prendre de l’altitude avec un background rock. Quant à la tragédie dont vous parlez, elle se faufile partout mais c’est vrai que la mort de certains musiciens de jazz fait froid dans le dos et charrie une tragédie radicale. Je pense à Wardell Gray, tué par des proches du Klan au cours d’une tournée. Ou à celle d’Albert Ayler, balancé dans l’Hudson. A noter: ce sont souvent des Blacks qui finissent mal.

Je pense que l’écriture doit produire sa musique. Il existe une phonétique de la phrase, du bout à bout des phrases. Je suis aussi influencé par l’évolution de l’écrit qui privilégie les phrase courtes contrairement aux tunnels qu’on a pu lire dans les romans du 19e siècle. Je dis parfois que je suis sensible au rythme ternaire, c’est vrai, je suis gêné par les aspérités.

Barbès et autres lieux

L’astuce consiste à donner l’impression qu’il s’agit du réel alors que l’on est dans la fiction. Tous les écrivains s’y essaient maladroitement. Moi, le premier. Le travail des écrivains  de fiction consiste à s’effacer derrière le sujet. Tout donner à la construction, aux personnages. Oui, j’observe mais je ne prends pas de photos. Par contre je regarde les photos des autres. Je flâne sur les images. Je me promène beaucoup aux Halles, à Saint Germain des Prés, à Barbès. Dans le cadre de mon job je suis souvent chez des imprimeurs en banlieue : Bagnolet, Montreuil, Saint Maur, Aubervilliers, Aulnay. J’emmagasine et je note parfois un mot ici et là mais je fais surtout confiance à ma mémoire .

Tijuana, Barbès sont des endroits qui fomentent leurs propres fictions. Ce sont aussi des lieux désertés par l’ordinaire, la normalité. A Barbès, carrefour d’immigration, la misère, la déglingue, la came sont à l’oeuvre. Ceux qui vivent ça au quotidien relèvent de la marge et j’essaie de montrer ce peuple, sans jugement, sans a-priori. On s’étonnera donc de rencontrer dans mes livres des dealers pas forcément antipathiques mais aspirés vers le bas car programmés pour ça depuis fort longtemps. Des Blacks criminels car je ne pratique pas un angélisme ultra-gauche qui voudrait que seuls les européens soient des tares. Des filles au tapin prêtes à vendre père et mère pour trois grammes. Les putes n’ont pas forcément un grand coeur. En écrivant ceci je me rends compte que j’explique, exemples à l’appui, comment s’écarter des clichés. Ne rien prendre pour argent comptant et même si l’on fait erreur, comme nous sommes dans la fiction -contrairement au document – nous aurons toujours raison. J’ai choisi, vous l’avez noté, de parler des perdants. C’est en cela que je peux éventuellement revendiquer le social pour certains de mes textes.

Nouvelle

Je ne me dis plus comme à une certaine époque qu’il faut que je dépasse les fatidiques 150 pages. Le temps aidant, je ne veux plus m’emmerder à pousser à la ligne, à créer des intrigues à rebondissement . Je me dis que ceux qui ont envie de me suivre peuvent apprécier un livre d’une centaine de pages. J’ai conscience d’être enfermé dans une écriture qui ne me permet de développer largement les thèmes. Comme lecteur, je n’ai par contre aucun mépris pour le format long.

 

Dans le viseur de Feedbooks, le vocabulaire utilisé par Marc Villard dans Retour au Magenta

MV

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