Focus sur les éditions Métailié

par admin

Les éditions Métailié proposent un catalogue riche de plus de 10 collections. Ce sont aujourd’hui un must – entre autres – pour les  amateurs de littérature latino américaine ou de roman noir… Sur Feedbooks, nous suivons avec attention les nouvelles parutions. Preuve de notre intérêt, en un plus d’un an, nous avons publié 7 interviews d’auteurs publiés par Métailié.

Dans cette interview, Anne-Marie Métailié nous entrouvre les portes de cette fabrique de bonnes histoires.

 

Le Vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda a été le roman qui a popularisé les éditions Métailié. Par quel biais êtes-vous venu à publier cet auteur ?

Comme toujours les livres arrivent par hasard. En octobre 1991, une agente allemande m’a remis un petit livre très moche édité au Chili dans une maison spécialisée sur l’écologie, je l’ai lu dans l’avion qui me ramenait de Francfort et j’ai immédiatement acheté les droits pour la France. A sa parution en Avril 1992, j’avais fait un tirage à 3000 exemplaires. Son succès a été progressif et dû essentiellement au travail des représentants et des libraires, ainsi qu’aux lecteurs du Salon Etonnants Voyageurs à St Malo, qui ont fait naître un extraordinaire bouche à oreille. Entre Avril et Septembre, on en a vendu 90 000 exemplaires ; aujourd’hui, toutes éditions confondues, on arrive à 2 millions en 20 ans. Je dois dire aussi que le succès en France a eu des répercussions dans 37 pays où il est traduit.

Même question pour Arnaldur Indridason qui rencontre aujourd’hui un énorme succès avec son commissaire Erlendur qui ne mange que des plats réchauffés au micro-onde. Qui vous a indiqué cet auteur ? Et comment en êtes vous venu à publier dans la foulée Arni Thorarinsson ?

Toujours le hasard, un confrère italien, éditeur de Sepulveda, m’a dit avoir lu une traduction anglaise d’un Islandais « assez intéressant », nous sommes à Francfort et je fonce demander la traduction sur le stand de l’Islande. J’étais le troisième éditeur français à venir pour ce livre, mais les autres n’avaient pas demandé à lire la traduction. J’ai fait une offre modeste mais raisonnable et j’ai été choisie par l’auteur parce que j’avais voulu lire avant de me décider. Martine Laval de Télérama s’est enthousiasmée pour ce commissaire venu du froid et les ventes ont démarré. Elles ont progressé de titre en titre, les lecteurs se multipliant avec la parution en poche chez POINTS. Je suis allée en Islande, je suis tombée amoureuse de ce pays et j’ai eu envie de publier Arni Thorarinsson qui est si différent de Arnaldur Indridason, tellement ironique. Je suis très heureuse et fière de les publier tous les deux.

Les traductions en provenance d’Italie sont aujourd’hui bien présentes dans votre catalogue avec des auteurs… de roman noir comme Massimo Carlotto et Francesco de Filippo. Etes-vous une lectrice de roman policier ?

J’ai toujours pensé que les romans noirs bien écrits étaient nos modernes romans de société, ceux qui nous permettent de comprendre comment les différentes communautés humaines fonctionnent réellement. Récemment, à l’occasion du scandale de la viande de cheval dans les lasagnes surgelées, on a découvert les incroyables méandres de la distribution des produits alimentaires qui permettent de tout trafiquer et de faire perdre les traces de l’escroquerie. J’étais atterrée en entendant les informations, je savais déjà tout ! En effet j’ai publié en 2011 un roman noir, J’ai confiance en toi, de Massimo Carlotto qui navigue dans ce genre d’eaux troubles et démonte ces mécanismes. Toujours en Italie Romanzo criminale de Piergiorgio De Cataldo raconte l’histoire vraie de la bande de petits voyous de La Magliana qui ont contrôlé Rome pendant 20 ans. Au Chili, le détective Heredia de Ramon Diaz Eterovic, mène des enquêtes sur les secrets sales de la ville de Santiago et les étudiants qui manifestent écrivent sur les murs des citations de ces romans, et signent : Heredia. Les couvertures noires de mon catalogue recouvrent toutes des tableaux incisifs et réalistes des sociétés dans lesquelles ses histoires sont nées. Les auteurs de romans noirs écrivent ‘les comédies humaines’ du 21ème siècle. Cela dit je déteste les romans à énigmes et surtout les tueurs en série.

Vous proposez aujourd’hui plus de 10 collections qui couvrent de nombreuses littératures voire les sciences-humaines. Comment se crée et vit une collection ?

Le catalogue d’un éditeur est essentiel pour la définition de son travail, il est formé des différentes collections, ce sont elles qui donnent la couleur du fonds éditorial, c’est grâce à elles que vous savez que l’auteur inconnu que vous allez acheter vous parlera dans une tonalité ou dans une autre. Vous pouvez savoir si vous achetez un livre paru aux Editions Métailié qu’au minimum l’auteur va vous raconter une histoire, vous proposer une aventure. Un catalogue doit être construit avec rigueur et soin pour ne pas sombrer dans le n’importe quoi de l’éclectisme absolu. Cette rigueur est relativement facile à suivre si on ne publie, comme moi, que des livres qu’on aime vraiment, elle correspond au goût de l’éditeur et donc à celui d’une certaine fraction de la population des lecteurs.
A partir d’un certain moment les collections se développent seules, on ne vous envoie que ce qui correspond aux goûts des directeurs de collection et ce sont les auteurs qui recrutent pour nous.
Les collections correspondent aux différentes langues : La Bibliothèque allemande est dirigée par Nicole Bary ; la Bibliothèque écossaise par Keith Dixon ; la Bibliothèque italienne par Serge Quadruppani ; la Bibliothèque portugaise par Pierre Léglise-Costa et je m’occupe personnellement des langues que je parle : Bibliothèques brésilienne, hispano-américaine et hispanique. Pour l’Islande je suis aussi en première ligne avec l’aide du traducteur Eric Boury. Pascal Dibie traite lui les sciences humaines avec la collection Traversées.

Le numérique est aujourd’hui devenu une réalité. Comment vivez-vous cette mutation ? Réfléchissez-vous à une politique commerciale propre à ce nouveau support ?

J’ai toujours été très intéressée par les technologies modernes mais très maladroites avec elles. Je crois que le numérique est un complément du livre papier, et je suis convaincue que les libraires ne doivent pas se laisser éliminer du circuit de vente du numérique. Les sites de vente en ligne ne sont pas fait pour découvrir, on n’y a jamais de surprise tout revient aux best-sellers, si vous ne savez pas exactement ce que vous voulez nous avez peu de chance trouver quoi que ce soit, personne n’est là pour vous aider, vous conseiller, et la présentation visuelle est dissuasive, moche et pagaille.
Lise Belperron a en charge notre production numérique, elle est jeune, inventive, rapide et excellente lectrice, j’ai entièrement confiance en elle pour mener à bien ce secteur.

 

Nos interviews d’auteurs publiés par les éditions Métailié

Interview de Jenni FaganInterview de Massimo Carlotto
Interview de Francesco De Filippo Interview de Horacio Castellanos MoyInterview de Melinda Nadj Abonji
Interview de Emmanuel Arnaud Interview d'Arni Thorarinsson