Laïcité, phobie de l’islam, corruption, sécurité, égalité et polar

par Bernard

Les livres abordés dans cette chroniques :

Attentifs ensemble ! de Jérôme Thorel

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Pour une lecture profane des conflits de Georges Corm

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Infidèles de Abdellah Taïa

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Le roi prédateur

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Chronique de la discrimination ordinaire

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Arab jazz

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La laïcité

«  La laïcité est une éthique de comportement des citoyens dans la sphère publique en vertu de laquelle l’identité religieuse ou ethnique d’un individu est gardée dans la sphère privée et n’est pas exploitée ou discutée dans la sphère publique à des fins politiques. Elle est aussi une éthique de la pensée en vertu de laquelle le citoyen accepte la diversité d’opinions sur tout ce qui concerne la vie de la cité et refuse tout dogmatisme, fanatisme pour rester ouvert au dialogue constructif sur la meilleure façon de réaliser le bien public. » ref 1

La phobie de l’Islam

« L’instrumentalisation des religions dans l’arène politique et dans les conflits géopolitiques est vieille comme le monde. Elle sert aussi bien l’ambition des hommes de religion que celle des hommes politiques.» ref 1

« Le monde arabe a connu une grande période libérale depuis la fin du XIXè siècle et durant toute la première moitié du XXè siècle. Des parlements ont fonctionné dans le cadre du multipartisme et d’une liberté d’opinion de plus en plus affirmée, en parallèle avec un mouvement féministe actif. C’était aussi une époque de réforme religieuse islamique très importante ou de nombreux hommes de religion développaient des approches laïques de la vie politique. » ref 1

« A l’intérieur de la civilisation musulmane, on a connu de très grands auteurs extraordinairement libres qui osaient questionner Dieu, qui ont mis à l’intérieur de leurs livres cette idée simple : la liberté de penser. Des noms ? Al-Jahiz, Omar Khayyam, Jallal Dine Rumi, Rabiaâ Al-Adawiya, Ibn Hazm, Averroes, Ibn Arabi, Abou Nouass, Taha Hussein. Et tant d’autres. Les Arabes ont oublié leur valeur transgressive. Le Printemps Arabe ne cesse de nous le rappeler. Ces auteurs dont l’occident ignore à peu près tout, sont en train d’être réanimés.» ref 2

Les causes de l’islamisation

« Après la défaite des armées arabes en 1967 face à Israël et avec la montée en puissance financière des pétromonarchies des pays de la Péninsule arabique pratiquant le rigorisme islamique, notamment l’Arabie saoudite, on a assisté à un recul de l’idéologie nationaliste arabe laïque à une montée des mouvements politiques islamistes soutenus par ces pétromonarchies. » ref 1

Chez nous, en Occident

« N’oublions pas que les Etats-Unis eux-mêmes se définissent comme une nation de croyants et que le dollar américain porte comme slogan « In God we trust », mais aussi qu’ils envoient de nombreux prédicateurs religieux de par le monde. » ref 1

La corruption

Prenons le cas du Maroc, pays d’origine d’Abdellah Taïa. La société corrompue avec la bienveillante complicité de nos gouvernants.

« Des diplomates français savent puisque au moins l’un d’entre eux nous a textuellement dit que « Mohammed VI possédait directement ou indirectement 70 % de l’économie marocaine ». Ce chiffre est sans doute exagéré mais a le mérite de montrer que la prédation économique de Mohammed VI n’est pas inconnue ! En 2006 et 2007, quand de grands groupes français comme Danone, Axa et Auchan ont connu de gros problèmes avec des holdings appartenant au roi, on sait que leurs patrons respectifs se sont plaints à l’Elysée des mauvaises manières qui leur étaient faites au Maroc. Rien n’a bougé. D’abord parce que l’image voulant que Mohammed VI soit un roi moderne et réformateur, qui fasse rempart contre l’islamisme radical et sorte son pays de la pauvreté a la vie dure. D’autre part parce qu’avec le Maroc, comme cela était le cas avec la Tunisie, la France privilégie des relations d’Etat à Etat. Voire de chefs d’Etat à chefs d’Etat. On sait que Jacques Chirac était très proche de la famille royale marocaine et que Nicolas Sarkozy négocie directement avec Mohammed VI lorsqu’il s’agit de grands contrats comme celui de la ligne de TGV Casablanca-Tanger que la France offre au Maroc. Cet état d’esprit et cette manière diplomatique de faire rappellent l’attitude de la France envers la Tunisie de l’ancien président Ben Ali. A force de fermer les yeux sur les dérives dictatoriales et corruptrices des clans au pouvoir la France n’a pas vu venir la révolution tunisienne. Et n’a toujours pas compris ce qui s’est passé… » ref 3

Le zéro fraude

C’est l’historien étasunien Noam Chomsky qui disait que la propagande est aux démocraties ce que la torture est aux dictatures. Le système de domination néolibéral doit absolument convaincre ses sujets qu’il faut savoir se plier à une sorte de contrôle d’inspiration totalitaire, puisque si on est honnête, on aurait rien à cacher. C’est le début de ce que j’appelle l’injonction au bonheur sécuritaire. Tout ça pour nous faire oublier un principe fondamental: le respect des droits humains exige que nous puissions avoir des choses à cacher! Or, le principe du “zéro fraude” n’existe qu’en dictature. C’est pourquoi les régimes des pays occidentaux ont intérêt à jouer avec la peur et la notion de menace, de terrorisme, diffuse et permanente, afin de nous inciter à baisser la garde, à accepter un régime d’exception qui protègerait les gens honnêtes et disqualifierait ceux qui ont des trucs à cacher… ref 6

La discrimination

« D’abord il n’y a pas que la religion qui me rejette. Ma famille, mes amis, la société (au Maroc comme à Paris) me rejettent. Il y a très longtemps j’ai appris à faire la dissociation entre le discours et la réalité profonde des choses. Le rejet n’est pas là où on croit. Notre identité, qu’on soit hétérosexuel ou homosexuel, est dès le départ définie par le monde politique, la parole officielle de ceux qui détiennent le pouvoir. Il est donc nécessaire, pour pouvoir exister, réfléchir par soi-même, de se rebeller. Repenser le monde, sa place dans ce monde et ce qu’il s’acharne à nous imposer. Slima et Jallal, dans « Infidèles », ne font pas autre chose : tout en s’attachant aux signes de leur monde, de l’islam, ils affirment leur individualité, leur folie, leur regard, leur rage, leur violence… L’islam n’appartient à personne. En tant qu’homosexuel arabe, il est très important pour moi de ne pas tourner le dos à mon premier monde, d’y accomplir ma propre révolution individuelle, de le porter dans mon écriture, de l’associer à ce mouvement d’émancipation qui me guide. » ref 2

L’égalité des chances

« Sans égalité, pas d’égalité des chances. Dès lors que l’égalité des chances est un leurre, comme c’est le cas de la France en 2012, l’idéal républicain n’est plus qu’un mythe. Et ceux qui sont écartés de cette égalité des chances subissent une discrimination systémique, qui vient se rajouter à des discriminations directes (racisme, âgisme) ou indirectes (sélection opaque comme à l’université Paris Dauphine ou attitude de managers devant une grossesse). Il faut contrer toutes les formes de discriminations dans un vaste mouvement de dépollution des imaginaires et des pratiques discriminantes, actions systémiques qui passent par une réduction des inégalités.

Quand on ne s’attaque pas aux inégalités, on fait comme souvent aujourd’hui : du saupoudrage publicitaire. La mise en avant de certaines personnalités dites « issues de la diversité » (quel contresens ! Nous sommes tous divers…), nominations qui poussent certaines minorités à croire en cette « loterie de la misère » qui débouche sur des communautarismes qui ne servent pas la communauté France .» ref 4

Retour à la fiction dans un quartier du 19ème de Paris avec « Arab jazz ».

C’est bien les écrivains de polars qui se coltinent la réalité !

« C’est un quartier dans lequel j’ai vécu trois mois au début de l’écriture d’Arab Jazz, et que j’ai ensuite laissé se développer librement au fil des pages. J’ai commencé à écrire après avoir un soir peu avant minuit croisé rue Petit successivement en quelques mètres des profs loubavitchs, des jeunes juifs hassidiques qui faisaient du vélo et jouaient au ballon devant une pizzeria kasher puis un groupe de salafistes noirs et arabes écoutant un prédicateur en pantacourt Nike et kamiss blanche non siglée. Le lendemain je me suis assis devant le clavier de mon ordinateur pour donner naissance à Ahmed d’abord, puis à Laura, Rachel et Jean. Le quartier ensuite s’est recomposé autour d’eux. Il est totalement réel et totalement imaginaire à la fois. C’est un peu comme cette vieille croyance juive et chrétienne de la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste. Il y a un 19e terrestre et un 19e céleste qui se croisent dans Arab Jazz. Mais il s’agit d’un céleste assez particulier dans lequel Paradis et Enfer se partagent le territoire. » ref 5


Références des interviews


1. Interview de Georges Corm à propos de Pour une lecture profane des conflits, document paru aux éditions de La Découverte

2. Interview d’Abdellah Taïa à propos du roman Infidèles paru aux éditions du Seuil.

3. Interview de Catherine Graciet et Eric Laurent à  propos de Le Roi prédateur, document paru aux éditions du Seuil.

4. Interview de  Vincent Edin et Saïd Hammouche à propos du document Chronique de la discrimination ordinaire, document paru aux éditions Gallimard.

5. Interview de Karim Miské à propos du roman Arab Jazz publié aux éditions Viviane Hamy

6. Interview de Jérôme Thorel  à propos de son essai Attentifs ensemble publié aux éditions La découverte.